FEQ : Le sacre d'Hubert Lenoir
Musique

FEQ : Le sacre d’Hubert Lenoir

C’était une ode à la jeunesse, aux 21 ans de sa choriste, un moment d’anthologie, une performance à hauteur de capitale et empreinte de chauvinisme. Hier, à la maison, Hubert Lenoir nous a rendus fiers.

Une agitation rare dans la tente de presse surpeuplée, une plateforme qui croule sous les corps. Ceux des journalistes en service, portables chauds au bout des doigts, des cameramen trimballant leur attirail, des icônes de notre musique venues en éclaireur. Tout le gratin semblé s’être passé le mot.

Une demi-décennie presque jour pour jour après avoir reçu son premier passeport pour le FEQ, modeste concert de The Seasons programmé sous les bons conseils de l’Ampli de Québec, Hubert Lenoir récolte enfin le fruit d’un buzz qui lui colle à la peau depuis la sortie de Darlène. Ce concert au Carré d’Youville est venu confirmer la rumeur qui plane, concrétiser sa montée au firmament de la chanson québ.

Sauf qu’il ne se limite pas aux codes stricts du genre.

Non, en fait, Chiasson (de son vrai nom) se colle aussi au jazz par l’entremise d’arrangements inspirés, mais surtout la présence du grand pianiste Vincent Gagnon et du vétéran André Larue au saxophone. Un groupe de rêve complété par le “cowboy gothique” Shampouing, rockeur de son état, le percussionniste PE Beaudoin, le pétillant Alexandre Martel alias Anatole, le bassiste Cédric Martel et la chanteuse Lou-Adriane Cassidy.

Hubert Lenoir aux côtés d'André Larue (gauche), Vincent Gagnon (derrière) et Lou-Adriane Cassidy (droite), Crédit: Philippe Ruel
Hubert Lenoir aux côtés d’André Larue (gauche), Vincent Gagnon (derrière) et Lou-Adriane Cassidy (droite), Crédit: Philippe Ruel / Courtoisie FEQ

‘’On est nés à Québec, on reste à Québec, on a enregistré l’album à Québec. Ici c’est notre ville!”

Précédée de cet intermède très satisfaisant, un commentaire qui résonne fort dans cette ville qui se vide de ses artistes à l’orée de chaque 1er juillet, sa version de Si on s’y mettait de Jean-Pierre Ferland s’est imposée comme un des moments forts avec un solo de guitare prodigieux d’Alexandre Martel et quelques ajouts au texte.

Mes chansons seraient de l’an prochain
Nommées à l’ADISQ, au Polaris
J’m’en câlisse

Une variante de circonstance portée par l’énergie presque punk d’un garçon qui se refuse aux règles, un commentaire possiblement prémonitoire pour celui que tous pressentent comme la Révélation de l’année. Après tout, il a reçu le Prix Félix Leclerc à la mi-juin et s’est vu sacré Espoir FEQ samedi dernier.

Crédit: Philippe Ruel / Courtoisie FEQ
Crédit: Philippe Ruel / Courtoisie FEQ

Férocement en voix, esquivant sans mal les pièges tendus parsa propre partition, Hubert a atteint sans mal les notes ultras hautes de J-C et fait honneur aux versions studios. Les sueurs perlant sur son froid n’étaient pas celles de la hantise des fausses notes, mais plutôt d’une bête de scène soucieuse de donner un spectacle au sens le plus pur du terme.

Les surprises sont venues des interventions entre les pièces, souvent dénonciatrices et toujours pertinentes, et de ses déplacements frénétiques. Du bodysurfing, ça allait de soi, précédé d’une acrobatie plus périlleuse encore.

La montée de l’abribus.

Crédit: C. Genest
Crédit: C. Genest

Le chanteur a même trouvé la force de répondre à ses détracteurs avec Sucre et sel, un petit manifeste androgyne, une composition neuve coiffée d’une finale groovy à souhait. Une chronique en musique suivie de Quatre quart, une autre offrande inédite et up tempo, un coït rythmique interrompu par la langoureuse Momo, pièce instrumentale d’une belle finesse. Il joue de contrastes et varie les plaisirs, étalant par le fait même toute la largeur de son registre.

Avec un seul album solo au compteur, et sans tricher par la voie des covers, Hubert Lenoir a su galvaniser une foule qui en redemande déjà, se tarde de le revoir.

 

S’il te plaît, ne m’oublie pas

Klô Pelgag est entrée avec toute la théâtralité qu’on lui connaît, sans rougir dans l’ombre de son prédécesseur survolté, vêtue d’un costume d’apicultrice rétrofuturiste, introduite par des bourdonnements d’abeilles inquiétants. Une référence à Disparaître, son propos environnementaliste voilé, une prophétie dystopique, morceau qu’elle n’entamera qu’à la mi-parcours.

Crédit: Philippe Ruel / Courtoisie FEQ
Crédit: Philippe Ruel / Courtoisie FEQ

L’auteure-compositrice de l’année rivalisait de folie hier soir, de virtuosité aussi, sa voix, son piano et sa guitare enveloppés dans l’écrin de cordes qui font sa renommée. Une pop de chambre dont elle seule semble connaître la recette.

Les morceaux se sont succédé sans temps mort dans ce tour de chant rodé au quart de tour ou elle et ses musiciens se sont amusés à accélérer Comme des rames, à parer Rayon X d’éléments presque funk.

Violett Pi, d’un calme papal, armé d’une retenue qu’on ne lui connaissait guère, est même venu rejoindre sa douce pour une version magnifiée de sa Labyrinthite. Un “message subliminal” à l’endroit de ce Festival qui ne l’avait pas encore invité, mais qui avait, à fort juste titre, pensé à réunir ces deux figures galvanisantes de la jeunesse musicale québécoise.

// À voir ce soir: Phoenix et Beck dès 20h sur les Plaines d’Abraham


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