King Abid : La Marsa-en-Québec
Musique

King Abid : La Marsa-en-Québec

Un soupçon de raï, des couplets rappés, du chant tounsi, une structure reggae, des rythmes dancehall. Cet hiver, King Abid prend la scène world d’assaut avec un premier album aussi bigarré que dansant. 

À Québec comme à Tunis, on le surnomme Le roi esclave, Heythem Mojah, AbidboX. Originaire de La Marsa, banlieue paradisiaque à 20 minutes au nord de la métropole, Heythem Tlili alias King Abid est arrivé au pays des caribous en 2002. « Je préférais vivre en liberté dans le froid qu’en prison dans le chaud. » Aujourd’hui il est aussi vice-président du super label Coyote Records en plus d’avoir fait swinguer les ondes hertziennes locales avec Prise d’assaut, émission qu’il a pilotée à CHYZ, pendant plus de huit ans.

Quand on questionne Heythem sur le secret de son alliage musical métissé qui coule pourtant de source, il répond du tac au tac. « On dirait que c’est inné. Quand j’étais petit, j’écoutais Bob Marley et je rechantais tout en tunisien. Le flow jamaïcain est comme imprégné en moi. » Le disque démarre d’ailleurs avec Nakouz Dub, hymne fédérateur tout indiqué pour un concert à la brunante sur Place d’Youville au FEQ, une chanson ponctuée par du saz. Le genre de pièce exotique qui donne envie d’onduler ses fesses et ses hanches comme Shakira. Le reste des arrangements met à profit des instruments plus conventionnels : claviers, ordinateur, guitare, basse, batterie, djembé. « Moi je commence toujours par l’idée de drum et l’idée de la basse, comme en mode reggae parce que ma basse est mélodique. Les autres instruments donnent la rythmique. »

Sur ce disque, Boogat (un de ses frères de Movèzerbe) et Poirier signent respectivement deux musiques où Heythem s’est contenté de poser les paroles. Claude Bégin met sa signature sur quatre arrangements, Karim Ouellet chante sur Que du Reggae et Eman (Accrophone, Alaclair Ensemble) accompagne le King sur un single rassembleur. « Fattouma, c’est qui ça? »

L’engagement de Tlili envers ses compatriotes va bien au-delà de la bière blonde un peu amère, la « meilleure du monde » selon lui. Rien que le fait de chanter en tunisien plutôt qu’en arabe est un statement politique mûrement réfléchit. « Je veux absolument dissocier les deux. Respect à tous les arabes du monde, mais nous on est des Tunisiens, des Africains du Nord, des Berbères, on est tout sauf des Arabes. Oui, on a une histoire avec eux, on parle un peu arabe, mais dans notre langage il y a aussi du français, de l’italien, de l’espagnol et du berbère. On mélange tout ça au quotidien. »

Néanmoins, le LP1 de King Abid ne sera pas distribué en Tunisie. Trop compliqué. « J’ai commencé par des singles parce que c’était plus facile de toucher mon peuple.  Tu le donnes, c’est gratuit, tout le monde l’écoute direct alors que la vente d’album c’est impossible d’ici vers la Tunisie. Ils n’ont pas de carte de crédit, le dinar n’est pas sur le marché. Eux, pour acheter en ligne, il faut qu’ils donnent le lien à un cousin ou une tante en France ou ailleurs en Europe. » Pas question, toutefois, de renoncer à une tournée. « Là-bas, quand j’y retourne, c’est magique. Y’a plein de p’tits clubs, on fait des soirées et les gens connaissent mes paroles. C’est vraiment cool. »

 

Album homonyme disponible dès le 22 janvier 2016 (via Coyote Records)

Lancement @ Le Cercle le 29 janvier 2016 à 22h

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