Fred Fortin : Ent' chums
Musique

Fred Fortin : Ent’ chums

Notre Fred Fortin national revient avec un cinquième album, renoue avec ses bons chums mais a aussi trouvé de nouveaux alliés.

Le parrain du fameux «son du Lac» est de retour sur disque. «Ton cœur est un robbeur qui crie s’a ’sphalte / Ton âme part en boucane», chante Fred Fortin sur 10$, le premier extrait de son nouvel album Ultramarr. L’artiste Martin Bureau, un ami d’adolescence de Fred, est celui qui signe – comme pour tous ses prédécesseurs – la pochette de ce cinquième disque. Comme si leurs univers étaient liés en permanence.

«Cette chanson, c’est vivre sa vie accoté dans le fond, explique Fred. C’est un peu la vie de musicien aussi, à brûler du gaz. Je voyais dans ma tête l’image d’un show de boucane. La pochette de l’album, c’est un corbillard et c’est vraiment un tableau que Martin s’enlignait pour faire. Il a pris l’idée d’un film qu’il a fait en Beauce, à un événement où le monde fait des “beignes” en char. Y a un gars qui en faisait en corbillard et Martin voulait refaire ça en tableau. Quand il a entendu la toune, il m’a dit: “Ouais, je vais le faire le tableau”, et quand je l’ai vu, j’ai dit: “Wow c’est drette ça!”»

Sur Ultramarr, est-ce la pédale dans le tapis? Pas tout à fait. Fred réserve plutôt le gros rock suant pour ses groupes Galaxie ou Gros Mené. Sur ses disques à lui, depuis l’introduction qu’a été Joseph Antoine Frédéric Fortin Perron en 1996, il mélange l’introspection à des histoires du peuple. Il s’inspire de ce qu’il ressent parfois, mais romance ses chansons pour que son fidèle public s’y reconnaisse. Fred Fortin, c’est le genre d’artiste qu’on aborde sur la rue tel un bon ami.

«C’est peut-être normal que les gens viennent me parler comme ça, je sais pas. J’ai cette ouverture-là, dit-il. Ça arrive souvent qu’après les shows je passe la veillée avec la même personne qui me jase et c’est comme ça. J’ai l’impression que c’est comme si j’étais chez nous à Saint-Prime et que je parlais avec du monde que je connais depuis longtemps. On dirait qu’ils me connaissent. Mon père et ma mère sont comme ça aussi.»

Photo : Antoine Bordeleau
Maux universels

Ultramarr, ça parle de chars, de gratte, de clopes, oui, mais dans les paroles on entend aussi un homme un peu fatigué et un autre qui espère que la vaisselle qui s’accumule va finir par se ramasser toute seule. Si ses personnages s’aveuglent de boucane sur 10$, l’homme de la pièce d’ouverture Oiseau, lui, n’a plus rien dans le ventre et voudrait s’envoler en fumée. Mais il ne faut pas lire entre les lignes ici que Fred Fortin est en manque d’énergie ou d’inspiration. Si des thèmes se recoupent sur l’album, ce n’est pas vraiment calculé, nous dit le principal intéressé. Ses textes veulent davantage refléter des maux universels.

«J’ai pas voulu parler de moi nécessairement, mais d’affaires où les gens peuvent se reconnaître facilement, explique-t-il. C’est un peu un mal de notre époque d’être tout le temps en retard, d’avoir des comptes à rendre. Moi, je suis dynamique et je fonce, mais en même temps, je suis tout le temps en train de rattraper ce qu’il y a à faire.»

Son dernier album, Plastrer la lune, remonte à 2009, mais il fonce, ça oui, l’ami Fred. Quand il ne fait pas renaître de vieux groupes comme il l’a fait avec Gros Mené en 2012, il est le plus fidèle des bassistes au sein de Galaxie, groupe électro-rock qui a pris du galon ces dernières années, ayant fait la première partie des Stones sur les plaines à Québec l’été dernier et sacré Groupe de l’année à l’ADISQ il y a quelques mois. Ces groupes au rock plus lourd et à l’énergie débordante permettent à l’auteur-compositeur-interprète de changer d’air.

«C’est important d’avoir plusieurs projets pour gagner sa vie. C’est important pour la tête aussi. Ça me régénère, faire autre chose. Sinon, des genres d’albums comme Ultramarr, je ne peux pas sortir ça chaque année. C’est comme un cycle. C’est un genre d’orbite que t’as en tête. Gros Mené, pour moi, c’est la même affaire, mais ça libère autre chose. Y a de quoi qui se ressemble, mais en même temps, ça change le mal de place un peu.»

Travail d’équipe

À ses côtés dans tous ces projets, il y a l’excellent guitariste et leader de Galaxie Olivier Langevin, qui a discuté avec nous de sa plus longue relation professionnelle, celle avec son meilleur chum Fred. «Dès le début, quand on a commencé à faire des spectacles, on a réalisé que quand on était les deux sur la scène, ça se passait, tout simplement. Et ça s’est avéré durable. Le feu dure toujours. Quand on monte sur la scène ensemble, on sait qu’il va se passer quelque chose presque automatiquement. C’est difficile de trouver ça et c’est difficile aussi de trouver des relations qui durent parce qu’il y a la chimie sur scène et la chimie hors de la scène. On fait beaucoup de route ensemble et c’est dur de trouver des gens avec qui tu t’entends bien à long terme.»

La confiance qui règne entre les deux était là dès le début, alors que Fred travaillait sur son premier album et déménageait à Montréal à l’invitation de Dédé Fortin. «Fred est vraiment venu me chercher pour venir jouer avec lui. J’avais lâché mon secondaire 5 (que j’ai terminé à la maison) pour aller à Montréal. Je suis venu faire un petit bout et je suis retourné faire mes examens. Ç’a été le début de tout ça. Par la force des choses, y a été un peu mon grand frère. C’est devenu vite aussi un bon ami. C’est la musique qui nous a réunis, mais j’ai l’impression que même sans ça, on aurait été des chums dans la vie anyway

Outre ses collaborateurs habituels, Fred Fortin s’est entouré de nouveaux joueurs pour Ultramarr. Après avoir eu du fun à jammer dans le garage du paternel avec les frères Brad et Andrew Barr (Barr Brothers) lors de leur passage à Saint-Prime, Fred en a voulu plus. «Je sentais que dans l’approche des tounes d’Ultramarr, y avait un filon qui pouvait vraiment “blender” avec eux.»

Les deux musiciens apparaissent sur cinq des onze pistes de l’album, à la batterie, au piano et à la guitare. «La communication s’est faite un peu en français et un peu en anglais. C’était comique de voir Olivier qui ne parle pas vraiment anglais et Andrew qui ne parle pas vraiment français! C’est pas des grands bavards, mais le temps qu’on a été ensemble, on a pas mal juste fait de la musique et on a ri. Après un peu de Jameson, tout le monde parle la même langue!»

Ultramarr (Grosse Boîte), disponible le 18 mars

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