Millimetrik : Le début d'un nouveau chapitre
Musique

Millimetrik : Le début d’un nouveau chapitre

Après des périples dans le Sud-Ouest américain, un burn-out et des mois de repos qui ont changé du tout au tout sa façon de composer, Pascal Asselin en a fait du chemin pour présenter Make It Last Forever. Un neuvième album qui marque une cassure franche et volontaire dans la discographique de ce vétéran de la scène électronique de Québec avec sa propension pour la house basée sur le ressenti.

Les premiers germes de Make It Last Forever sont apparus en 2017, quelque part entre le Grand Canyon et Monument Valley. Les paysages désertiques, les aventures en voiture, les pérégrinations avec le caméraman Bertrand Lemoyne (qui a réalisé la pochette de l’album), les albums de The Black Angels et la trame sonore d’Il était une fois dans l’Ouest ont servis d’influences probantes pour les passages de trip hop western spaghetti. «J’écoutais beaucoup de rock psychédélique et de rock garage. Je n’écoutais vraiment pas beaucoup d’électro. Les paysages et l’écoute de ces genres-là m’ont donné le goût de travailler avec Guillaume Chiasson (de Ponctuation) et d’incorporer de la guitare sur tous les morceaux.» La première phase de création de l’album était alors enclenchée pour de bon.

Or, en décembre, Pascal, épuisé, frappe un mur. Un emploi à temps partiel (voire à temps plein) sur appel, des contrats de DJ, deux jeunes enfants à la maison, des nuits de sommeil écourtées et une crise de panique le contraignent à tout arrêter et à prendre du recul. C’est à ce moment que la phase II de Make It Last Forever débute. «J’ai arrêté tous mes engagements, mais j’ai continué de produire l’album. De un, parce que j’en avais envie. J’avais des idées en tête, malgré la fatigue. De deux, parce que c’était juste un autre mood de composer le matin en pyjama avec du thé vert plutôt qu’avec un verre de whisky en fin de soirée, comme j’avais toujours fait.»

Une occasion, par le fait même, de se dissocier de l’esthétique brumeuse et des sonorités downtempo et minimalistes qui ont teinté ses oeuvres précédentes. «J’avais envie de lumière, de feel-good music. Dès que je composais un truc qui avait des connotations trop dark ou trop lentes, je le jetais automatiquement, explique-t-il. J’avais un sentiment presque agressif par rapport à ça.»

Crédit: Bertrand Lemoyne
Crédit: Bertrand Lemoyne

C’était juste un autre mood de composer le matin en pyjama avec du thé vert plutôt qu’avec un verre de whisky en fin de soirée, comme j’avais toujours fait.

Question de sortir de sa zone de confort, Pascal a demandé à des artistes peu accoutumés au monde de l’électronique d’enregistrer des échantillons — souvent vocaux — pour les subordonner à ses rythmes de techno syncopée, notamment à Little Miss Roy (alias Kathleen Roy de The Blaze Velluto Collection) sur Le Dernier faucon sur les rails d’Helper et UT. Les Deuxluxes, quant à eux, ont été invités sur Arrivée à Destination, la première pièce de ce long-jeu. «Little Miss Roy, ce qu’elle a fait, c’est absolument hallucinant. D’ailleurs, tout le monde qui a écouté l’album me demande ‘‘c’est qui ça?’’ Elle commence à peine à utiliser ce pseudonyme. C’est cool … ça met au monde son univers à elle.»

D’un album à l’autre, et ce depuis quinze ans, Millimetrik continue de se renouveler, en explorant constamment les nouvelles avenues de la musique électronique. Une manifestation d’une productivité et d’une inspiration fertile dans une industrie musicale qui carbure de plus en plus aux sorties rapides. «On est dans une business qui est assez exigeante sur ça prend des nouveautés tout le temps. J’avoue que ça m’énerve un peu, mais je vis bien avec ça parce que j’ai envie [de sortir des albums]. J’aime encore ça l’idée d’aboutir d’un trip de A à Z que certaines personnes vont écouter sur cassette et sur vinyle ou même sur digitale par le biais de playlists.»

À 43 ans et neuf albums plus tard, Pascal ne se défile pas : il avoue réfléchir de plus en plus à son futur. «Depuis que j’ai des enfants, depuis deux-trois disques, je me demande : “est-ce que je continue?”. Ce n’est pas par désintérêt, loin de-là. C’est juste difficile de concilier tout ça. Les attentes que t’as par rapport à la sortie d’un album, faire la promotion … c’est épuisant. J’ai souvent dit que je voulais me rendre à dix albums. Je suis près de le réaliser et ça ne veut pas dire que ça va marquer la fin.»

Dans cette optique, Make It Last Forever s’inscrit comme une marque de temps, un récapitulatif de plus d’une décennie à se trouver, tant artistiquement que personnellement. «Tout le monde rêve de quelque chose d’éternel, de laisser une trace. Et l’électro est un style qui vieillit moins bien avec le temps. […] Il existe tellement de projets culturellement intéressants que parler de soi c’est le nerf de la guerre. Je ne veux pas commencer à me démarquer par des scandales. Ça ne va pas dans ma personnalité, alors je laisse ça aux autres. Moi aussi j’aime ça lire des trucs fucked-up sur Vice, mais c’est pas moi, ça me ressemble pas. À un moment donné, il faut se connaître et s’assumer.»

Make it Last Forever (Coyote Records)
Disponible le 5 octobre
En écoute intégrale via voir.ca jusqu’à la sortie

Lancement: 27 octobre au Pavillon Pierre Lassonde (dans le cadre des Nuits MNBAQ)

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