Gramofaune : L'antiquaire de l'électro
Musique

Gramofaune : L’antiquaire de l’électro

Gabriel Gagné utilise des trouvailles de seconde main, des objets d’une autre époque pour donner corps à ses compositions ambient presque futuristes. Un contraste fort et une proposition musicale riche à découvrir pendant le Festival d’été de Québec.

Printemps 2017. On le découvrait au détour du web, par l’entremise des claviers d’amis interposés, d’un bouche-à-oreille post-moderne. Discret mais déterminé, Gabriel Gagné bricole ses sons dans l’ombre des labels. Une autosuffisance créative qui le sert plutôt bien jusqu’ici. Si bien, en fait, que le Festival d’été de Québec l’a remarqué et programmé sans préliminaire. Il entre dans la cour des grands sans avoir eu à faire ses dents au concours Apéros FEQ.

Mais un bonheur n’arrive jamais seul. À quelques semaines de son concert initiatique, le musicien était la cible des cambrioleurs dans son appartement de St-Sauveur. Un crime en apparence prémédité qui l’ampute de ses instruments. « C’est le gros de ce que j’utilise en live qu’ils ont pris, lance-t-il dans un éclat de rire à la fois las et ironique. Mes amis qui vont peut-être pouvoir me dépanner, mais j’ai pas mal de gear donc j’ai des trucs que je peux substituer. Je vais me débrouiller. » Miraculeusement, ses nouvelles compositions ont été épargnées. Il était, à ce moment précis, parti vers son Petit-Saguenay natal avec son ordinateur portable. « Sinon, ajoute-t-il, je capoterais vraiment. »

Sa seconde offrande n’en sera pas affectée outre mesure. Il prévoit toujours sortir ledit disque d’ici à la fin du présent millésime. La date exacte est encore incertaine, il continue d’évaluer ses options. « Mais je te dirais que 80% de l’album est fait, je fais comme tout, un peu, et là je suis en train de mixer. C’est un processus qui est un peu désordonné, dans la mesure où je vais toujours ajouter des choses rendu au mix. » Gabriel crée jusqu’à cette ultime étape, se permettant de petites digressions, s’autorisant à enlever ou ajouter des éléments sonores. Des synthétiseurs, des voix, des boucles de guitare électrique ou de l’échantillonage, à sa guise. Longue est la route avant qu’il ne dise son dernier mot. On n’est jamais mieux servi que par soi-même.

Gramofaune (Crédit: Flore Bibeau)
Gramofaune (Crédit: Flore Bibeau)

C’est un processus qui est un peu désordonné, dans la mesure où je vais toujours ajouter des choses rendu au mix.

Gabriel Gagné

L’album qu’il prépare sera, pour reprendre l’adjectif qu’il préconise, plus « frénétique » que ce avec quoi on l’a connu l’an dernier. Si le EP était inspiré par la rythmique du trap, ces doubles croches que les DJs subdivisent pour faire 80 ou 160 BPM, le long-jeu de 2018 sera très rapide en termes de jeu de clavier, mais relativement down tempo. Gabriel ne monte jamais au-delà de 110 BPM – un record pour lui. « Pour le premier, c’était des pièces que j’avais composées dans l’optique de les jouer en spectacle, je les avais vraiment écrites pour puncher les samples, elles étaient découpées t’sais. Cette fois, je ne me suis pas donné de limites en composant. J’ai plus superposé, j’ai mis plus de couches, plus d’instruments et j’ai travaillé différemment. » Gramofaune s’éloigne ainsi du son de Bonobo, grand maître anglais auquel on était tentés de le comparer à ses débuts. « Quand j’ai fait le EP, j’aimais l’électro, mais j’en étais moins un consommateur. Je pense que c’est la possibilité de tout faire moi-même qui m’a attiré en premier lieu, le fait de pouvoir travailler sans dépendre de d’autres personnes. Il y a tellement de possibilités sonores, c’est trippant! Les synths et tout ce que tu peux faire avec des samples, juste s’amuser à expérimenter. J’aime vraiment ça essayer des trucs, les options sont presque infinies! »

Les plages encore en chantier laissent entrevoir de nouveaux horizons, un élargissement de ses champs d’intérêts. Techno, ambient, pop des années 90 à la manière de Björk ou Aphex Twin… Il s’est « fait l’oreille » en plus de tendre la main à d’autres musiciens, des gars de l’ombre mais hyperactifs. Le batteur Étienne Masson (alias May Sun) et le joueur de handpan Philippe Gagné qui mystifie les touristes sous la porte St-Jean presque à tous les jours. « Philippe et moi, on a étudié ensemble au certificat en audio numérique à l’Université Laval. On se connaît bien, quand même. »

Si moult producteurs électro fétichisent carrément les voix humaines, Gramofaune, lui, mise sur une instrumentation à la fois insolite est raffinée. Collectionneur aguerri, il cultive une fascination pour le vétuste, des artéfacts comme les disques de relation new age et le magnétophone à rubans qu’il a utilisé sur son premier maxi. Pour ce second cycle, il se munie d’un dictaphone à cassette, d’un Casio SK-1 (modèle pour enfants) et brode même une pièce autour des cris d’un singe extraits d’une vidéo amateure trouvée en ligne. Il a aussi développé une méthode d’enregistrement lo-fi avec la vieille radio à ondes courtes de son père, un engin capable de capter des fréquences jusqu’en Europe ou en Amérique latine. « Je pensais à ça depuis longtemps parce que je savais que c’était faisable. C’est le même principe qu’un émetteur FM pour la voiture dans lequel on branche son iPod. […] Grosso modo, je pogne mon interface audio et je plugue l’émetteur FM en arrière. Dans le fond, ce que ça fait, c’est que je suis capable de diffuser mes choses sur les ondes FM. Après, je les réenregistre. » Il en résultae un son sali, saupoudré de grichage et de distorsions en tout genre.

Gramofaune (Crédit: Jacynthe Bergeron)
Gramofaune (Crédit: Jacynthe Bergeron)

Quand j’ai fait le EP, j’aimais l’électro, mais j’en étais moins un consommateur. Je pense que c’est la possibilité de tout faire moi-même qui m’a attiré en premier lieu, le fait de pouvoir travailler sans dépendre de d’autres personnes.

Gabriel Gagné

Gabriel Gagné piétine son petit confort. Animé par cette volonté de dépassement, il se risque même au chant sur Fear Not. Une voix chuchotée, répétée en boucle comme un mantra, une ambiance quasi méditative jusqu’à ce que le beat embarque. « C’est comme stressant, avoue-t-il sans masquer ses inquiétudes. Là, j’enregistre ça tout seul chez nous, mais il va falloir que je la fasse en spectacle! Mais oui, c’est sûr que je vais la jouer au Festival d’été. »

Micro, claviers, échantilloneurs, montage vidéo (il est aussi VJ) en direct… L’homme-orchestre multi médias en avait déjà plein les bras avant que d’ajouter la guitare à son arsenal scénique, l’instrument avec lequel il a fait ses classes avant de se réorienter vers le piano et ses dérivés. « Je me suis fait voler des pédales, mais ils n’ont pas pris ma guit. C’est comme un signe. »

Dimanche 8 juillet à 19h30 à l’Anti
(Dans le cadre du Festival d’été de Québec)

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