Dany Placard lance Full face: «Je me suis déprogrammé»
Musique

Dany Placard lance Full face: «Je me suis déprogrammé»

«Full Face, ça représente comment j’feelais quand j’ai écrit l’album, nous racontait Dany Placard avant son lancement jeudi dernier. J’avais envie de me mettre un «full face» sur la tête en permanence. Ça veut dire être tanné d’entendre le monde parler et toujours vouloir se mettre un casque.»

Sur ce nouvel album, concocté en compagnie de Guillaume Bourque, le chanteur, musicien et réalisateur émérite change de ton, autant au niveau des textes, plus sombres et poétiques, que dans les musiques, où l’on recense une nouvelle énergie rock, parfois franchement apaisante mais qui s’éloigne du folk. «Un an après Santa Maria (2014), j’avais écrit sept ou huit chansons. Après, j’ai réalisé quelques disques et j’y suis revenu, mais je n’ai pas poursuivi parce que c’était trop folk. J’aurais pu faire l’album guitare-voix. Je me suis alors vraiment déprogrammé. J’ai pas écouté Bob Dylan et Neil Young pour cet album-là. Je suis plutôt revenu vers des trucs que j’écoutais quand j’étais flo.»

La sublime ballade Mon amour était plus fort que ce qu’on voit dans les vues, ornée de cordes et qui raconte une correspondance amoureuse ratée, est sans doute la plus surprenante du lot et elle nous ramène 30 ans en arrière. «Ça me surprend moi aussi cette toune! J’avais vraiment une idée précise, une chanson qui aurait pu jouer dans un film de 1987 avec les claviers cheesy. J’avais Top Gun en tête. J’ai racheté des vieilles pédales, les mêmes que j’avais à 16 ans pour avoir le même genre de son.»

Si les textes de ce récent album se révèlent particulièrement sombres – à la manière du titre, Dany Placard évoque l’angoisse et l’isolement -, c’est que le musicien s’est brûlé et a ensuite eu un creux de travail. «Il fallait que j’écrive donc tout a remonté», précise-t-il. «Quand j’ai écrit Virer d’bord Moi aussi chus écoeuré / Moi aussi chus fatigué / De faire à semblant / Quand ça va pas» chante-t-il], je croyais pas en grand-chose. Ça nous arrive à tous de pogner un creux de vague.»

Dany Placard laisse aussi la place à ce que l’imaginaire fasse son bout de chemin chez l’auditeur sur Full Face. «Je m’étais mindé à faire quelque chose de différent au niveau des textes, que ce soit plus imagé et moins des histoires de gars avec son char qui s’allume une tope. La confesse, par exemple, c’est plus des images d’un gars qui fait un badtrip chez lui seul. Notre maison, c’est un couple à la dérive qui ne fait pas d’efforts pour s’en sortir. Pour celle-ci, j’avais le film La foire aux malheurs avec Tom Hanks en tête.»

Si Full Face est bien différent de ces prédécesseurs dans son approche, l’album représente aussi la fin d’un chapitre en continuité avec ses deux prédécesseurs, selon le principal intéressé. «Démon vert (2012), Santa Maria et celui-ci, c’est une trilogie. Un peu comme la Trilogie new-yorkaise de Paul Auster. Trois livres qui ont rapport, mais qui n’ont pas rapport. C’est la fin du «parlage» de Dieu comme la Sainte Vierge et le Démon. C’est comme un genre de récit biblique qui vient de se fermer. Les images de la religion et les dessins de Jésus, je trouve ça très beau – même si je ne vais pas à la messe et que je crois en rien – mais là, la prochaine fois que j’écris, il n’y aura plus ces mots-là.» 

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Full Face (Simone Records) disponible maintenant

Dany Placard sera en concert à Coup de coeur francophone, le 9 novembre à l’Esco, avec PONI.

danyplacard.com