Salomé Leclerc : La fille du vent
Musique

Salomé Leclerc : La fille du vent

C’est un disque qu’on porte contre soi comme un pyjama de flanelle. Tandis que la froideur s’installe, Salomé Leclerc nous emmitoufle de sa prose de dentelle. Un vent chaud souffle sur notre automne.

Salomé Leclerc n’est pas née des dernières pluies. Son étoile rayonne par-delà l’Atlantique: lauréate du prix Rapsat-Lelièvre en 2015, applaudie en France, à Paris comme en province. Là-bas comme ici, les lettres de son nom s’appuient contre la lumière des marquises. Ses disques ne font qu’ajouter à l’éclat de la constellation Audiogram, cette famille qu’elle partage avec Bélanger et Lapointe. Après deux bouquets de chansons qui ne risquent pas de faner, Sous les arbres puis 27 fois l’aurore, la gracile sirène nous envoûte avec une troisième offrande. Un album pavé de paroles impudiques, de textes tendres qu’elle emballe dans un écrin rock, presque grunge par moments.

Quatre ans séparent Les choses extérieures de l’avant-dernier effort. Le cycle du second album passé, la compositrice s’est terrée loin des scènes, empoignant guitare et stylo pour extraire les pépites de son cœur. C’est dans le calme de cet entre-deux qu’elle a donné vie aux 10 perles dont elle se pare aujourd’hui. «Il est temps que ça sorte! En même temps, j’ai pas chômé […]. On m’a demandé de participer à d’autres projets, ç’a vraiment bien meublé le temps. Je pense que c’est pour ça, justement, que j’en suis à sortir quelque chose après quatre ans. J’ai enrichi mon parcours pendant ces années-là.»

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photo : Jerry Pigeon

Mais quelle importance, ce trajet entre nos écouteurs et son cœur. Salomé est de retour, forte, solidement ancrée, elle galope jusqu’à nous et dès les premières secondes de la plage 1. Un morceau (Entre ici et chez toi) qui capture un instant de pur abandon. «C’est un espèce de laisser-aller, peut-être un laisser-aller qui s’exprime en faisant de la route, en voulant aller plus loin, aller ailleurs et sans trop de but. Des fois, on a juste des envies de road trips et on part. Advienne que pourra.»

Qu’importe où la vie la mènera, la musicienne trime dur et sans broncher, constante comme les jardiniers, appliquée, récoltant honneurs et critiques emballées. Une rumeur qui tarde à gagner les masses, le proverbial grand public. Mais à quoi bon s’en formaliser? Les choses extérieures, on ne les contrôle pas.

Broder sur les portées

Cette fois encore, l’auteure brise le mur du son, ou simplement le quatrième, en nous interpellant directement au «tu». Une récurrence dans son écriture, sa façon d’installer un climat intime. «En 2009, j’étais à l’École de la chanson à Granby et on avait des cours d’interprétation avec Marie-Claire Séguin. Une fois, elle nous avait dit: “Peu importe le texte, qu’il soit au je, au il, au elle, au nous ou au vous, imagine que tu le chantes à quelqu’un que tu connais, rien que pour cette personne-là.” Et ça marchait dans mon cas! Quand j’étais en contact avec un texte qui ne me parlait pas tant que ça, j’imaginais quelqu’un assis au fond de la salle. Peut-être qu’après ça, inconsciemment, j’ai développé le désir de parler directement aux gens. Je voudrais que ceux qui écoutent ce disque-là, ceux qui l’ont dans les oreilles, aient l’impression que je leur chuchote la chanson, que je suis super proche.»

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photo : Jerry Pigeon

Réapparue à la fin de septembre avec Ton équilibre, un autre déterminant possessif à la deuxième personne du singulier, la Centricoise est venue cueillir les articles et elle a vu les billets de sa tournée s’envoler par dizaines. On ne l’avait pas oubliée. L’attente est bien réelle, grisante. «Oui, c’est une pression, mais en même temps, ça me met en confiance. C’est tellement le fun d’avoir ce soutien-là des pairs, autant des journalistes que des autres musiciens.»

La brillante créatrice s’est d’abord présentée au monde sous un jour folk avant d’enchaîner avec un album tapissé de synthés. Cette fois, la réalisatrice et arrangeuse s’amuse surtout avec sa guitare électrique. «J’avais vraiment la volonté d’aller vers des instruments plus organiques, plus acoustiques cette fois-ci. […] Je voulais écrire des chansons plutôt que de former un espèce de tapis musical et d’ajouter des mots et des mélodies par-dessus.» Dès le début, la multi-instrumentiste s’est mise en quête de tonalités chaleureuses, troquant ses pads de drums pour de la vraie batterie et mettant volontairement les Moog et Prophet de côté, ses claviers autrefois fétiches, pour renouer avec son piano. Elle s’y réinstalle sur la pièce-titre, assise sur ce siège de bois rond craquant sous son poids. De légères imperfections, des petits bruits parasites qui nous donnent l’impression d’entrer chez elle, dans sa maison. De toucher à son âme.

Les choses extérieures
(Audiogram)
Sortie le 12 octobre

9 novembre
au Ministère (Montréal)

22 novembre
au Théâtre Petit Champlain (Québec)

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