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Vie de DJ
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Vie de DJ

Souvent associée au party, au champagne et aux autres stéréotypes de la vie de David Guetta, la routine des DJ a de quoi nous fasciner. Cumulant plus de 10 ans de métier chacun, les Montréalais Paolo Rocco, Poirier, Mathieu Beauséjour, Misstress Barbara, DJ Manifest et Tiga savent toutefois que la réalité est fort différente. Incursion dans le quotidien de ces DJ à temps plein.

C’est un jeudi matin inhabituel pour Mathieu Beauséjour. Lève-tard, il a dû faire une exception afin de nous rencontrer en milieu de matinée, tout près de chez lui, dans un café du Village. «Je mixe les mercredis soirs à la Rockette depuis quatre ans. J’me lève plus tôt qu’avant le jeudi, mais disons que ça reste pas mal tout le temps entre 10h et 13h», dit-il, après s’être hâtivement commandé un hot-dog.

Moins surchargé qu’avant, le quotidien de Beauséjour se résume actuellement aux jeux vidéo, au cinéma de répertoire et aux découvertes foodies avec sa blonde. «À mes débuts, par contre, je passais mes temps libres à écouter de la musique», nuance-t-il. «Quand j’animais à CISM, je m’imposais l’écoute de 60 albums par semaine! Avec toutes ces recherches-là, j’ai fini par avoir un gros bagage rock, punk, post-punk, krautrock, hip-hop… J’écoute encore quelques nouveaux groupes, mais pas tant que ça.»

Reconnu pour son expertise rock rétro implacable, ce qui lui assure des semaines bien chargées depuis une décennie, le DJ peut donc se la couler un peu plus douce.

Évidemment, la réalité d’une grande majorité de DJ n’a rien à voir avec celle-ci. Figure incontournable de la scène électronique locale, Poirier doit constamment rester à l’affût des nouveautés, qu’elles soient dancehall, hip-hop ou électro. «En une semaine, je dois passer 15 heures à écouter de la musique. La plupart du temps, je finis par inclure environ une chanson de toute cette écoute-là à mes gigs», explique-t-il.

Poirier consacre également beaucoup de ses temps libres à l’administration de ses affaires: «Quand je suis à Montréal, je fais beaucoup de job de bureau, notamment de la promo pour mes albums et mes soirées mensuelles. C’est essentiel si je veux que ma musique soit diffusée.»

Poirier

Photo: Saty Pratha
Photo: Saty Pratha

Si on le connaît davantage pour ses albums et ses remix à saveur soca, reggae ou dancehall, Poirier plonge aussi dans plein d’autres styles musicaux. Il a lancé huit albums de musique originale et a une double vie sous le nom de Boundary, projet plus minimaliste né autour de 2013 et sous lequel il a sorti deux disques dans les dernières années.

On peut le considérer comme un habitué de chaudes soirées mensuelles montréalaises puisqu’il était de Bounce Le Gros (2005-2007), puis Karnival (2009-2012), puis Sud-West – devenu Nord-East à la TOHU cet été. Il y a aussi Qualité Deluxe, qu’il présente tous les mois à Artgang (et à l’occasion à Toronto) avec Kyou et Mr. Touré! «C’est dédié à l’afropop, au soca et au dancehall. Y a beaucoup d’habitués qui reviennent aux soirées. Ça va très bien en ce moment, mais ç’a été une lente progression et là on a une belle vibe. À Montréal, en ce moment, on est dans une belle période où y a plusieurs soirées comme la nôtre qui vont bien et où l’accent est mis sur la musique et pas sur les noms étrangers. C’est pas les invités qui font l’attrait, c’est le lien de confiance établi entre le public et les DJ résidents.»

Poirier présentera son spectacle Migration Sound System avec chanteurs et danseurs sur scène, dans le cadre de M pour Montréal en novembre, et souhaite l’emmener en tournée au Québec et en Europe l’été prochain. (V. T.)

