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Musique

Nuits d’Afrique 30e édition : Toutes les Afriques

Plus d’une centaine de concerts sont prévus à Nuits d’Afrique, 13 jours de festivités, 35 pays représentés: un grand cru pour fêter les 30 ans d’un festival particulièrement combatif? Tout indique que oui.

On a même rajouté une sixième journée d’activités gratuites, en plein air, sur le Parterre du Quartier des spectacles. Un véritable village de brousse, bordé au nord par la rue Ontario et le marché Tombouctou, et au sud par la rue Sainte-Catherine et le nouvel espace Agor’Afrique.

Manu Dibango, Youssou N’Dour, Angélique Kidjo et Tiken Jah Fakoly, ces supertars africaines qui ont parrainé tour à tour le Festival international Nuits d’Afrique ces 15 dernières années, avaient bien saisi le rêve de Lamine Touré, le cerveau de l’opération. Ce danseur guinéen devait passer un mois à Montréal en 1974; il a décidé, sur un coup de tête, d’y rester pour toujours. Visionnaire, il fonde d’abord le Café créole, proche de la Place des Arts, pour réunir les immigrants nostalgiques. En 1985, Touré ouvre le Club Balattou, un bar exigu du boulevard Saint-Laurent qui va faire danser ensemble toutes ces communautés qui hésitaient encore à se mélanger.

Une programmation non afrocentrique

À l’instar des grands festivals de jazz qui affichent de plus en plus d’artistes d’obédience strictement pop, le FINA a ouvert les frontières ces dernières années, présentant au National des révélations comme Balkan Beat Box et Hindi Zara, une chanteuse inclassable, d’origine marocaine. Cette année, Rachid Taha et Yaël Naïm sont promus têtes d’affiche, et Ana Alcaide, une Espagnole de Tolède qui joue de la nickelharpa médiévale, côtoie Les Ogres de Barback, un quatuor français d’ascendance arménienne, vraiment marrant. Quant à Inna Modja, elle a laissé tomber les frous-frous de la variété française pour un virage électro-pop, un Bamako 2.0 irrésistible.

Fatala au Spectrum en 1990
Fatala au Spectrum en 1990 / Photo : André Rival

Après avoir fait une large place à une panoplie de rythmes et de genres dansants (mbalax, rumba, soukouss, salsa, zouglou, zouk, reggae, funana et autres), Nuits d’Afrique renouvelle chaque année le pari de l’exploration ainsi qu’un engagement tacite auprès des musiques du monde venues directement… d’ici.

Proyecto Iré, un collectif cubain de Montréal, mené par l’infatigable pianiste cubain Yoel Diaz originaire de Holguin, est le grand gagnant du concours Syli d’or 2016. Avec les moyens du bord, cette compétition organisée depuis 10 ans par les Productions Nuits d’Afrique repêche les talents locaux de la trempe de Nomadic Massive, Bumaranga, Nomad Stones et Olivier Mitchell, entre autres.

Frédéric Kervadec en sait quelque chose. Chargé de la programmation nationale puis internationale, c’est lui qui boucle les grilles que viennent renifler les journalistes français, américains et africains. Le festival de Montréal est devenu une référence mondiale.

Question de démontrer que la musique africaine ne sert pas juste à faire bouger les fesses, on y verra cette année BKO Quintet du Mali et Vaudou Game du Togo. Plus engagés, plus intellos, K’Koustik de la Guadeloupe et Grèn Sémé de l’île de la Réunion, et le hip-hop de A2VT, dans la série Urban Africa, tous captivants.

Évidemment, les coups sûrs sont bien présents: Tabou Combo d’Haïti, Orquesta Aragon de Cuba, Lorraine Klaasen, notre reine sud-africaine. Manu Dibango est là, en chair et en sax, pour rencontrer la relève montréalaise. Le festival se termine par une célébration marquée d’une note de tristesse: la cour des grands rendra hommage au plus grand des chanteurs congolais, Papa Wemba, un ancien parrain du festival, mort debout sur scène, en plein concert, à Abidjan le 24 avril.

Et le spectacle continue.

Du 12 au 24 juillet à Montréal
festivalnuitsdafrique.com

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