Susanne Sundfør: Un ange passe
Musique

Susanne Sundfør: Un ange passe

Même les plus implacables athées l’admettront : la voix de la Norvégienne Susanne Sundfør vient du ciel. Grande vedette dans son pays natal, forte d’un succès d’estime retentissant en Amérique du Nord, la musicienne est promise à une carrière planétaire exceptionnelle.

Elle n’est pas née de la dernière pluie, Susanne Sundfør. Music for People in Trouble est sa 5e offrande et trois de ses compositions dépassent largement les millions d’écoutes sur Spotify.  Reincarnation, Kamikaze, Undercover. Simple interprète à ses heures, elle a aussi prêté son instrument à M83 pour For the Kids de l’album Junk et l’épique pièce titre du film Oblivion. On l’a également entendue sur Let Me In, l’exercice de style résolument abbaesque du suédois Kleerup, de même que sur la très dansante et mélancolique Never Ever de ses compatriotes de Röyksopp. Autant dire que la scène électro pop l’a adoptée, propulsée vers de nouveaux sommets. Ce genre, qui lui sied si bien, aura même été le sien le temps de deux bouquets de chansons, deux opus qui l’ont révélée à un plus large public : The Sillicon Veil et Ten Love Songs.

Or, cette fois-ci, Susanne rompt avec les sonorités synthétiques. « Ça n’a jamais été un choix conscient. À vrai dire, je voulais vraiment trouver le moyen d’exprimer ce que j’avais à dire. [Cette fois], je remplace les ordinateurs et les logiciels par des instruments. J’avais besoin que ce soit plus organique… […] C’est aussi parce que j’étais tannée de m’assoir devant un ordinateur et de programmer. Je voulais me sentir comme une musicienne à nouveau! »  Music for People in Trouble est, pour ainsi dire, un retour aux sources, à la facture sonore folk de ses premiers albums et au country américain de son enfance. Une influence qu’on entend sur Mantra et Reincarnation, des pièces assaisonnées de slide guitare. « J’ai beaucoup écouté les disques de mes parents quand j’étais petite. Ils aimaient le country tous les deux. Mon père aime vraiment le rock sudiste et, moi, je suis une grande fan du Allman Brothers Band et même de Lynyrd Skyrnyrd. J’aime vraiment ce son country blues. […] J’ai beaucoup écouté de country quand j’étais ado, aussi. J’ai été inspirée par Joni Mitchell, mais aussi des auteures-compositrices comme Carole King et Carly Simons. C’est pas mal elles qui m’ont appris à écrire! En gros, je suis revenue là où j’ai commencé. »

(Crédit photo: Raphael Chatelain)
(Crédit photo: Raphael Chatelain)

C’est aussi parce que j’étais tannée de m’assoir devant un ordinateur et DE programmer. Je voulais me sentir comme une musicienne à nouveau!

S’il y a une constance dans son travail, c’est bien la virtuosité, cette voix parfaitement juste et sculptée par les émotions brutes qui se déploie dans un large registre. En pleine possession de ses moyens, Susanne s’écrit des partitions à la mesure de son don. Des compositions qu’elle enrobe d’orgue d’église depuis longtemps comme pour mettre en emphase l’aspect réellement céleste de ses performances. C’est particulièrement évident sur Mountaineers alors qu’elle se mêle au chant presque grégorien de son invité John Grant, aux chœurs quasi liturgiques qui suivent un peu plus tard. Pleinement consciente de sa voix angélique, elle explore des sonorités cléricales pour créer une œuvre aux accents spirituels qui la propulse au-dessus des simples mortels.

Chevalière de l’apocalypse

Ce serait cliché de dire que ses textes sont teintés par le spleen scandinave… Il n’en demeure pas moins que la plume de Susanne Sundfør est souvent aussi contemplative et torturée qu’une toile de Munch, aussi sombre qu’une nuit d’hiver qui commence à 16h. « Ça fait longtemps que je voulais faire un album à propos des changements climatiques, confie-t-elle, ironiquement prise dans une tempête de vent, de violentes intempéries qui sont venus troubler nos communications à plusieurs reprises.Je voulais créer un album qui témoigne de la vie d’aujourd’hui, avec tous les changements qui surviennent dans le monde. Je voulais parler de l’anxiété et de la peur que beaucoup de gens ressentent selon moi. La température est un sujet très intéressant… En ce moment, je suis à New York et il fait anormalement chaud. Tout le monde est comme ‘’Hein! C’est l’fun, il fait vraiment beau.’’ Mais, non, c’est vraiment pas cool. C’est clairement à cause du réchauffement de la planète et c’est plutôt épeurant. […] Je pense que c’est vraiment difficile pour les gens de savoir comment se sentir là-dedans parce que, t’sais, on ressent tous de l’impuissance. On se dit ‘’mais qu’est-ce qu’on peut faire?’’ On nous vante les bienfaits du consumérisme depuis toujours, on a grandi là-dedans. Tout à coup, ça devient difficile d’imaginer un autre mode de vie. »

La parolière a réussi à canaliser l’une des angoisses les plus universelles qui soient, un sujet triste et lourd sur lequel elle vient mettre un baume. Sa voix, sa guitare et son piano nous console. Music for People in Trouble est une prise de conscience poétique pour rallier les publics de partout sur le globe. Une préoccupation chère à cette artiste qui demeure une étrangère presque partout où elle joue. « Je ne crois pas qu’il y ait tant de différences entre les Américains et les Chinois, par exemple. Au final, on veut tous les mêmes choses : faire une différence et se sentir aimé. »

Music for People in Trouble (Bella Union)
Disponible maintenant

En spectacle le vendredi 3 novembre à 21h
Au Centre Phi

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