Retour sur le FME 2018: Les gros coups et les surprises
Musique

Retour sur le FME 2018: Les gros coups et les surprises

Le 16e Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue a eu lieu ce week-end à Rouyn-Noranda. Retour sur l’événement. 

À mon arrivée à Rouyn-Noranda, notre chauffeur bénévole m’explique, devant un merveilleux coucher de soleil, que le lac Opasatica où l’on se rend est aussi surnommé Long parce qu’il fait 34 kilomètres et est assez étroit. Un ancien directeur de la faune, notre chauffeur m’informe aussi que les coyotes et les loups sont un peu plus présents dans le coin parce que le trappage n’est plus qu’un passe-temps aujourd’hui, maintenant que les peaux de ces animaux ne valent plus grand-chose. Aussi, les nombreux cours d’eau de la région se déversent vers la Baie-James ou le fleuve Saint-Laurent, ce qui rend les inondations printanières peu probables. Me voilà informée sur le territoire sur lequel je passerai les prochains jours. Magnifique. Place à la musique.

On me dépose tout près de la 7e rue, là où se tiennent les gros spectacles extérieurs du FME. L’environnement convivial est davantage exploité en cette 16e édition, nous disait le président Sandy Boutin en entrevue la semaine dernière. «Habituellement, on faisait le show d’ouverture et un après-midi le samedi sur le site extérieur. Là, on fait trois soirs. Le gros de la programmation reste en salle, mais on fait une amplification du site extérieur.» La variété de l’offre sur cette scène extérieure faisait en sorte que le public se renouvelait chaque soir. Jeudi, le funk et le soul étaient au menu avec le collectif The Brooks. Le groupe, à l’image de feu Sharon Jones, est un groupe de musiciens hyper efficaces orientés autour d’un chanteur charismatique, Alan Prater. Malgré la soirée plutôt fraîche, The Brooks nous a donné quelques degrés de plus. Le lendemain, c’était tout un mur de son avec Galaxie et son leader Olivier Langevin vêtu d’une grande cape, et samedi, le public plus jeune était enflammé malgré des petites averses pour le nouveau roi du rap queb, Loud.

Surprise, surprise

L’art de se concocter (et de respecter) un horaire de festival est une tâche ardue. Surtout quand les options proposées sont de grande qualité comme elles le sont au FME.  Heureusement, les groupes jouent parfois plus d’une fois au festival, ce qui nous permet de nous rattraper. Tel a été le cas avec Klaus, sacrifié au profit du show rock de Pierre Lapointe et Les Beaux Sans-coeur jeudi soir, mais qui nous a emballés en show-surprise au garage Rheault le lendemain après-midi. J’ai aussi manqué Random Recipe le premier soir sur la grande scène, mais j’ai attrapé le groupe festif le lendemain, aussi en concert-surprise au Morasse. C’était un beau clin d’oeil au tout premier spectacle caché de l’histoire du FME, en 2009, au même endroit, alors que le groupe était à ses débuts. Vendredi, à 2h du mat’, avant d’aller s’échouer dans un matelas, c’était vraiment drôle de voir Frannie faire du bodysurfing et d’entendre Fab improviser un rap sur les «calls» de commandes au comptoir du restaurant, «Numéro 23, ta poutine est prête!»

L’étoile du match

François Lafontaine était omniprésent sur les scènes du FME cette année. Outre les deux performances de Klaus au festival, le claviériste émérite était aussi avec Galaxie sur un gros show fort énergique sur la scène extérieure vendredi. La synergie entre les musiciens au coeur du groupe Klaus (Lafontaine, le batteur Sam Joly et le guitariste-chanteur Joe Grass) est impeccable. Le trio a un bagage musical impressionnant, a collaboré dans le passé sur de nombreux projets et on sent que Klaus représente l’aboutissement d’un projet commun où ils font ce qu’ils ont envie de faire sans barrière. En résulte un rock jazzé qui vire parfois psychédélique et qui nous garde en haleine avec des moments plus intenses. François, que l’on a vu accompagner tellement d’artistes dans la dernière décennie, assume ici un rôle de chanteur occasionnel et, franchement, c’était vraiment bien d’entendre sa voix fort efficace.

