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Marie Davidson : Travaille là-dessus
Musique

Marie Davidson : Travaille là-dessus

Marie Davidson vient présenter en spectacle son album Working Class Woman, un disque plus direct et introspectif, fruit d’un labeur intensif qui a mené l’artiste à prendre du recul sur son rythme de vie excessif.

Marie Davidson ne le cache pas, elle est une workaholic. Excessive? Elle l’admet sans ambages en entrevue et le proclame même haut et fort sur son nouvel album, le judicieusement titré Working Class Woman. D’ailleurs, la Montréalaise ne cache pas grand-chose, toujours soucieuse dirait-on de ne pas être interprétée ou jugée à tort et à travers, soucieuse aussi d’être le plus honnête et intègre possible. Ce ne sont pas tous les artistes qui peuvent en dire autant. Et c’est ce qui est touchant chez elle, cette transparence, cette candeur, cette fougueuse passion pour son métier, métier qu’elle a longtemps mis au-dessus de tout, au point de se brûler légèrement les ailes.

Workaholic oui, elle l’est toujours, mais désormais à plus petites doses. Depuis quelque temps, Marie Davidson a doucement levé le pied. «On m’apprend à me contrôler, à gérer. Je suis passionnée, perfectionniste… Tout ça vient d’un bon sentiment. J’aime ce que je fais, mais je dois pondérer car mon corps ne suit plus le rythme infernal que je lui ai imposé durant plusieurs années», nous explique-t-elle au bout du fil. «Je suis arrivée à un équilibre mental, mais pas physique, pas encore. Mes folles années m’ont épuisée. Je ne pourrai pas par contre changer le fait que voyager tout le temps est super fatigant. C’est indissociable avec le métier que j’ai choisi de faire. Par contre, les tournées-marathons de trois mois, c’est terminé».

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Amour-haine

Working Class Woman débute avec la dérisoire Your Biggest Fan, courte pièce dans laquelle Marie Davidson évoque une litanie de questions ou remarques insignifiantes de fans (ou pseudo fans) maladroits. Une entrée en matière qui peut sembler condescendante, mais qui révèle plutôt une certaine lassitude ou un rapport amour-haine avec la scène des clubs ou du nightlife en général. «Je me suis déjà fait aborder par des gens qui ne savaient pas pourquoi ils venaient me parler. Des fois, c’est tellement teinté de superficialité ou de désespoir que ça en devient pathétique. Tous ceux qui font des shows ou qui sont DJ ont déjà entendu des trucs comme ça ou se sont fait aborder par des gens comme ça. Mais dans le milieu des clubs, ça se passe souvent tard, les gens sont souvent défoncés ou saouls», déplore Marie Davidson. «Dans ces moments-là, je me demande parfois pourquoi je fais ça, ce que je fous là. Surtout lorsque je suis fatiguée, que j’enchaîne les événements, d’une soirée à l’autre, d’un avion à l’autre… c’est épuisant. Et si en plus ce ne sont pas de bonnes soirées, qu’il manque d’ambiance, là, c’est pire, ça me déprime encore plus. Mais il suffit d’un bon show, où la communication avec le public et la musique est totale, que l’énergie passe super bien, pour me redonner la foi et me remettre sur les rails. Quand le courant passe vraiment bien, c’est mieux que le sexe, la drogue ou un plat exquis comme sensation. Dans ces moments-là, je me sens vraiment à ma place dans cet univers».

