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Mutek 2018 : équité, parité, inclusivité
Musique

Mutek 2018 : équité, parité, inclusivité

Mutek prendra le contrôle du Quartier des spectacles pour une 19e édition du 22 au 26 août. En plus de présenter une myriade d’artistes d’ici et d’ailleurs à la fine pointe des musiques électroniques et des arts numériques, le festival s’est associé au mouvement Keychange dont l’objectif est de renforcer la place des femmes dans l’industrie de la musique.

Le projet Keychange est une initiative de la PRS Foundation – l’équivalent britannique de Factor au Canada – mise sur pied vers la fin de l’année 2017 et dont le but est de transformer l’avenir de l’industrie de la musique en encourageant les festivals à atteindre la parité 50/50 d’ici 2022.

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Analog Tara

Plusieurs festivals européens ont emboîté le pas, dont Reeperbahn Festival, Iceland Airwaves, Way Out West et The Great Escape, Mutek étant le seul partenaire non européen. Afin de souligner adéquatement son implication, le festival présente un symposium de deux jours au Monument-National, les 21 et 22 août, qui proposera des discours, des tables rondes, des présentations, des laboratoires de création et diverses activités de réseautage avec comme toile de fond le renforcement de la place des femmes dans les arts numériques et la musique électronique. Selon Patti Schmidt, coresponsable de la programmation du festival et commissaire du projet, l’initiative Keychange a fourni à Mutek un cadre dans lequel le festival pouvait commencer à aborder les questions de parité. «Nous avons décidé de faire un symposium sur les femmes dans la musique électronique et les arts numériques, un angle moins fréquent chez les festivals européens faisant partie du projet Keychange, la plupart sont axés sur le genre pop-rock. Nous avons ajouté notre propre twist.»

Réseau techno

Plus de 35 femmes artistes et professionnelles du milieu de la musique seront donc de cette 19e édition charnière et c’est à l’actrice, metteure en scène et réalisatrice Brigitte Poupart que le festival a offert le rôle d’ambassadrice du projet. «Ça fait longtemps que je suis Mutek. Connaissant ma position quant à la place des femmes dans l’art en général, le directeur artistique Alain Mongeau m’a approchée pour me demander si je voulais devenir ambassadrice du projet à Montréal pour Mutek. C’est un problème qui affecte presque toutes les facettes de l’art. Comme je touche à plusieurs médiums, que ce soit en cinéma, au théâtre, en musique, c’est une question récurrente. On se retrouve devant un phénomène où les opportunités sont là pour un groupe de personnes qui ont toujours tout dirigé ça. C’est un milieu dirigé majoritairement par des hommes, qui se sont crées des réseaux, des contacts, des festivals à leur image, des modèles de production qui reflétaient leurs valeurs», souligne la comédienne bien connue pour son rôle dans la série Catherine. «Les filles qui ont commencé à s’intéresser à ça ont dû passer par un modèle de séduction qui n’est pas très valorisant. Après, il faut faire sa place, car tu te fais souvent regarder de haut, on doute de tes compétences, donc les femmes doivent faire leur place à tous les niveaux dans le monde du spectacle et des arts.»

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Caterina Barbieri     crédit Visvaldas Morkevicius

Afin de ne plus dépendre de réseaux qui, de toute manière, les ignorent largement, il est impératif que les artistes féminines bâtissent leurs propres structures, estime Brigitte Poupart. «Ce que Mutek va tenter de faire à l’intérieur de Keychange sera de créer un réseautage chez les femmes artistes pour les amener à ne plus dépendre du modèle déjà existant où elles manquent d’opportunités. C’est pas mal ça l’idée principale de Keychange, créer un réseautage, des opportunités. Il y a un tas de filles qui font de la musique électronique intéressante et qui ne se feront jamais connaître, car on ne leur donnera pas la chance de se faire voir et entendre.» Et à ce sujet, il y a un tas de filles qui ont répondu à l’appel lancé par Mutek et dont l’éthique correspond à celle du festival. «Ç’a été pas mal plus facile qu’on le pensait, je crois que nous allons atteindre la parité et même qu’il y aura possiblement un peu plus d’artistes féminines que d’artistes masculins», admet Patti Schmidt, qui réalise qu’ouvrir la porte à la parité hommes-femmes, c’est aussi ouvrir la porte à une parité des genres et raciale. «C’est un long processus d’apprentissage, mais une fois que tu as le réflexe de chercher à être le plus inclusif possible dans ta programmation, ça devient bien plus simple.»

