FEQ, jour 4: La consécration de Béatrice
Musique

FEQ, jour 4: La consécration de Béatrice

Coeur de Pirate a osé un spectacle multidisciplinaire vertigineux, un alliage de chanson et de danse généreusement exécuté.

Béatrice Martin a monté toutes les marches, gravit les échelons un à un, gagné en assurance, sortit trois disques, fortifié sa voix et appris à danser. Elle se révélait hier soir au sommet de son art.

Ce concert en est un d’exception. Spécialement conçu pour le Festival d’été de Québec, et regroupant quelques-uns des auteurs-compositeurs-interprètes les plus pertinents de la pop montréalaise d’aujourd’hui, cette production est l’une des plus élaborées et raffinées qui nous a été donné de voir sur les plaines d’Abraham.

Habitée par ses textes de dentelle jusqu’au bout des doigts, Coeur de Pirate continue de livrer ses chansons comme si sa vie en dépendait, mais elle y ajoute désormais moult pas de danse suggérés par Nico Archambault et Wynn Holmes. Une gestuelle élégante rappelant un peu Kate Bush, période Running Up That Hill.

Outre les interprétations senties de la belle, on s’émeut de la voir aussi généreuse, invitant au passage une cohorte d’interprètes des Ballets Jazz de Montréal, un exercice de développement de public précieux pour la danse contemporaine qui bénéficie rarement de ce genre d’instants de grande écoute. 

Les Ballets Jazz de Montréal (Crédit: Renaud Philippe)
Les Ballets Jazz de Montréal (Crédit: Renaud Philippe)

De plus, chacun de ses invités musicaux ont pu présenter une composition de leur cru: Milk & Bone, Loud Lary Ajust, Alex Nevsky (parfait sur Pour un infidèle), Les Trois Accords (son « groupe préféré »!) et la rockeuse Laura Jane Grace du groupe Against Me!.

Une brochette joliment hétéroclite qui a eu pour effet de rythmer ce spectacle déjà enrobé dans un écrin de paillettes, une scénographie essentiellement composée de projections impressionnistes signées Moment Factory qui habillaient bien la titanesque scène.

Coeur de Pirate et Lary Kidd de Loud Lary Ajust (Crédit: Renaud Philippe)
Coeur de Pirate et Lary Kidd de Loud Lary Ajust (Crédit: Renaud Philippe)

Même si on la sentait un peu essoufflée en fin de parcours, après une heure et demi follement électrisante où elle a tout donné, Coeur de Pirate s’est révélée hier soir comme une pop star accomplie, enterrant par le fait même cette lolita fragile qui se cachait autrefois derrière son piano. Puisse que quelqu’un ait pensé à filmer ces moments de grâce, à les immortaliser pour la postérité.

 

« J’vais marier ta fille pis la mettre enceinte »

Les festivaliers n’ont pas le droit d’apporter des bouteilles d’eau sur le site, mais le chanteur de Hedley, lui, les lance sur la foule. Non, vraiment, on ne peut pas reprocher à Jacob Hoggard son manque d’enthousiasme en première partie de Coeur de Pirate. Il se démène de toutes les façons possibles, comme pour palier à sa musique radiophoniquement consensuelle, à sa voix haute perchée et sirupeuse qui sied mieux au R&B qu’au punk.

Hedley (Crédit: Renaud Philippe)
Hedley (Crédit: Renaud Philippe)

La mise en scène est inventive: gros rot entre deux couplets, double axel sans patin du haut de l’ampli, t-shirts pulvérisés vers l’assistance. Mais c’est surtout ce coup de téléphone au père d’une fille du premier rang dont on se rappellera, cette mise en garde à l’endroit d’un Michel confus qui (l’espère-t-on) ne croyait pas vraiment que son interlocuteur coucherait avec sa progéniture ce soir.

Qu’on aime la pop rock générique ou non, il faut admettre que le leader du quatuor excelle dans son genre. Il va même jusqu’à risquer quelques couplets de rap chanté, un élément nouveau à la musique de groupe qui roule sa bosse depuis 2003. On ne peut, certes, pas leur reprocher de s’asseoir sur leurs lauriers, de ne pas se réinventer.