photo Etienne Saint-Denis
photo Etienne Saint-Denis

Ambivalence

Excédée par la superficialité du nightlife et d’une partie de la scène électro, Marie Davidson semble avoir trouvé un semblant d’équilibre ou alors une sorte de détachement qui lui permet d’être moins affectée par tous les irritants de ces milieux. «Je suis passée de l’émerveillement à une sorte de dégoût au sein de cette scène, et là je dirais que je suis plus en paix avec moi-même, depuis que je me suis mise à voir ce que je fais comme un travail», admet franchement celle qui a découvert le monde de la musique électronique il y a à peine sept ans. «Je jouais dans des bands à l’époque, mais je n’étais pas vraiment branchée techno. Je n’allais pas du tout dans ces genres de soirées DJ. Je n’y pensais même pas en fait. Puis, je m’y suis peu à peu intéressée, à travers le festival MUTEK entre autres et toutes sortes de partys undergrounds dans des espaces industriels. Ensuite, avec mon ami David Kristian, je me suis mise à faire de la musique électronique. Il m’a fait découvrir les débuts de la techno de Berlin, celle de Détroit, puis je me suis intéressée à la musique électronique européenne des années 1980, la musique de club, la synth wave, l’acid house, la Chicago house… J’ai découvert les outils avec lesquels travaillaient ces artistes. Tout ça m’a influencée. Parallèlement à ça, je me suis mise à sortir beaucoup, j’étais vraiment fascinée par le nightlife et la culture club. Ça m’a aidé à m’émanciper, à trouver ma voie. Mais le monde de la nuit, c’est aussi de la débauche, de la fuite… À la longue, tu commences à voir le pattern. C’est pas mal partout du pareil au même. Tu te demandes à quoi ça rime tout ça, c’est quoi le sens de la fête. J’ai soudain eu envie de prendre un peu de recul, de réfléchir à tout ça. Parce que de se défoncer tous les week-ends et passer ses soirées à écouter de la techno ou de la house dans l’tapis, ça m’excite moins qu’avant. La communication entre le public et la musique est super importante, mais celle entre l’artiste et sa musique l’est davantage. Maintenant, je peux dire que j’ai enfin réussi à dissocier party et musique».

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Chassez le naturel

En tournée depuis le mois d’octobre 2018, Marie Davidson a pris une pause à la mi-décembre, pour toutes les bonnes raisons, et aussi pour… travailler. «Je n’ai pas pu m’en empêcher», rigole-t-elle. «J’ai déjà le prochain disque en tête». C’est le morceau So Right, titre plus engageant et plus «pop» qu’on retrouve sur Working Class Woman, qui a semble-t-il porté l’artiste vers une autre voie pour son prochain album. «J’ai composé ce morceau en fait pour mon spectacle Bullshit Threshold, qui est plus multimédia, théâtre, musique électronique… Quand je l’ai composé, c’était fait avec beaucoup d’ironie car c’est à ce moment dans le spectacle que je me moque de la culture club. Cette pièce cadrait donc parfaitement avec l’idée véhiculée. Your Biggest Fan vient aussi de ce spectacle… tout ce petit milieu people du nightlife et de l’underground, qui se donne de l’importance, où tous se connaissent, se jugent et parlent dans le dos les uns des autres. Ce morceau venait juste avant So Right dans le spectacle. Et finalement je me suis rendu compte que j’aimais bien cette pièce pour ce qu’elle est, si on ne l’interprète pas de manière ironique. Donc je l’ai retravaillée pour l’album avec l’aide de trois producteurs. Ça détonne avec le reste de mon travail, mais plus le temps passe, plus je me sens à l’aise avec la pop. En fait, pour mon prochain disque, j’ai l’intention de créer quelque chose qui serait plus proche de la chanson, tout en demeurant dans la musique électronique. Je veux du texte et peut-être des structures un peu plus pop pour certains morceaux», détaille la prolifique musicienne. «Quand je parle de pop, je ne parle pas de trucs prémâchés! J’ai envie de mêler mon côté électronique à des instruments plus traditionnels, comme la guitare électrique, la basse, peut-être des arrangements de cordes… On verra». Marie Davidson entend aussi y ajouter plus de voix, pour faire suite à Working Class Woman où elle prend souvent la parole, autant en anglais qu’en français. «J’aime l’anglais, mais ma langue maternelle demeure le français. Je le maîtrise bien mieux que l’anglais. Je peux d’ores et déjà te dire qu’il y aura encore plus de morceaux en français sur le prochain disque».

Allez Davidson

Tout comme ses albums, rien n’est laissé au hasard dans les performances de Marie Davidson. Son spectacle est construit, répété et réglé au quart de tour. «C’est un work in progress, de plus en plus tight», souligne celle qui officie aussi au sein du binôme Essaie Pas en compagnie de son mari Pierre Guerineau. «Je n’improvise pas live. Je joue les pièces du nouvel album ainsi que des morceaux moins récents et quelques nouveautés, parce que j’ai besoin de me garder quelques moments plus excitants. C’est un show qui drive, je joue fort, très fort! J’essaye d’avoir une énergie assez puissante pour faire danser les gens; la plupart du temps ça fonctionne. C’est un show inclusif, et assez original à ce qu’on me dit!»

En concert le 1er février au Théâtre Fairmount avec invités Feu St-Antoine, ASAËL, Ginger Breaker. Infos et billets