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Errorsmith    © Camille Blake

Paresse et facilité

Si les femmes sont moins présentes dans le milieu de la musique électronique et des arts numériques, c’est aussi en partie dû à la paresse et au manque de vision et d’audace des bookers et des promoteurs, croit Patti Schmidt. «Pitchfork a publié un article intéressant dans lequel ils révèlent que la majorité des grands festivals programmeront les mêmes sept ou huit artistes. Ces festivals ont tendance à avoir une programmation moins variée que les plus petits festivals plus spécialisés. Ces petits festivals sont plus équilibrés et diversifiés parce que leur objectif est de se concentrer sur la découverte ou l’unicité. Donc, le côté commercial de l’industrie des festivals aime s’en tenir à ce qui est familier et sûr.» «C’est facile de ne pas sortir de sa zone de confort et de se fier à son réseau de contacts au lieu d’essayer de découvrir ce qu’il se trame en dehors de ces réseaux. À la place, tous ces gens contactent les mêmes personnes, renchérit Brigitte Poupart. C’est comme en télé, on dit souvent qu’on est tanné de voir les mêmes visages over and over. C’est tout simplement parce que ça demande un effort de trouver du nouveau monde, d’aller voir ce qui se fait en dehors de ton réseau, de défricher. Il y a un risque à prendre et ce risque est nécessaire. Il faut changer les mentalités, les modèles. Les modèles de production, les modèles de distribution, les modèles d’affaires, repenser tout ça».

Mutek
Du 22 au 26 août

Mutek divisé par 100

Pour cette 19e édition de Mutek, les coprogrammateurs Vincent Lemieux et Patti Schmidt nous livrent leurs bons coups, valeurs sûres et découvertes. Entre les cinq séries Nocturnes et Satosphères à la SAT, les quatre séries Play et les deux A/Visions au Monument-National, les deux soirées Métropolis au MTelus, un Piknic Électronik et les événements extérieurs gratuits Expérience à l’Esplanade de la Place des Arts et Hors-circuit dans le Mile-End au Virage, il y aura 100 performances pour s’en mettre plein les yeux et les oreilles.

Kenny Larkin (Métropolis 2)
C’est un des pionniers de la techno de Detroit qui est un peu sous-estimé. Il mérite sa place au même titre que le Belleville Three (Juan Atkins, Derrick May et Kevin Saunderson) comme l’un des grands producteurs de Detroit.

Machine Woman (Nocturne 3)
On aime son audace et son swag. C’est une fille avec une démarche singulière, un peu punk, mais qui va rocker la place le vendredi soir à la SAT. Le même soir que Ramzi, qu’on a vraiment hâte de revoir à Montréal.

Dasha Rush (Hors-circuit)
C’est une artiste d’une finesse et d’une précision incroyables. Que ce soit avec ses excursions techno ultra-raffinées, ou ses performances plus expérimentales et scénographiques avec Stanislav Glazov (Mutek 2016), tout ce qu’elle touche est toujours right on point. Cette année, elle fera un set techno (vendredi soir sous le nom de Lada), mais c’est son set ambiant dimanche après-midi au Virage qui risque d’être un des highlights du festival.

clap-clapClap! Clap! (Nocturne 1)
Un artiste italien qui s’inspire de la musique tribale africaine qu’il manipule d’une façon très singulière. Ce sera sûrement une expérience très physique et spirituelle. Avant, DJ Lag d’Afrique du Sud, qu’on est vraiment curieux d’entendre. Des soirées qu’on ne fait pas assez souvent à Mutek.

Steevio & Suzy B (Nocturne 5)
Un couple qui travaille ensemble depuis longtemps. Lui à la musique, elle au visuel. Steevio travaille avec un synthé modulaire qu’il transporte partout avec lui. De la techno minimale, subtile, mais très groovy, un son très personnel. Suzy B crée des visuels psychédéliques qui s’agencent parfaitement à la musique. Ils sont aussi organisateurs du festival Free Rotation, chez eux au Pays de Galles.

Il y a aussi quelques artistes émergents de Montréal qu’il faudra surveiller, entre autres Line Katcho (A/Visions 1) et Myriam Boucher (Play 3) qui ont une approche brillante du VJing et de l’audiovisuel, tout comme Sabrina Ratté (Play 3) aussi. Elle va présenter une version live de ses sculptures audiovisuelles. Un esthétisme fort et unique.

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