Tosca / Opéra de Québec : Sur les traces de Sarah Bernhardt
Musique

Tosca / Opéra de Québec : Sur les traces de Sarah Bernhardt

Victorien Sardou, un dramaturge français, avait écrit la pièce en 1887 et elle avait tellement plu à Giacomo Puccini que ce dernier a décidé d’en faire un opéra. Petite histoire d’un spectacle sans cesse relu depuis 128 ans.

Rares sont les textes qui ont marqué la littérature comme Tosca. Selon la metteure en scène de l’Opéra de Québec, Jacqueline Langlais, ce sont les thèmes comme la violence envers les femmes et la torture qui en font une œuvre intemporelle. Sans parler du mythe qui s’y rattache. Elle raconte : « C’est une pièce qui a été écrite pour Sarah Bernhardt et à la fin complètement de Tosca, évidemment, Floria Tosca se lance du Castel Sant’Angelo à Rome. Sarah Bernhardt a fait ça des centaines de fois et c’est comme ça qu’elle s’est blessée. La gangrène a malheureusement infecté sa jambe et elle a terminé sa carrière avec une prothèse sur scène. »

Sarah Bernhardt dans le costume de Floria Tosca en 1887 (Crédit: Félix Nadar)
Sarah Bernhardt dans le costume de Floria Tosca en 1887 (Crédit: Félix Nadar)

Dans la production pilotée par Mme Langlais, c’est la soprano Gianna Corbisiero qui reprend le rôle. Une chanteuse aussi actrice qu’on a récemment pu voir dans le film Elephant Song de Charles Binamé qui mettait Xavier Dolan en vedette. Sa première apparition au cinéma. (Bande-annonce ici.)

Le reste de la distribution est composé du ténor Thiago Arancam (Caravadossi), James Westman (le méchant Scarpia), Marc-Antoine D’Aragon (Angelotti) et de Keven Geddes qui incarne quant à lui Spoletta. Une distribution étoile, une « dream team », exempte de divas. « Contrairement à la croyance générale, je trouve que ce sont des gens humbles, des gens courageux. Ils n’ont que leur voix. »

En tout, il y aura près de 60 personnes sur scène lors des quatre représentations. Une vingtaine de figurants enfants comme adultes et trente-deux choristes. Ça fait beaucoup, beaucoup de monde sur scène pour une production maison. L’imposante équipe a, par ailleurs, fait le choix de partir de zéro. Tous les costumes et les décors ont été conçus sur mesure pour la production de Québec. Idem pour les projections signées Serge Gingras.

 

Presque comme à La Scala 

C’est le chef d’orchestre Giuseppe Grazioli qui est en charge de diriger les musiciens de l’OSQ mais aussi de s’approprier l’œuvre immense de son aïeul Puccini. Un défi qui l’obsède et qui le suit partout puisqu’il emporte son immense livre rouge de partitions partout avec lui. Pour notre entrevue dans la loge d’une salle de répétition du Grand Théâtre, mais aussi dans sa chambre à coucher. « Parfois je dors avec quand ma femme n’est pas là… Je la mets à côté dans le lit. J’ai comme l’impression que, pendant la nuit, j’aurai peut-être des idées. »

Jacqueline Langlais avoue faire pareil, mais en déposant un calepin et un stylo sur sa table de chevet. Nul doute que ce spectacle plus-que-centenaire obsède un peu.

Jacqueline Langlais et Giuseppe Grazioli (Courtoisie: L'Opéra de Québec)
Jacqueline Langlais et Giuseppe Grazioli (Courtoisie: L’Opéra de Québec)

Monsieur Grazioli avoue toutefois que sa nationalité italienne l’aide à combattre le vertige, comme s’il était génétiquement autorisé à s’approprier ces pièces-là qui évoquent des sentiments très, très forts mais mis en musique avec subtilité. « C’est pas nécessaire d’être Italien mais il faut avoir eu un lover, un amant ou un mari ou une femme italienne pour comprendre. C’est pas nécessaire d’être Italien mais, voilà, ce genre d’amour est particulier. […] C’est que l’homme italien a besoin de la femme jalouse et la femme italienne a besoin du mari ou de l’amant qui vérifie cette jalousie. C’est une preuve d’amour faite avec des gestes violents parfois. Y’a beaucoup de drames conjugaux et ça crie beaucoup en Italie.»

Il faut aussi savoir que Giuseppe Grazioli a un CV très bien garni, qui lui permet d’attaquer les productions de taille avec une certaine assurance qu’il n’étale pas pour autant. En plus de s’être produit à La Scala de Milan, c’est lui qui faisait équipe avec Robert Lepage pour La Damnation de Faust en 2013. Comme dirait l’autre : c’est pas un deux de pique.

 

 

16 mai 2015 à 19 h

Les 19, 21 et 23 mai 2015 à 20 h

Au Grand Théâtre de Québec