Caravane : Au-delà du rock
Musique

Caravane : Au-delà du rock

Sur Supernova, Caravane délaisse le nightlife de la basse-ville pour offrir un troisième album, en écoute libre sur VOIR cinq jours avant sa sortie officielle, aux sonorités planantes sur fond de convictions et d’engagement social. Un virage à 180 degrés pour ces ténors du rock pop dont les refrains accrocheurs ont enflammé les ondes FM au cours des dernières années. 

Dominic Pelletier (voix et guitare) et Raphaël Potvin (basse) l’avouent candidement : le quatuor était quelque peu tanné de sa recette rock standard au penchant pop qui lui colle à la peau depuis Chien Noir (2014) et Fuego (2016). Sentant le besoin «de puiser plus loin», les gars troquent les mélodies blues rock pour donner du terrain aux nappes de synthétiseurs oniriques. Une exploration de style, certes, mais surtout une manière d’ouvrir la voie à une prose plus engagée, qui témoigne des affres de la crise environnementale et de la montée des Trump et Bolsonaro de ce monde.

«Je crois que l’album est radicalement différent des deux autres. C’était voulu. Ça faisait deux albums qu’on faisait un peu sur la même formule, remarque Raphaël. On parlait de musique, de vie nocturne, des bars, de filles. On avait fait le tour des thématiques. Ça revenait toujours au même. Dominic et moi avons un background punk et avons toujours eu des convictions, mais avec Caravane on avait mis ça de côté. On voulait ramener ça, sans être moralisateur. Avec tout ce qui se passe [en ce moment], c’était difficile faire un album sur ‘‘moi, dans ma vie, je me sens comme ça, je bois de l’alcool et blablabla’’.»

Un sentiment urgent de canaliser dans la musique ses désaccords et sa désillusion avec l’humanité, quitte à secouer les fans de la première heure, accoutumés aux compositions fédératrices du groupe. Des titres comme Ma blonde va changer le monde ou J’aurais voulu être une fille évoqueront même à certains la période du défunt groupe pré-Caravane, The Hunters, avec son punk-rock bouillonnant. «On a été le band qui vous a donné des chansons pop-rock pendant 3-4 ans. Maintenant, on est ailleurs parce qu’il y a trop de trucs qui nous font chier», affirme Dominic.

Flirter avec d’autres sonorités

Après avoir travaillé avec Guillaume Beauregard (Vulgaires Machins), les gars ont plutôt eu recours aux services du compositeur/réalisateur montréalais Jesse Mac Cormack afin de parfaire ce troisième long-jeu. «Travailler avec Jesse nous a apporté la petite touche de synthétiseur qui nous manquait et que j’ai toujours aimé chez les groupes planants. Ça nous a ouvert les portes vers une nouvelle direction.»

Dominic et Raphaël citent notamment The War on Drugs, Bon Iver, Tame Impala et Radiohead parmi les influences notables dans le processus de création de Supernova. Des groupes qui, a priori, dévient de la ligne directrice sonore à laquelle Caravane est rattaché. «Quand on a starté le band, on s’est comme mis dans un petit moule et il fallait le respecter. Mais ces groupes-là, chacun de notre bord, on écoutait ça. En tant que compositeur principal du band, ça m’a fait du bien de mettre ces influences ouvertement sur le disque.»

(Crédit Maxyme Gagné)
crédit : Maxyme Gagné

On a été le band qui vous a donné des chansons pop-rock pendant 3-4 ans. Maintenant, on est ailleurs parce qu’il y a trop de trucs qui nous font chier.

Dominic Pelletier

Maintenant, avec ce troisième opus derrière la cravate, Caravane n’a pas le goût de s’arrêter une seconde. Et pour cause : forts de spectacles endiablés aux quatre coins de la province, de deux périples dans l’empire du Milieu en 2016 et 2017 ainsi que d’une première partie de Deep Purple dans un festival d’Albi qui leur a valu une réception plus qu’enthousiaste du public français l’été dernier, Dominic, Raphaël et compagnie ont une place de choix sur l’échiquier de la musique francophone, et ce, malgré la prépondérance du folk et la montée fulgurante du rap québ dans l’industrie.

«Le futur du rock est dans les bands qui prennent des risques et qui osent faire des trucs différents de la recette classique, observe Raphaël. Les groupes qui perdurent dans le rock et qui font leur place sont des groupes qui osent des affaires, à part peut-être Greta Van Fleet, qui fait exactement la recette, ajoute-t-il en riant. Je pense qu’il y a beaucoup d’artistes qui oublient que [la longévité] passe par les fans, par le monde qui écoute la musique. Il y a beaucoup de monde qui deviennent la saveur du moment qui ne pensent pas à ça et qui ne durent pas à cause ça. On a toujours axé notre band sur ‘‘on fait des shows partout, peu importe la grandeur de la salle’’. Les gens qui t’écoutent, si tu n’as pas de lien avec eux, il va toujours avoir de quoi de plus cool que toi qui va sortir et ils vont jumper au «next big thing». Nous, ç’a toujours été d’établir une relation avec les gens qui aiment ce qu’on fait. C’est pour ça que je pense qu’il y a toujours du monde qui nous suivent depuis des années, malgré les changements de son. Je crois que c’est la force de ce band : d’avoir toujours été sincère et de garder ce lien-là.»

Supernova
(Coyote Records)

Sortie officielle le 9 novembre

Mercredi 7 novembre à 20h
Club Soda (Montréal)
(Dans le cadre de Coup de cœur francophone)

Samedi 22 décembre à 20h 
À L’Impérial Bell (Québec)

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