Actif depuis 1990, le DJ électro Tiga occupe son quotidien montréalais d’une façon similaire à celle de Poirier. «Je m’occupe principalement de ma business et de mon label», dit-il, à propos de Turbo Recordings, fondé en 1998. «Mes journées sont toutes vraiment occupées. Je passe beaucoup de temps à trouver de la musique et à la classifier dans différents dossiers sur mon ordinateur. Parfois, je me sens comme un bibliothécaire.»

Misstress Barbara vit une situation semblable avec la musique. Active depuis 1996 dans le nightlife montréalais et à l’international, la mélomane a vu son quotidien changer radicalement dans les dernières années: «Depuis que toute la musique est numérique, ce n’est plus 400 sorties par semaine que je dois surveiller, mais bien 40 000! Je dois recevoir environ 100 MP3 promos par jour dans mes courriels… J’essaie d’en écouter le plus possible pour me faire une idée.»

L’Italo-Montréalais Paolo Rocco mène également une vie rangée lorsqu’il est loin des podiums. Ses chansons originales et ses remix étant pressés sur vinyle, le fondateur du collectif électro RAWMoments passe beaucoup de temps chez lui à coordonner tout ça, en plus de composer et de gérer sa boutique en ligne.

Autodidacte lui aussi, DJ Manifest divise actuellement son temps entre la production de beats et le défrichage de nouveaux contrats. Fort de son expérience derrière les platines avec Koriass, ce qui lui a assuré un gagne-pain fiable pendant plus de cinq ans, il veut maintenant diversifier son offre. «J’écoute beaucoup de funk, de rock et de reggae. Je tends peu à peu à m’éloigner du rap pour intégrer d’autres milieux», indique celui qui a récemment accompagné la chanteuse pop Liana lors d’une soirée de lancement.

Tiga

Photo : Femme de $arkozy
Photo : Femme de $arkozy

Vétéran de la scène techno de Montréal, Tiga amorce sa carrière au début des années 1990 avec des remix fort appréciés, dont Sunglasses at Night, son premier grand succès aux côtés de Zyntherius. Il enregistre trois albums de matériel original entre 2006 et 2015, sur lesquels on peut aussi entendre sa voix.

Le 27 octobre prochain, il présentera pour la première fois un grand spectacle qui mêlera la musique live aux arts visuels, un nouveau défi qui lui permettra de revenir sur plusieurs chansons-clés de son répertoire.

«Ça fait des années que j’ai en tête de faire un spectacle du genre – ce qui fait changement d’un typique DJ set –, depuis le temps de mon premier album Sexor», dit-il. «Ce n’est qu’en mars ou avril 2015 que j’ai commencé à y travailler sérieusement. Je suis allé en studio et j’ai commencé à construire des versions différentes de mes chansons, à penser à celles que je pourrais inclure. C’est pas tant un concert de mes plus grands hits. Y a tant de musique qui n’a jamais été jouée en live là-dedans.» (V. T.)

Cette ouverture musicale est généralement bénéfique pour tout DJ désirant évoluer longtemps dans le métier.

Mélomane sans frontières, Poirier sait qu’il gagne à s’adapter à son public en spectacle. «Souvent, j’essaie d’arriver au moins une heure d’avance afin de me familiariser avec la vibe de la foule», dit-il. «Une fois monté sur scène, je regarde beaucoup les gens devant moi. Ça influence souvent le choix de ma prochaine track.»

Mathieu Beauséjour doit constamment s’adonner à cet exercice. Lors de sa résidence du vendredi à la Rockette, il doit même contrôler la foule. «En fin de soirée, quand ça brasse trop et que les gens commencent à briser leurs pintes sur le plancher, je dois calmer le jeu avec une toune plus tranquille», assure-t-il.

«Tout est très spontané de mon côté. Cinq minutes avant d’embarquer, je ne sais pas quelle sera ma première track», indique Misstress Barbara. «En revanche, tout le travail se fait avant. C’est là que mon bagage musical entre en jeu.»

