Ludovic Bonnier et Navet Confit : Des trames sonores qui rockent
Musique

Ludovic Bonnier et Navet Confit : Des trames sonores qui rockent

Moby Dick, qui prend l’affiche bientôt au TNM, c’est aussi un album du compositeur Ludovic Bonnier, sur étiquette Analekta. La bande-son de théâtre emprunte de plus en plus souvent au concert, flirtant avec une énergie rock qui se laisse écouter par toutes les oreilles. Regard sur le phénomène.

On pourra acheter le disque Moby Dick comme on se procure la bande sonore d’un film américain, prolongeant l’expérience musicale du spectacle dans le confort de son salon. Dans le monde du théâtre, la chose est rare en dehors des comédies musicales, mais il y a un phénomène naissant de trames sonores conçues pour s’arrimer au travail d’un metteur en scène tout en cultivant leur identité propre, en se greffant au parcours d’un artiste de la chanson, par exemple. Ainsi, Jorane a mis sur disque l’an dernier son travail musical pour la pièce Le journal d’Anne Frank (également une production du TNM); Jérôme Minière a écrit pour quelques mises en scène de Denis Marleau des chansons en tous points fidèles à son style personnel; Bertrand Cantat a composé des chansons pour une trilogie de Wajdi Mouawad, comme le fit Fanny Bloom pour Constellations, un spectacle de la compagnie Lab87. Plus tard cette saison, Dear Criminals fera de même à l’Espace GO pour la pièce Les lettres d’amour, mettant en vedette Béatrice Dalle. Qu’elles soient ou non l’œuvre d’un band à la mode, les bandes-son ont souvent désormais une énergie rock/pop qui sied à l’époque et au désir de mélanger les genres.

Ludovic Bonnier compose de la musique pour le théâtre depuis toujours, mais avec Moby Dick, c’est la première fois que son travail prend cette direction. L’album contient notamment une chanson des Charbonniers de l’enfer. Mais c’est surtout un ensemble de pièces conçues dans un souci de narrativité, alternant entre ampleur et retenue, allant de soupçons de musique folklorique et d’emprunts à certaines traditions américaines jusqu’à de «grosses vagues de rock qui ramassent tout».

 

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«On a voulu évoquer, dit-il, l’arrogance de l’Amérique qui veut conquérir le monde. Même si le rock est très britannique dans son essence, l’Amérique a quand même eu l’arrogance de l’accaparer. Le spectacle parle de ça; la trame sonore raconte la même chose à sa manière.» Et pour y arriver, il a fallu carrément créer un band: Frédérike Bédard à la voix, Tommy Gauthier au violon et à la batterie, Sylvain Delisle à la guitare, Yamoussa Bangoura à la kora, autour du multi-instrumentiste Bonnier. Charles Imbeau est aussi de l’équipe qui apparaît sur l’album.

«L’arrimage entre l’univers du metteur en scène et celui du musicien est une affaire très fusionnelle, dit Bonnier. C’est un échange permanent. Dans ce cas-ci, le disque s’est imposé parce que Dominic Champagne accorde beaucoup d’importance à la musique: elle fait partie de ses directions de mise en scène et elle est tout à fait intrinsèque à son travail.» (P. C.)

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Navet Confit

Le musicien Navet Confit est l’un des trois créateurs de la compagnie le Théâtre du Futur. Depuis 2011, le trio a mis sur pied trois spectacles éclatés: Clotaire Rapaille: l’opéra rockL’assassinat du président («une espèce de théâtre-radio avec du bruitage») et Épopée Nord («une soirée canadienne avec un band traditionnel»). «J’embarque sur le projet à un certain niveau, quand c’est plus assez avancé dans le texte, dit-il. Y a toujours une portion assez importante donnée à la musique.»

Dans les quatre dernières années, en plus de livrer plusieurs disques de Navet Confit, le musicien a réalisé des albums, a fait du mixage et de la musique pour le cinéma et le théâtre. Toutes ces expériences se nourrissent, dit-il:  «L’expérience de tel show va donner l’idée de telle toune dans tel spectacle. Je me lance la balle avec moi-même un peu.»

De son travail en conception sonore, Navet note l’importance d’être bien présent aux répétitions, l’écoute étant essentielle à la création. «Je vais voir et écouter comment le texte sort. Quand tu lis un texte de théâtre, c’est vraiment pas la même chose que de l’entendre. C’est ce que j’ai fini par comprendre avec le temps: ç’a l’air rigide quand tu le regardes, mais ça prend vie et c’est une sorte d’écriture, une école de pensée différente. Tu n’écris pas de la poésie ou de la chanson ou du théâtre de la même façon, donc il faut que j’entende la musicalité du texte.»

Et l’expérience de la musique de théâtre est totalement différente de celle d’un show de musique, explique-t-il. «Y a des gens qui me disent parfois: « La pièce est passée et j’ai même pas entendu la musique comme telle ». Dans ce temps-là, je trouve que j’ai fait une bonne job parce que si c’est aussi transparent, ça veut dire que ça s’emboîtait naturellement dans le texte, dans la mise en scène.» (V. T.)

 

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