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Les branches d'Arbutus
Musique

Les branches d’Arbutus

L’étiquette montréalaise Arbutus soufflera ses dix chandelles au Red Bull Music Festival de Montréal.

Pour sa première édition en sol montréalais, le Red Bull Music Festival propose une série de spectacles et performances aux horizons musicaux variés, avec tous les moyens et la qualité que l’ont connait et attend des événements signés RBM. Entre le 19 et le 27 septembre, il y aura bien entendu de nombreuses (re)découvertes à faire, telles que la soirée expérimentale Triptyque, le focus sur la scène R&B montréalaise 463 Carats et tout particulièrement la vitrine exceptionnelle offerte au label local Arbutus, qui célèbre bientôt dix années d’intégrité musicale. Tous les profits de cette soirée seront versés à Suicide Action Montréal. «Ça va se passer dans un entrepôt gigantesque avec un son énorme, une déco vraiment cool (signée par le collectif Charmant Courtois, la torontoise Claire Milbrath et le new-yorkais Julian Bozeman) et ça va s’étendre jusqu’à 6h du matin. Au cours de la soirée il y aura des spectacles live puis ce sera plus orienté dance avec des DJs», se réjouit Sebastian Cowan, co-fondateur du défunt lieu de diffusion artistique du Mile-End Lab Synthèse et patron d’Arbutus Records. «Presque tous les artistes du label participeront à cette soirée mais aussi des ami.e.s comme Marie Davidson (dont le nouvel album Working Class Woman paraîtra sous peu) qui faisait partie du collectif de La Brique, un autre espace de création dans le même immeuble que Lab Synthèse et avec qui j’ai ensuite travaillé. Avec tout le succès qu’elle connait en ce moment, c’est vraiment sympathique qu’elle ait accepté de participer, de même que Cadence Weapon qui clôturera la soirée par un set aux saveurs disco. Tout le line-up pour cette soirée raconte un peu l’histoire d’Arbutus et de Lab Synthèse et ça c’est vraiment unique».

Sebastian Cowan /
Sebastian Cowan / Maxwell Schiano

Prendre racine

Fondé en 2008 par Sebastian Cowan, un expatrié de Colombie-Britannique qui s’est installé à Montréal après ses études à Londres, Arbutus Records a récolté en dix années de nombreuses accolades et pas mal de succès. Avec à son bord une panoplie d’artistes tels que le prolifique Sean Nicholas Savage, la populaire Grimes, le groupe TOPS, le duo She-Devils, Majical Cloudz, Graham Van Pelt et une dizaine d’autres, Arbutus a fait paraître une soixantaine de titres (en cassette, vinyle, CD, digital), et a aidé à faire connaître tout un pan de la scène indie montréalaise au reste du monde puisque 15 des 17 artistes du catalogue Arbutus vivent ou ont vécu à Montréal. 

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Du lab à l’arbre

L’histoire du label s’est écrite sur les restes de l’espace culturel underground Lab Synthèse que Sebastian Cowan a démarré en 2007 en compagnie de quelques collaborateurs mais surtout à partir d’un événement tragique qui a bouleversé la vie du fondateur d’Arbutus. «Je suis venu à Montréal avec l’idée de monter un espace de création et de diffusion dans un entrepôt. Je ne connaissais personne quand je suis arrivé ici mais j’ai vite rencontré des gens qui ont eu envie de se lancer dans ce projet. On a créé le Lab Synthèse et on a fait ça pendant quelques années, puis le label a suivit, doucement, sans budget», se souvient Sebastian Cowan qui co-dirige aussi le label SOBO (Sounds Of Beaubien Ouest) et la radio en ligne n10. «J’ai commencé à faire ça plus sérieusement à partir de 2008, après le suicide de mon meilleur ami, avec qui je jouais dans un groupe et qui était aussi mon collaborateur créatif dans cette aventure de Lab Synthèse. Ç’a été l’événement le plus tragique de ma vie. J’ai parti le label en hommage à cet ami et aussi pour me faire penser à autre chose car j’étais dans un état très dépressif à cette époque. J’ai donc transformé sa chambre en studio et c’est là que j’ai réalisé les premiers enregistrements du label. Mais ce n’est qu’en 2009 que le premier album sur Arbutus est paru».

