Karim Ouellet : Coeur sauvage
Musique

Karim Ouellet : Coeur sauvage

Il a coulé beaucoup d’eau depuis Fox, la percée spectaculaire d’un musicien discret qui avance à pas de loup avec sa pop bigarrée pour seule arme.

Karim Ouellet a la dégaine d’un massothérapeute, d’un type payé pour rendre la vie des autres plus zen. Si Trente est l’objet d’attentes, de pronostiques défaitistes véhiculés par ses haters (qu’il salue au passage dans son Prélude), son auteur et compositeur ne laisse paraître aucune forme d’anxiété. Une face de joueur de poker qu’il met à profit pour cultiver le mystère avec ses Penny Lane et faire la paix avec les oiseaux de malheur. Une formulation qu’on lui pique, par ailleurs. « Mes tounes, c’est pas quelque chose de clair. On les prend bien comme on veut. […] Moi mon but en écrivant [la première plage du disque], c’était de faire quelque chose de poétique avec une belle mélodie. Pour moi, ça fait référence à des choses, mais je ne vais jamais l’étaler sur la table parce que je trouve ça plate un peu. »

« J’ai tellement pris mon temps pour cet album-là, j’ai travaillé là-dessus pendant presque deux ans. Je ne sais  même pas combien de tounes j’ai composées pour ça, mais j’en ai plein qui sont à la poubelle. »

Un peu comme La Fontaine, Ouellet continue de piger dans un champ lexical animalier en travaillant de pair avec le graffeur Avive (né Patrick Beaulieu) qui a saisi son esthétique un rien juvénile et certainement onirique depuis longtemps. Cette fois, le chanteur est représenté dans un costume de fauve – ce n’est pas un renard, attention! – coiffé de cornes et affublé d’une queue surdimensionnée. Un clin d’œil et un hommage au livre Where the Wild Things Are de Maurice Sendak qu’il adore, idem pour l’adaptation cinématographique récente de Spike Jonze. « Il faut que tu regardes ça, c’est extraordinaire! »

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Architecte du son

Moult critiques et journalistes spécialisés ont tenté de mettre les mots sur la formule élaborée en collégialité avec Claude Bégin, leurs arrangements multicolores qui allient hip-hop, reggae, pop, folk, on en oublie peut-être. Un amalgame de genres cohérent qui fascine encore, même au troisième album, mais une recette que les deux complices épicent différemment avec plus de violon (celui de Marianne Croft) et de la flûte traversière sur Cœur de pierre. « C’est moi qui a joué de la flûte pendant 20 minutes par-dessus la tune et je ne sais même pas en jouer! Ensuite, j’ai du sampling de ça, j’ai pogné des loops à certains endroits, j’ai coupé là-dedans pour prendre seulement ce qui m’intéresse. »

Ce qu’on remarque aussi, et à la première écoute, ce sont les sonorités électro hyper assumées de Cœur gros et Il était une fois. Une autre nouveauté. « C’est une musique que je faisais et adorais déjà, c’est juste que c’était pas sur mes albums. Moi, des beats, j’en fais depuis genre 16 ou 17 ans. […] Il faut retourner à l’époque où je travaillais surtout avec des groupes de hip-hop parce que des beats, j’en ai fait en maudit. »

Sans trop se pencher, bien sûr, sur le groove lancinant de l’ultime piste (Les roses) et les rythmes exotiques irrésistibles de La mer à boire. Un exercice de style inspiré par le travail de Diplo avec Major Lazer. « Ce type de musique là porte un nom aujourd’hui et c’est du tropical house. C’est un mélange, je dis ça vaguement, de musiques électroniques et de dancehall. Des instruments entre guillemets synthétiques, des claviers, des choses comme ça, mais avec un beat dancehall, c’est-à-dire un drum qui donne le goût de brasser un peu. Ça, c’est un peu l’influence de la musique jamaïcaine et de l’électro que j’écoute beaucoup. »

 

Trente

Disponible le 11 mars

(Coyote Records)