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Saratoga : Ce qu'on a besoin
Musique

Saratoga : Ce qu’on a besoin

Saratoga, duo formé par le couple Chantal Archambault et Michel-Olivier Gasse, souhaite garder sa formule intimiste le plus longtemps possible.

«Nous autres, maudit que ça va ben, mais dans le monde, pas tant que ça. On va-tu vraiment faire un album où on dit qu’on va ben?», lance Michel-Olivier Gasse. «On est déjà cutes, là, on va pas se mettre à faire chier avec notre bonheur!»

Les voix de Michel-Olivier et de sa compagne Chantal Archambault chantent donc surtout à propos des autres sur le premier album complet du duo qu’ils forment depuis près de deux ans, Saratoga. Sur Fleur, ils relatent doucement des sentiments ou des situations qui font écho dans chacun de nous à travers l’univers folk intimiste qu’on leur connaît.

«Y a tellement de richesse dans ce que les gens vivent», dit Chantal, qui sort de son confort avec cet album, en quelque sorte, puisqu’elle chantait à propos de ses sentiments sur ses albums solo précédents. «Ça nous permet de nous plonger dans un univers qui ne nous appartient pas dans le moment, mais qu’on a sans doute vécu. Et comme on parle de gens qui sont proches, ça touche un peu comme si on le vivait par procuration.»

Sur l’album, ils nous racontent l’histoire d’un personnage qui a du mal à remonter la pente, d’un autre qui rapetasse sa vie constamment, de celle d’une personne aimée partie trop tôt, une ode à une vie plus reposante, à ralentir le rythme.

Malgré leur volonté de garder ça relax, Chantal et Michel-Olivier ont quand même vécu un petit stress alors qu’arrivait la deadline de l’album, réalisé par leur ami Guillaume Bourque. «Saratoga, c’est un projet où les choses se font en temps et lieu; on fait ça pour être bien, on n’est pas pressés – pis on s’est ramassés quand même à vivre ça. Je me disais: “Voyons, y a pas moyen de sortir du moule jamais!”», se remémore Chantal. Mais tout est bien qui finit bien.

Nouvelle maison

Fleur surprendra sans doute les fans de Saratoga puisqu’on y entend des clarinettes, des hautbois, et autres instruments qui se fondent dans le décor. «Les gens sur la route nous ont aimés simples, à deux, et nous ont dit: “Ne changez jamais ça”. On avait donc un souci de ne pas trop avoir d’arrangements. Mais on l’a fait parce que l’emballage rend service au disque.»

Douillet, l’album Fleur est aussi teinté de nature (ils ouvrent le disque avec l’image d’un lac gelé, par exemple) et de contemplation, puisque le décor de leur quotidien au moment de composer s’y prêtait. «On a écrit l’album à l’hiver dans notre nouvelle maison, dans un village où on connaît personne», précise Michel-Olivier. «L’hiver y a pas un chat, tout le monde est terré dans un abri-tempo. On regardait par la fenêtre et c’est ce qu’on voyait: la rivière, la glace, les oiseaux, de la neige.»

En juin dernier, le duo chantait dans l’église de ce village, dans les Laurentides. Le contexte est à l’image de la centaine (et bien plus) de concerts qu’ils ont donnés à la suite de la parution d’un premier EP en 2015. Concerts tout simplement à deux – à moins d’exception –, avec une guitare sèche, une contrebasse, un banjo, et dans de petites salles, là où l’acoustique du huis clos sied bien à l’intimité de la musique. Les débuts de Saratoga étaient très humbles, sans qu’ils aient de réelles attentes à part passer de belles soirées, diffuser leur musique et faire des rencontres. «Au début, on s’était dit: “Au pire, on part sur la route et on joue pour le chapeau”. En Louisiane, on a été inspirés par tous ces gens qui font juste jouer. C’est comme ça qu’ils deviennent meilleurs.» Effectivement, le duo nous confirme que les nombreux concerts de Saratoga ont solidifié leur son, leurs voix et leur aisance sur scène.

LePetitRusse
Photo LePetitRusse

La bulle

Saratoga a aussi joué dans des maisons, lors de shows de salon. Une expérience des plus privées et motivantes. Avec une formule qui rend la vie facile aux soundmen de ce monde et qui rend l’expérience précieuse pour le public, chaque concert est un bonheur pour tout le monde. «Le nombre de fois dans tous les shows qu’on a faits où on était avec du monde qui pourrait venir souper à la maison n’importe quand…» relate Michel-Olivier. «On rencontre du monde tripant et on se retrouve dans les gens qui viennent nous voir. C’est ce qui fait en sorte que tu finis par avoir une “addiction” à la route parce que t’es un peu chez vous partout.»

C’est d’une importance capitale de conserver cette bulle. Pour les deux comparses, pas question de faire de grosses scènes. Mais considérant que leurs affaires vont bon train, de telles offres ne vont sans doute pas tarder.

Michel-Olivier: «Ça me chienne un peu ce qui s’en vient parce que ça fait un an qu’on se fait dire: “Vous savez que vous avez quelque chose de spécial, hein?” OK… alors qu’est-ce qui s’en vient? Les Sœurs Boulay disaient que la tournée de leur premier album les avait usées ben raide et elles ont dû prendre un méga recul. On n’a pas 22 ans non plus…»

Chantal: «On a la chance d’avoir des portraits de nos amis qui font de la musique – Michel-Olivier a fait beaucoup de tournées avec Vincent Vallières par exemple – et on peut se situer là-dedans. On veut faire des choix éclairés, être à l’écoute de ce qu’on veut et de ce qu’on a besoin. Les gens nous souhaitent le succès et disent: “Ah, pourquoi vous êtes pas connus?” et on se dit: “C’est quoi pour eux le succès et c’est quoi d’être connu?” On se sent vraiment bien où on est, on est parfaitement heureux, on est capables de vivre de notre musique, on est occupés mais pas trop dans l’jus. On se considère vraiment chanceux d’être à 35 et 38 ans plus que d’être à 25 ans et faire: “AH YES, ça pogne!!! Je dis oui à tout!” et se laisser embarquer.»

Michel-Olivier: «Un monsieur nous a dit un jour: “Je vous souhaite la pérennité.” Il a tout compris! C’est aussi ce que je me souhaite. Je veux pas que ça pogne en malade, je veux juste faire ça tout le temps et être bien là-dedans encore dans 20 ans.»

Et la vie de couple dans tout ça, ça tient le coup?

Chantal: «On s’est demandé si ça nuirait à notre couple, mais on a passé le test.»

Michel-Olivier: «L’idée c’est de se doser, d’être capable d’être quand même tout seul même si on est tout le temps ensemble. Dans notre village, y a rien, rien! Pas vraiment de place pour s’évader. Elle s’est pogné un kayak solo et je me suis pogné un fat bike! On a nos activités solo pour s’évader un peu.»

Chantal: «On est un peu fusionnel. On s’entend tellement ben. On était amis avant d’être en couple donc on se plaisait déjà à être ensemble.»

Michel-Olivier: «Ce qui est cool, c’est qu’il y a pas de rancune. Quand y a un fuck, ça dure pas longtemps. Le char reste un lieu idéal pour se pogner. Tu regardes en avant, t’es pas face à face. On s’arrête, on règle, on prend notre gaz et on est correct. Je peux pas imaginer faire ce show-là et faire semblant d’être bien.»

Longue vie à Saratoga!

Fleur (DuPrince)
Sortie le 14 octobre

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