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C’est l’auteur-compositeur Sean Nicholas Savage qui a été le premier artiste à se retrouver sur l’étiquette naissante avec l’album Spread Free Like A Butterfly. «La rencontre avec cet artiste a été pour moi très révélatrice et importante car il me faisait beaucoup penser à mon ami disparu. Non seulement c’est le premier artiste que j’ai endisqué mais c’est aussi le plus récent qu’on a sorti (Screamo), et c’est celui qui a le plus de parutions sur notre label (12), il est tellement prolifique!», commente Cowan, qui admet avoir été grandement inspiré par le travail et la démarche de Constellation Records, un autre label montréalais à l’intégrité exemplaire et dont la réputation n’est plus à faire. «Constellation a été et demeure une influence déterminante pour Arbutus en plus d’avoir aussi été d’un grand secours. Quand j’ai débuté le label, je ne savais pas du tout que faire ni par où commencer. Je suis donc allé frapper à la porte de Constellation sur Van Horne et j’ai demandé s’ils ne voulaient pas m’aiguiller dans le bon sens. On m’a dit de repasser dans quelques jours et là j’ai rencontré le fondateur Don Wilkie qui m’a énormément aidé, a répondu à toutes mes questions et a toujours été disponible si j’avais besoin de renseignements. Je ne pense pas que j’aurais réussi à partir ce label et à accomplir tout ce que j’ai accompli sans son aide».  

Sean Nicholas Savage
Sean Nicholas Savage

Le son du DIY

Les fondements d’Arbutus reposent sur une base coopérative, un labor of love collectif où l’art du songwriting et l’esprit DIY priment; une philosophie d’entreprise que défend Sebastian Cowan mais pour laquelle il n’a jamais eu à se battre. «Je dirais que c’est la volonté de faire beaucoup avec peu qui m’anime, et cette philosophie est partagée par tous les artistes qui se retrouvent sur Arbutus. Nous avons de grandes ambitions et nous tentons de les réaliser par nous-mêmes, sans appuis financiers externes. D’un point de vue plus artistique, je dirais que c’est notre volonté de mettre l’emphase sur le songwriting et de proposer des chansons convaincantes», insiste celui qui a brièvement travaillé pour Mute Records avant de venir s’installer à Montréal. Quand on lui demande s’il y a un son Arbutus, le principal intéressé a une réponse toute prête: «Il y a pas mal de genres musicaux différents sur Arbutus car j’aime vraiment toutes sortes de styles mais le dénominateur commun c’est le songwriting. Ce qui m’accroche, c’est une chanson, peu importe le genre de musique, et même quand il s’agit d’une pièce instrumentale. Ce que je cherche, c’est que la musique me raconte une histoire».

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2029

Fier de s’être rendu aussi loin, Sebastian Cowan voit l’avenir d’Arbutus avec une certaine sagesse, se trouvant déjà bien chanceux d’avoir accompli tout cet incroyable boulot. Et où voit-il le label en 2029? «Si tu m’avais posé cette question il y a dix ans, je t’aurais répondu que je nous vois là où nous en sommes maintenant. Je n’ai jamais eu d’attentes, mais beaucoup d’espoir par contre. Le rêve du label a toujours été de procurer aux artistes une certaine stabilité financière afin qu’ils puissent vivre de leur œuvre et ne faire que ça, et je te dirais que c’est enfin réussi. Nos artistes sont occupés à temps plein à tourner à travers le monde et à partager leur musique avec les gens. Franchement, je ne pouvais espérer mieux. Si ça peut continuer comme ça pour les dix prochaines années et d’avoir la chance de travailler avec les gens avec qui je collabore aujourd’hui et puis rencontrer d’autres artistes tout aussi fascinants et sympathiques en cours de route, je serais vraiment heureux».

arbutusrecords.com

Tous les détails sur le Red Bull Music Festival, édition montréalaise: redbull.ca/mtlfestival