Le musicien était aussi du concert «must» du FME 2018, le retour du spectacle Karkwatson, réunissant les neuf musiciens des deux groupes Patrick Watson et Karkwa dix ans après le concert original présenté à Montréal et Québec. Seul changement au personnel: le guitariste Joe Grass, qui a joint les rangs de Patrick Watson il y a quelques années après le départ de Simon Angell. Mais le spectacle était une mise à jour et non une reprise du concert de 2008 puisque la troupe a proposé des titres plus récents. L’énergie était dans le tapis dès le départ avec une superbe introduction qui jumelait Close To Paradise de Watson et Le compteur de Karkwa. Quel beau mur de son nous avions devant nous avec tous ces musiciens chevronnés. Le mariage des deux mondes est délicieux alors que la somptuosité et la brutalité s’entrechoquent. Tout au long, l’enchaînement entre les chansons était irréprochable. Coup de coeur absolu pour Giver revisitée.

Seul reproche que je ferai de ce spectacle, c’est que le moment plus intime du concert, alors que quatre musiciens se sont rassemblés autour d’un micro avec des guitares acoustiques pour chanter entre autres Marie tu pleures, je trouvais que la formule était du déjà vu des concerts de Patrick Watson. Mais je comprends que le groupe a voulu reprendre des idées qui fonctionnent en concert. Au final, le super-groupe nous a donné une excellente fin de soirée.

Pierre ROCK

Pierre Lapointe et Les Beaux Sans-coeur, photo Antoine Bordeleau
Pierre Lapointe et Les Beaux Sans-coeur, photo Antoine Bordeleau

On a eu que quelques jours pour se familiariser avec le nouvel album de Pierre Lapointe avant de voir de quoi se chauffait ce groupe sur scène. Le tout premier concert de Pierre Lapointe et Les Beaux Sans-Coeur était tout à fait à la hauteur de l’attente de par la qualité du travail des musiciens qui ont débuté avec le fameux décompte qui conclut le nouveau disque. Une introduction de plus de dix minutes plutôt jouissive avant l’arrivée sur scène du chanteur. Le registre rock dans lequel Pierre Lapointe a décidé de se lancer est vraiment un saut dans le vide, surtout au niveau de l’interprétation. Sa magnifique voix, plutôt habituée à la pop classique, avait parfois du mal à vraiment résonner lors du concert de jeudi soir. Mais je crois que le chanteur en est conscient et qu’il n’a pas ajouté Les Beaux Sans-coeur pour rien pour le nom de ce projet musical: ceci est davantage un trip de groupe. Les chansons du nouvel album étaient d’une énergie électrisante en concert. Je ne sais pas si c’était voulu, mais plus le spectacle avançait, plus les musiciens se dénudaient (on enlève la chemise, on détache des boutons, etc.). Considérant que Pierre Lapointe est le chanteur québécois qui chante le mieux le désir et que des condoms étaient distribués pendant le concert, ça a sens. Mention spéciale au batteur José Major en chest qui était hallucinant sur la version remaniée de Au bar des suicidés. Excellente version remaniée de Je déteste ma vie aussi, en fin de concert. Accélérée et puissante, c’était l’euphorie.

Autres highlights du FME 2018: Basia Bulat, en solo, dans l’église, qui reprend Jean Leloup, une première rencontre avec le jeune Jérôme 50, qui suit dans les pas d’Émile Bilodeau avec sa désinvolture et ses textes empreints d’humour, et le solo de trompette au spectacle de The Brooks qui s’est terminé en duel d’instruments de cuivre.

Un énorme merci, FME!

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