Tout comme Misstress et Poirier, Paolo Rocco se fait un devoir de «lire la foule». «Habituellement, je ne prépare rien avant une gig parce que j’aime bien m’adapter à l’ambiance», explique-t-il. «Je m’arrange aussi pour ne pas accepter n’importe quel contrat. Par exemple, je n’irais jamais jouer au Beachclub avant Hardwell!»

Financièrement avantageux, les contrats indésirables font partie intégrante de la vie des DJ. Du lot, les mariages ne sont pas particulièrement appréciés. «J’en ai déjà fait et j’ai trouvé ça difficile. La plupart du temps, on nous impose une liste de chansons», admet DJ Manifest.

Souvent appelé à mixer lors d’événements privés, Mathieu Beauséjour a récemment passé un mauvais quart d’heure lors d’un party de la compagnie Frank & Oak. «C’est la pire soirée de toute ma vie! Pendant sept heures, je me suis fait blaster parce que les gens aimaient pas ma musique. J’osais même pu aller aux toilettes!» raconte-t-il. «La seule fois où je suis allé fumer dehors, y a quelqu’un qui est allé déplugger mon gear pour mettre son iPhone. Depuis ce temps-là, j’y pense deux fois avant d’accepter un contrat.»

Misstress Barbara

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Barbara Bonfiglio célèbre cette année ses 20 ans de carrière. Au milieu des années 1990, elle s’est vite imposée sur la scène techno internationale alors qu’il n’y avait pratiquement pas de femmes DJ. «J’ai vite compris que pour me faire respecter, il fallait que je fasse de la musique. Je me suis donc équipée, j’ai commencé mon studio en 1996, et en 1999, j’avais mon label. C’est difficile parce que c’est un milieu très, très gars.»

Il a fallu repousser bien des avances et travailler fort pour se faire respecter. «Le fait d’être une femme, ça m’a ouvert les portes à travers la curiosité, mais y avait de la jalousie tout le temps. Je pense qu’il y a eu de l’évolution parce qu’aujourd’hui, il y a beaucoup de femmes DJ.»

Misstress Barbara a également sorti deux albums où elle troquait les platines pour le micro: I’m No Human (2009) et Many Shades of Grey (2012). Dans les prochaines années, elle souhaite poursuivre son travail de DJ tout en continuant à produire de la musique pour le cinéma, la télé et la publicité à travers sa jeune boîte Bon x Papa. «Je développe de plus en plus ma carrière de réalisatrice d’album parce que je pense pas qu’à 60 ans je vais encore être DJ!», dit-elle, en mentionnant qu’elle devra aussi défoncer des portes dans ce métier puisqu’il n’y a pas vraiment de femmes. (V. T.)

Pour Beauséjour, l’ambiance est autrement plus agréable et festive lors de ses résidences hebdomadaires. S’il se dit généralement moins porté à faire le party qu’à ses débuts, il admet être enclin à quelques dérapages contrôlés de temps à autre: «À la Rockette, c’est très rare que je bois, mais disons qu’à L’Esco les jeudis, c’est plus difficile, vu que le DJ booth est proche du bar. Faut dire que l’ambiance est vraiment l’fun: c’est comme si j’étais dans mon salon et que je mixais pour mes amis qui m’amènent des shots.»

À 42 ans, Tiga a lui aussi récemment diminué le nombre de soirées arrosées. «Pendant 25 ans, mon quotidien se résumait à faire le party, alors à un certain moment, j’ai eu envie de faire différent. J’aime maintenant me lever à sept heures du matin quand je suis chez moi. Je trouve ça exotique!» explique-t-il.

Pour DJ Manifest et Poirier, il semble impératif de rester professionnel, peu importe les offres et les tentations. Alors que le premier se fait un devoir de ne jamais se «péter la face en travaillant, que ce soit pendant un gros show ou une gig dans un bar de quartier», le deuxième tente de garder la tête hors de l’eau «dans un milieu d’abus où il y a parfois beaucoup de drogue».

