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FrancoFolies 2015

Juliette Gréco au Québec en tournée d’adieu : Ultime remerciement

La grande dame de la chanson française Juliette Gréco s’apprête à venir remercier son public québécois pour une dernière fois, lors de sa tournée d’adieu.

Juliette Gréco prend sa retraite de la scène après une immense carrière d’une soixantaine d’années en chanson. La jolie môme viendra nous visiter ce mois-ci pour une dernière fois au Canada dans le cadre de sa tournée Merci. Elle a commencé à faire ses remerciements aux publics qui l’ont aimée au Printemps de Bourges en France en avril dernier et devrait conclure sa tournée ultime en 2016.

«Ça devrait se terminer dans un peu plus d’un an. Ça se terminera je ne sais pas où. Je ne sais pas si ce sera en France ou à l’étranger. Je ne sais pas encore. On va un peu partout en Europe et un peu partout dans le monde parce que j’ai beaucoup rencontré de gens dans ma vie», dit-elle en entrevue téléphonique.

Au public québécois, l’interprète de 88 ans lui dit merci pour sa tendresse, son attention, sa chaleur et son accueil. «Je lui dirai merci de m’avoir reçue, je lui dirai merci de m’avoir ouvert les bras», dit-elle.

Juliette Gréco a eu une carrière exceptionnelle, réservée aux grands et grandes de la chanson, mais aussi des moments plus difficiles dans sa vie de chanteuse. Elle souligne: «Ça a été compliqué au moment des yéyés dans les années 1960. Ça m’a fait beaucoup de chagrin qu’en France, les choses ne se passent pas comme elles se passaient normalement. Il n’y avait plus de salles pleines et c’était triste parce que c’était la musique anglaise et américaine qui avait envahi la France. Des gens comme Ferré n’étaient plus à la mode.»

Les hommes de sa vie

Lors de sa dernière visite au Québec en 2014, Juliette Gréco rendait un vibrant hommage à Jacques Brel, dans le cadre de Montréal en lumière. Cette fois-ci, elle revient avec Brel, mais aussi avec Gainsbourg, Ferré, Brassens et autres. L’œuvre de Brel, c’est une œuvre qui ne vous quittera jamais? «Non. Non. C’est quelqu’un qui est en moi, à l’intérieur de mon cœur, installé bien au chaud.»

À Gainsbourg, elle lui dit: «Merci d’avoir existé. Merci d’avoir écrit. Merci d’avoir fait ces cadeaux magnifiques, ces chansons qu’il a écrites pour moi, comme La Javanaise.» Et Boris Vian? «La même chose pour Vian et pour eux tous qui ont été avec moi extraordinairement généreux, affectueux et tendres. J’ai eu beaucoup de chance dans ma vie, beaucoup, beaucoup, beaucoup, répète-t-elle. J’ai rencontré des gens magnifiques.» Le remerciement final revient bien sûr à son mari Gérard Jouannest, pianiste qui l’accompagne en tournée: «Là aussi, j’ai beaucoup de chance!»

La vie, le travail

Toujours habillée de noir sur scène, Juliette Gréco nous chavire de sa voix et des mots des autres depuis des décennies. Mais ces chansons qu’elle chante depuis 40, 50, 60 ans, réussissent-elles encore à l’émouvoir en tant qu’interprète?

«Complètement. Pour des raisons différentes. Parce que la vie m’a appris beaucoup de choses. On ne voit plus les choses tout à fait de la même manière. On a appris. J’ai appris, dit-elle en riant. De toute façon, tous les jours sont différents, je ne suis jamais la même. Tout dépend de ce que j’ai vécu dans la journée, de ce que j’ai pu apprendre comme nouvelle du monde ou de ma famille ou de mes amis. Tout ce qui se passe dans le monde en ce moment, tous les jours, est absolument effrayant. Les textes ne sonnent plus exactement de la même manière.»

Lorsqu’on discute de ce qu’elle pense de la relève musicale – elle aime bien Olivia Ruiz et Camille –, Juliette Gréco devient nostalgique. Sa belle et longue carrière, elle l’a entièrement méritée aux côtés d’artistes qui ont travaillé tout aussi fort. Mais la réalité des artistes est très différente de nos jours, juge-t-elle.

«Nous, on travaillait beaucoup, beaucoup, beaucoup, répète-t-elle encore une fois. On n’avait pas ce succès immédiat. On avait un succès qui était long à venir. Tous ces gens-là, Ferré, qui a commencé dans des petites boîtes, et nous tous. Brel aussi, il a travaillé dans des endroits minuscules comme tout le monde. On partait en tournée tout un mois. Aujourd’hui, les artistes partent en tournée pour quatre jours! C’est très, très différent. Ils ont tout, tout de suite. Ils sont habillés, ils ont des voitures, ils ont des hôtels superbes. Nous, on n’avait rien! C’est très curieux. Ça va très vite. Ça commence très vite et ça finit très vite. C’est très cruel.»

Et elle termine l’entrevue, bien sûr, en nous remerciant trois fois plutôt qu’une. «Merci beaucoup, beaucoup, beaucoup.»

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En spectacle le 14 juin à 20h à la Maison symphonique, dans le cadre des FrancoFolies (francofolies.com); le 12 juin, 19h, à la Scène Desjardins à Tadoussac, dans le cadre du Festival de la chanson (chansontadoussac.com); le 16 juin au Théâtre Granada (Sherbrooke)

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