Chromeo : Funk velours
Musique

Chromeo : Funk velours

C’est en faisant fi des modes qu’ils ont rallumé les braises du nu disco et contribué à son explosion . Fidèles à eux-mêmes et au sommet de leur funk, David Macklovitch et Patrick Gemayel règnent aujourd’hui en maîtres sur les pistes de danse.

C’est presque un retour aux sources. Photographiés par Guillaume Simoneau sous une nuée rouge plus chimérique qu’inquiétante, les deux Montréalais remarchent dans leurs propres pas. Une scène croquée sous le viaduc Van Horne, non loin de ce local de répète qu’ils ont occupé coin Beaubien et du Parc, à quelques pas de la station Rosemont. «C’était mon arrêt chaque matin pour aller au Collège Stanislas, renchérit Patrick, alias P-Thugg. Je prenais la 161.» Chaque fois qu’ils ouvrent la bouche, on se surprend à les entendre dans la langue de chez nous, on s’étonne de partager d’obscures références avec eux. Des trajets de bus de la métropole aux fragments de pop culture francophone qui nous arrachent un sourire. «Sérieusement, pour nous, et ça on pourrait jamais dire ça aux États-Unis parce que personne comprendrait, confie Dave 1, c’est le vidéo de Je danse le mia de IAM qui nous a fait découvrir le funk. On l’avait enregistré sur VHS et on l’écoutait en revenant de l’école.»

Enfants de MusiquePlus, ils ont grandi en absorbant leur dose quotidienne de clips. Bouge de là, citent-ils sourire en coin, Rap CityVidéo Danse… De la fin des années 1980 à l’aube du troisième millénaire, Macklovitch et Gemayel ont dévoré tout ce que les VJ avaient de bon à leur offrir. David l’avoue sans gêne: cette époque préinternet constitue le fondement même de ses goûts. «Nous, notre groupe quand on était p’tits, c’était Les B.B. C’est bon Les B.B. pour vrai, c’est vraiment bon. C’était funky, en fait! Ou, même, il y avait le groupe Madame. Regarde comment je m’habille. Je m’habille exactement comme eux.» Il n’a pas été bercé par Gino Soccio et Boule noire, ses parents préféraient la guitare acoustique de Dylan aux synthétiseurs de Moroder, mais le chanteur du duo s’estime tout de même lié au riche patrimoine disco de sa ville d’origine. Un hasard, une chance! «La couverture du single de Juice avec la fille qui boit du jus d’orange à la paille, ça, c’est une référence à Lime. C’était un gros groupe disco de Montréal dans les années 1980.»

 

Fiction pulpeuse

Si les deux amis sont rentrés au bercail pour cette séance photo, c’est qu’ils ont ce nouveau disque à promouvoir et qu’ils ont gentiment accepté de faire l’aller-retour LAX-YUL. Un moindre mal pour des frequent flyers en leur genre.

Heads Over Heels est leur cinquième offrande, la première depuis l’inauguration de leur studio dans le comté d’Orange. Les 12 plages qui s’y trouvent ont été concoctées avec le plus grand des soins, un perfectionnisme exacerbé et, notamment, l’apport de l’ancien guitariste de Prince. Jesse Johnson aura été leur ange gardien, une source intarissable d’inspiration. Cette collaboration est une façon pour eux de le remercier. Patrick nous raconte: «Lui, il est super content. C’est pas qu’il est oublié, mais il n’a plus la carrière qu’il avait. Pour lui, c’est incroyable d’avoir quelqu’un de notre génération qui lui donne tellement d’attention, de jouer sur des nouvelles chansons qui capturent un p’tit peu le vibe de son époque, d’avoir fait le show de Jimmy Fallon avec nous. Il nous a remerciés comme trois jours après, il m’appelle tout le temps, il me dit comment il aime ça travailler avec nous.»

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photos : Guillaume Simoneau (Consulat)

Cet album marque aussi le début d’une ère, un changement d’image amorcé par le rafraîchissant vidéoclip de Juice, puis confirmé au dévoilement de la pochette du long-jeu. Leurs jambes emblématiques et érotisées font un retour sauf que, cette fois-ci, ce sont les leurs. Une façon pour eux de s’exprimer sur des questions qui transcendent les frontières du groove. «On voulait afficher une responsabilité face à ce symbole […], montrer qu’on est allumés à certaines causes, clame David. Ça semblait opportun pour nous d’afficher ça, mais on en a beaucoup parlé aux gens autour de nous, aux membres de certaines communautés, etc., pour s’assurer que ce soit fait avec goût.»

Chromeo donne dans le funk, certes, mais ses protagonistes en détournent les codes vieillots. Plutôt que de chanter des trucs comme «salut chérie, viens danser, la nuit va être longue», leurs paroles témoignent de leur sincère respect envers les femmes. Séduction et galanterie se conjuguent sur Don’t Sleep, la deuxième, alors que le personnage campé par le vocaliste s’efforce de ne pas brusquer, de ne pas tordre un bras à l’élue de son cœur. Sans oui, c’est non. «Mais même le fait que ce soit comme une dichotomie homme-femme, ça nous gêne. Ben, pas que ça nous gêne, mais on aimerait ça que ce soit même plus fluide ou plus général que ça, que ce soit même pas nécessairement homme versus femme. C’est sûr que la voix dans Chromeo s’adresse à une femme… mais est-ce que ces questions-là peuvent s’appliquer à tout et à toutes sortes de permutations? Et c’est un peu ça qu’on voulait montrer avec l’image de la couverture.»

Depuis sa formation en 2002, le duo se donne pour mission de chasser les réflexes des auteurs de l’ancienne génération et de subvertir les sujets propres à cette musique qu’ils aiment tellement, qu’ils modernisent sans la dénaturer. «C’est comme si tu mettais la voix de Timothée dans Call Me by Your Name, sa position, sa vulnérabilité et son insécurité, et que tu la superposais à une toune de funk. Ce serait un collage moderne et c’est ce genre de juxtaposition qu’on essaie de faire.»

Head Over Heels
(Big Beat/Atlantic Records)

Sortie le 15 juin

Jeudi 5 juillet
sur les plaines d’Abraham
(Dans le cadre du Festival d’été de Québec)

Vendredi 3 juillet à Osheaga

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