Misstress Barbara garde la même attitude face aux excès: «Le jour où j’ai décidé de devenir DJ, j’ai mis une croix sur le party. Je voulais m’assurer de jouer des tounes qui me donnent des frissons à jeun, et non pas sur l’influence d’une pilule. Par contre, je demande généralement deux bouteilles de champagne dans mon contrat. Ça me donne un pétillant de bonheur, ça me réveille. Je suis parfois pompette, mais ça reste toujours professionnel.»

DJ Manifest

Source : page Facebook de DJ Manifest
Source : page Facebook de DJ Manifest

Vétéran de la scène hip-hop locale, DJ Manifest met toute son énergie au service de la musique depuis près de 20 ans.

Décrochant un emploi à l’hôpital Saint-Luc au tournant du millénaire, le Montréalais n’a alors qu’une seule mission: amasser beaucoup d’argent pour s’acheter l’équipement de base du DJ.

Souhaitant se faire un nom sur la scène rap montréalaise, alors en pleine effervescence, il s’incruste hebdomadairement à l’émission Hip Hop Non-Stop à CIBL. «J’allais là seulement pour observer», se souvient-il. «Peu à peu, j’ai rencontré pas mal tous les acteurs importants de la scène. Ça m’a aidé à avoir ma première chance comme DJ.»

Obtenant sa première résidence au défunt bar Félix, puis au Petit Campus, Manifest fait ensuite graduellement sa marque comme producteur. Dans la deuxième moitié de la décennie 2000, il compose des chansons pour L’Assemblée, Dramatik, BBT et Koriass, qu’il accompagne d’ailleurs en spectacle dès 2008.

Plus que jamais décidé à faire sa marque en solo, il désire maintenant accumuler les contrats dans les bars et les événements. «Pendant près de 10 ans, j’ai été vu comme “le DJ de Koriass’’. J’ai beaucoup aimé l’expérience, mais là, j’approche de la quarantaine et je veux développer ma carrière», explique celui qu’on peut voir mixer occasionnellement au Don B Comber. (O. B.-M.)

Les horaires irréguliers forcent également les DJ à faire des sacrifices en ce qui a trait à leur vie familiale et leur santé. Manifest a toutefois tiré des leçons de ce mode de vie: «Quand mes affaires ont commencé à bien marcher, j’étais tout simplement obsédé par la musique. Je mangeais pas bien, je dormais presque pas, je laissais tomber mes amis… J’ai finalement compris que la clé était dans l’équilibre. J’ai réalisé que de négliger ma santé, mes amis et ma famille, ça me faisait beaucoup plus de mal à long terme que de perdre un contrat.»

Conscient de la précarité de son métier, Mathieu Beauséjour a généralement de la difficulté à refuser une offre. «Les mois de mars et d’avril sont pas mal tranquilles, alors je ramasse pas mal tous les partys de Noël qu’on me propose. Ça devient fatigant de travailler cinq à six soirs par semaine durant cette période-là», admet-il.

Même si le marché international s’offre à eux, Tiga, Misstress Barbara et Paolo Rocco constatent également l’instabilité de leur métier.

La clé pour perdurer dans ce milieu compétitif? «Chaque cinq ans environ, il faut renouveler son image et sa musique», croit Rocco. «C’est impossible d’évoluer en tant que DJ en faisant toujours la même chose.»

L’assiduité est également très importante. «Si tu ne tournes pas tout le temps, t’es vite mis de côté», observe Misstress Barbara. «Tu ne peux pas te permettre de prendre six mois en dehors du circuit parce que la crowd électro est généralement éphémère. Le jeune fan de 20 ans qui vient te voir en show, il ne sortira peut-être plus dans deux ans.» (O. B-M.)

