Diane Dufresne : La reine mère
Musique

Diane Dufresne : La reine mère

C’est un titre simple. On l’a déjà lu, galvaudé, mais aucune artiste québécoise ne s’en coiffe avec autant d’aisance et de naturel que Diane Dufresne.

«Bien sûr que vous pouvez m’appeler Diane, c’est mon prénom!» Elle est chaleureuse, tout le contraire de ce que certains auront dit d’elle au fil des ans. Jointe par téléphone, elle crépite de joie, saupoudre ses réponses d’éclats de rire. C’est en s’ancrant dans le présent qu’on apprivoise Madame Dufresne. Son nouvel album Meilleur après, à cet égard, lance un message vraiment clair. «L’autre jour, j’étais au Centre Rockland, je cherchais des bottines pour notre séance photo. Je croise cette dame qui me dit: “Ah! vous êtes mon enfance!” C’est très drôle. Je sors un disque, ça fait 20 ans que je fais beaucoup de spectacles, je fais des trucs, des expos, tout ça, mais on me parle souvent au passé.»

Sur cette nouvelle offrande, l’auteure-interprète signe pas moins de quatre textes, dont Le temps me fait la peau, la piste 3. Elle y évoque «une longue traîne [qui] sans se découdre tisse une dentelle de décennies». Une métaphore, deux strophes qui nous ramènent à Magie rose, à cette entrée en scène tout de magenta vêtue, cette étoffe qui, comme sa discographie, n’a cessé de s’allonger. «La vie, on ne peut pas la couper comme ça. On n’est ni un trophée ni un boulet. On continue. […] La vieillesse, c’est un sujet que je voulais aborder. Quand j’arrive maintenant sur des plateaux, à des spectacles de la Saint-Jean, devant le public, je le sais que je n’ai plus le même physique. Je ne peux jouer à aucun jeu, il n’y a plus de jeu à jouer.»

Au-delà de ses 74 hivers, de ce thème que l’on n’aurait jamais osé aborder, n’eussent été ces quelques morceaux, Diane Dufresne se penche sur la vaste question des changements climatiques. Elle chante L’arche comme en écho au refrain de Plamondon («ne tuons pas la beauté du monde»), à cette lettre ouverte qu’elle cosignait en septembre dernier avec une pléiade de grandes vedettes dans Le Monde, à ce Pacte pour la transition qu’elle s’engage à respecter. Des mots de son cru emballés dans une partition de Jean-Phi Goncalves. «Moi, j’ai fait une chanson sur la disparition des animaux, mais on est des animaux nous aussi. […] Les gens ont tellement peur de perdre quelque chose qu’ils sont en train de tout perdre. C’est assez bizarre.» Clairvoyante, elle a repris, par la bouche de ses chansons, le flambeau de la poète montréalaise Huguette Gaulin. Diane Dufresne n’est pas militante, c’est ce qu’elle vous dira, mais l’écologie est un thème cher à son cœur, une préoccupation constante. Son indignation, son affolement et ce trop-plein d’amour qu’elle éprouve à l’endroit de la Terre lui servent d’engrais lorsque vient le temps d’empoigner la plume. Ses craintes les plus vives se changent en hymnes.

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Par-delà les ecchymoses

Il est question de violence, aussi, sur ce disque. Celle qu’on fait aux femmes (Aimer ce qui nous tue), celle qui transperce nos écrans, trouble nos nuits, nos joies. Diane Dufresne s’est inspirée pour écrire de l’attentat du Bataclan, cet événement d’une horreur sans nom qui résonne profondément en elle et qui la ramène à ses propres parts d’ombre. «Plus jeune, quand je faisais des forums, je dois vous avouer que j’avais des menaces de mort. Un soir, quand j’ai fait le spectacle Halloween, j’ai reçu une lettre ou tu voyais le plan des tirs, la date. […] Mais ça, c’est très, très rare par rapport à l’amour que j’ai reçu.» C’est en remuant ses souvenirs personnels les plus glauques et en puisant à même l’actualité qu’elle pondra La peur a la frousse, ce titre en hommage à ce type qui aura protégé sa douce en se plaçant contre son corps sous une pluie de balles, à cette idylle qui aura fleuri dans les flaques de sang. Où qu’elle passe, et en dépit de la colère qui la consume, Diane trouve toujours le moyen de cueillir quelques infimes parcelles de lumière. Il ne fait jamais parfaitement noir. «C’est un sujet d’ailleurs que personne n’ose toucher. Quand il arrive quelque chose dans les nouvelles, on n’est pas censé toucher à ça, mais je me suis dit que c’était tellement une belle histoire d’amour… Je voulais essayer avec la musique de Catherine Major, quand même, qui a une façon de faire de la musique qui est tellement intense.»

Portée par sa fougue, ne répondant qu’à son courage et à son urgence de dire, Diane Dufresne est passée maître dans l’art de démolir les plus persistants tabous. On l’a traitée à tort de provocatrice, simplement parce qu’elle a clamé ce que d’autres n’évoquent que tout bas, parce qu’elle a osé conjuguer le désir au féminin. Elle a chanté les délices de la masturbation (La main de Dieu) et elle étale aujourd’hui son goût des hommes moins mûrs sur Comme un damné, un cadeau du parolier français Cyril Mokaiesh. «J’ai toujours été outsider, faut savoir ça, même quand j’étais plus jeune. […] J’ai eu toutes les critiques. Un moment donné, j’ai arrêté de les lire. Il y en avait des bonnes, c’est évident, mais je pense que les pires venaient des femmes. Je ne dirai pas de nom, ça ne sert à rien. J’ai été traitée de putain, de folle, de n’importe quoi.»

Toute sa faste carrière durant, elle donnera une voix à ceux qui n’en ont pas, aux marginaux, aux strip-teaseuses, aux féministes de troisième vague d’avant la lettre et membres de la communauté LGBTQ+, qui l’auront propulsée au rang d’icône. Diane Dufresne a connu des hits, elle en créera sans doute encore, mais ce qu’elle représente est plus grand que n’importe quelle chanson. Le temps, les autres, Madonna et Lady Gaga n’auront fait que la rattraper. Elle a toujours eu cette longueur d’avance. Elle est d’une autre galaxie.

Meilleur après
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Diane Dufresne – Aujourd’hui, hier et pour toujours
(Libre Expression)
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10, 11 et 12 septembre 2019 avec l’OSM
Maison symphonique de Montréal

4 novembre 2019 avec l’Orchestre du Centre national des Arts
Centre national des Arts (Ottawa)

26 et 27 novembre 2019 avec l’OSQ
Grand Théâtre de Québec

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