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Don Letts : Punky-reggae party
Musique

Don Letts : Punky-reggae party

DJ, réalisateur, animateur radio, Don Letts est à l’origine du croisement entre le reggae et le punk. Il vient faire tourner quelques-uns de ses trésors et présenter son plus récent documentaire dans le cadre du festival ’77 Montréal.

Le parcours de Don Letts est assez exceptionnel. Fils d’immigrants jamaïcains, ce Londonien s’est retrouvé un peu par hasard impliqué dans les premiers pas du punk britannique, jusqu’à en influencer le parcours, ou du moins celui de quelques illustres protagonistes. DJ au mythique club punk Roxy en 1976, il s’est amusé à mélanger musique jamaïcaine et punk-rock pour le plaisir, et parce qu’il manquait aussi de choix. «Quand j’ai commencé à être DJ au Roxy, il y avait si peu de parutions punk que je devais passer d’autres musiques. Je faisais donc jouer ce que j’aimais, du heavy dub-reggae. Puis, avec le temps, il y a eu plus de disques punk disponibles, mais les gens qui fréquentaient le lieu me demandaient toujours du reggae. Peut-être était-ce pour la basse, les propos des chansons… Ils aimaient cette vibe anti-establishment. Ça leur parlait», résume Don Letts au bout du fil.

Parmi les gens qui fréquentaient le fameux club londonien, il y avait presque tous les musiciens qui furent à la base du punk, du post-punk et de la new-wave britannique. «Les Clash y allaient, t’avais les Slits aussi, et ceux qui formèrent ensuite PIL. Tous ces groupes et plusieurs autres ont intégré le reggae à leur musique d’une façon ou d’une autre. Par le fait même, le reggae bénéficia de cet intérêt des groupes de l’époque. Ce fut une vitrine incroyable pour de nombreux artistes jamaïcains. Le contraire est plutôt rare par contre. Il n’y a pas eu beaucoup de groupes de reggae qui ont été influencés par le punk. Les seuls exemples que je vois seraient les Bad Brains et Basement 5», poursuit celui qui est à l’origine de la fameuse chanson de Bob Marley Punky Reggae Party, un hommage inestimable du roi du reggae aux soirées de Don Letts au Roxy.

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Punk’s not dead

Témoin privilégié d’un mouvement qui marqua et transforma la grande histoire du rock (et davantage), Don Letts estime que tout est en place pour que naissent de nouveaux mouvements musicaux capables de troubler l’ordre établi. «Aujourd’hui, nous retrouvons les mêmes conditions sociales et politiques qui sont à l’origine du mouvement punk. Montée de la droite, divisions raciales, l’écart toujours grandissant entre riches et pauvres, exclusions sociales… tout ça revient sans cesse depuis des années, mais ces derniers temps, c’est encore plus probant que jamais et tout est là pour que naissent des mouvements artistiques en réaction à ces bouleversements sociaux. Je ne parle pas nécessairement de musiques comme celles qu’on avait vers la fin des années 1970, mais plutôt d’une attitude, d’un état d’esprit. C’est ça selon moi le punk: une façon de penser, de vivre et de faire les choses. C’est de changer ta mentalité, pas tes speakers», ironise le prolifique touche à tout. «Je dis souvent aux gens qu’ils ne peuvent passer leur vie sur une piste de danse. C’est fou comme tout est axé autour de la danse et de la fête depuis quelques années. Je trouve ça même inquiétant. Mais un jour la musique va arrêter et tu vas devoir faire face à la réalité. Et devine quoi? Y’a d’excellentes chansons pour t’en faire prendre conscience et te préparer à ça. Et ça ne vient pas que de l’Occident. Si tu te penches un peu sur l’art qui provient d’Occident, tu risques de déprimer; c’est assez conservateur, c’est à croire que le punk n’a jamais eu lieu. Mais ça change petit à petit. Je pense que l’Occident a eu son tour, maintenant c’est ailleurs qu’il faut regarder, vers les naïfs, vers les amateurs, vers ceux qui ne lisent pas le même livre que tous les autres».

L’as de la basse

DJ, animateur de l’émission hebdomadaire Culture Clash Radio sur les ondes de la BBC 6, ex-membre du groupe Big Audio Dynamite dans lequel on retrouvait aussi l’ex-Clash Mick Jones, auteur, réalisateur de plus de 300 clips et de nombreux documentaires dont Westway To The World pour lequel il a obtenu un Grammy, Don Letts viendra présenter à ’77 Montréal son plus récent documentaire, Two Sevens Clash. «L’année dernière, on a célébré le 40e anniversaire de la naissance du punk et ça m’a amené à fouiller dans mes archives. J’ai réalisé que les premiers trucs que j’ai filmés étaient directement inspirés par l’éthique DIY du punk. J’ai ramassé une caméra et me suis mis à filmer tout ce qui m’inspirait et m’intéressait. Et j’ai réalisé que, par totale inadvertance, j’avais en film les prémices de ce bizarre punky reggae party, de la naissance du croisement punk-reggae. Ce documentaire se veut donc un témoignage de cette époque et nous montre un peu la réalité de cette période, comment on était, comment ça se passait, les mythes et la réalité», souligne l’artiste aux imposantes dreadlocks qui travaille en ce moment à la réalisation d’un documentaire sur l’afrofuturisme.

Don Letts, qui en sera à son tout premier passage à Montréal, en profitera aussi pour présenter l’un de ses légendaires DJ set. «Pour ces soirées, je me base sur l’histoire et l’héritage de la musique jamaïcaine. Je joue du ska, du dubstep, des remixes hip-hop et reggae et un tas d’autres trucs comme tu ne l’as jamais entendu auparavant. Je vais te dire, le cadeau de l’île au reste du monde se résume en un mot: basse!».

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Don Letts au Belmont le 25 juillet, dans le cadre de ’77 Montréal

’77 Montréal aura lieu le 27 juillet au Parc Jean-Drapeau

77montreal.com