Mathieu Beauséjour

Photo : Antoine Bordeleau
Photo : Antoine Bordeleau

DJ rock notoire de la métropole, Mathieu Beauséjour développe d’abord sa passion sur les ondes de CISM. Animateur des Éboueurs du rock entre 1998 et 2012, le diplômé en communication au Conservatoire Lasalle fait ensuite sa marque comme DJ dans les partys étudiants, avant d’avoir sa vraie chance en résidence au défunt Roy Bar en 2003.

«Après ça, le téléphone s’est mis à sonner», raconte-t-il. «C’est pas mal à ce moment que j’ai réalisé que je pouvais crisser là ma job au centre d’appel pour me concentrer uniquement sur mes contrats dans les bars. J’avais jamais pensé que mon émission de b-sides punk obscurs pourrait m’amener là…»

Au milieu de la décennie 2000, Beauséjour décroche des contrats de résidence durables à L’Esco et à la Rockette, là où il mixe encore chaque semaine d’ailleurs.

Spécialiste probant du rock underground et mélomane de haut vol, s’intéressant autant au reggae qu’au hip-hop old school, il obtient sa chance dans plusieurs autres bars maintenant fermés, notamment le Panda Bar, le Salon Officiel et, plus récemment, le Perfecto.

À l’aube de la quarantaine, celui qui multiplie aussi les mariages et les événements corporatifs se questionne: «Je suis pas encore tanné de faire ça, mais je sais pas ce que ça va donner à long terme… Je suis en train de penser à un plan B, peut-être revenir à mes premiers amours de communication.» (O. B.-M.)


DJ «slash» producteur

«Je ne me considère pas avant tout comme un DJ, mais plutôt comme un créateur de musique.» Poirier croit (avec raison) qu’il est important de réitérer les nuances de son métier. Oui, lorsqu’on parle d’un DJ, on parle d’une personne appelée à diffuser et à mixer de la musique pour une foule, mais les pièces choisies ne sont pas toujours la musique des autres. Les rôles de remixeur ou de producteur (ou de compositeur) se greffent souvent à celui de DJ, ce qui fait que la musique originale de l’artiste est également diffusée.

«Pour moi, jouer en DJ, c’est une façon de représenter la musique que je compose et que j’aime, au même titre que les groupes de musique qui vont en tournée pour présenter live la musique qu’ils ont composée», précise-t-il.

«Le DJ/producteur, qui est un terme assez commun à présent, est un peu différent du producteur (ou du compositeur) traditionnel parce que les deux choses se nourrissent», explique Tiga. «Ça, c’est absolument mon école: les points forts du travail de composition en studio viennent du DJing. On développe une connaissance de ce qui fonctionne et de ce qui ne fonctionne pas, on essaie de comprendre la dynamique de l’énergie et en particulier les arrangements. Y a une confiance qui naît d’une grande exposition aux danceclubs et aux foules.»

Alors que Paolo Rocco a débuté en tant que DJ et s’est développé un intérêt pour la production plus tard, Poirier, lui, a fait le parcours contraire. Il a d’ailleurs signé beaucoup plus d’albums de musique originale que le DJ/producteur moyen. «Jouer en DJ, ça me donne une autre compréhension de la musique et ça se reflète après dans la composition. Migration, que j’ai lancé cette année, c’est mon 10e disque de matériel original et je connais pas beaucoup de gens qui ont fait ça. Y en a qui pensent que je suis juste DJ dans la vie et je suis comme: wô, attends minute!»

Toutefois, c’est aussi possible de préférer ne garder qu’un chapeau, question de mieux maîtriser sa force en mixing. Manifest, par exemple, s’est replongé davantage dans son rôle de DJ récemment. «Ce que j’aime le plus en ce moment, c’est mixer. On me voyait beaucoup plus comme producteur, c’était ben à la mode de le mettre en valeur il y a quelques années. Je poussais aussi fort pour avoir des gigs, mais ça se passait pas à mon goût. J’ai un studio, je fais de la musique, je suis ouvert aux rencontres, mais je suis pas le meilleur producteur, tandis qu’en tant que DJ, je suis plus en contrôle.» (V. T.)

Paolo Rocco

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Paolo Rocco est un DJ et producteur italo-montréalais de 30 ans. Il amorce sa carrière au milieu de la précédente décennie, d’abord en mixant, puis en produisant sa musique quelques années plus tard. «Quand j’ai fait mes débuts en DJing, honnêtement c’était pour l’argent, dit-il. J’étais assez jeune et j’ai commencé ça plus comme une business. Plus je m’y faisais, plus mes goûts en musique se définissaient. Ce que j’aimais le plus, c’était la musique house underground, à l’époque une petite clique assez tissée serrée qui n’acceptait pas souvent de nouveaux joueurs. Je prenais n’importe quelle opportunité qui venait à moi: des gigs de hip-hop, de musique commerciale, de house, etc.»

Il économise de l’argent et l’investit dans de l’équipement de production pour créer ses propres pièces. «Ç’a commencé à bien aller en Europe avec quelques tracks et puis la scène montréalaise s’est ouvert les yeux par rapport à mon travail. À ce moment-là, j’ai commencé à ne faire que la musique que j’aimais.»

Aujourd’hui, on peut le voir souvent au réputé Stereo, où il a la liberté de choisir ses gigs, en plus de faire de petites tournées au Canada ou ailleurs. Outre ses DJ sets, il travaille de jour à bâtir RAWMoments, un collectif de passionnés de musique électronique qui présentent fréquemment des soirées en ville. (V. T.)


Fatigue internationale

Un métier qui permet de composer, de diffuser de la musique et de voyager, on s’entend que c’est pas mal cool. Mais une chose qui revient, lorsqu’on discute avec les DJ qui font de la tournée à l’international, c’est que l’aspect transport peut être brutal. C’est sans doute le gros point négatif du métier, d’ailleurs.

«Les gens pensent qu’il y a pas mal plus de glamour dans la vie de DJ qu’il y en a réellement», explique Paolo Rocco. «Ils te voient prendre des avions pour aller jouer dans les clubs et pensent que tu fais des dizaines de milliers de dollars, mais c’est pas vraiment ça. Parfois, t’es dans un vol de merde ou t’as une correspondance de 10 heures ou le diffuseur a oublié de te réserver un hôtel. C’est pas juste un ciel bleu et des arcs-en-ciel tout le temps!»

«Je peux te donner un exemple récent, dit Poirier, qui s’envole souvent vers l’Europe. Je jouais au Métropolis de 20h30 à 21h30; à 21h35, j’étais en route vers l’aéroport et j’ai pris l’avion directement. Je n’ai pas vraiment dormi dans l’avion, j’ai atterri à Marseille et j’ai pris un train de huit heures pour aller jouer au festival Garorock. Ce sont des choses qui arrivent.»

Pour sa part, Tiga voyage intensément en Europe – tous les week-ends du printemps et de l’été –, ce qui crée de la fatigue mentale et physique. «C’est vraiment plate, mais c’est une réalité, dit-il. Objectivement, c’est le meilleur métier du monde. Chaque jour est incroyable, t’es dans une nouvelle ville, t’es bien traité, tu te fais payer pour faire jouer de la musique à un party. Le seul hic à la fin, c’est que tu peux ne pas dormir pendant trois jours et au lieu de te promener dans les rues de Rome, tu fais une sieste.»

À ce sujet, Misstress Barbara a ralenti le rythme pour reprendre son souffle et vivre sa vie pleinement, plutôt que de ne vivre que du DJing. «Je ne tourne pas autant qu’avant parce qu’après 20 ans de carrière, j’ai besoin de plus de repos après mes week-ends. J’ai une vie plus complète, disons, que juste le travail. Je fais plein de choses: de la voile, du tennis, de la moto. Je suis très heureuse comme ça.» (V. T.)

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