Lou-Adriane Cassidy : Sans additif ajouté
Musique

Lou-Adriane Cassidy : Sans additif ajouté

Lou-Adriane connaît déjà la chaleur des projecteurs. Après la démesure de Darlène et les sièges tournoyants de La Voix, voilà qu’elle s’y révèle en ses propres termes. Sobre, tout en délicatesse, axée vers l’essentiel.

Sa voix est grave et les thèmes qu’elle préconise le sont tout autant. Fraîche comme la rosée qui point au lever du jour, Lou-Adriane Cassidy chante pourtant l’espoir qui s’étiole, la désillusion. Son instrument se prête merveilleusement au drame et à l’intensité. Elle semble tissée de la même étoffe que celle qui l’a mise au monde, celle qui lui a légué son matronyme et son goût pour la musique. La fille de Paule-Andrée est tombée dans la marmite quand elle était petite. «Je suis née là-dedans. J’avais 2 ans et elle m’emmenait à ses shows. Que tu le veuilles ou non, c’est sûr que ça te marque. Moi, c’est rendu indissociable de ma vie. […] En même temps, j’ai aussi vu les difficultés. Tu vois pas ça comme un espèce de rêve inatteignable du genre “je vais faire de la musique, je vais être une star!”. Mes parents croyaient en ce que je faisais, ils m’ont encouragée, mais ils ne m’ont pas poussée vers ça non plus. Ils sont conscients que c’est pas facile et que c’est pas juste une affaire de talent. C’est une affaire de timing, de chance, de whatever

Or, en ce moment, ledit timing est proverbialement de son bord. Remarquée par moult auteurs-compositeurs à l’occasion de La Voix en 2016, l’interprète s’est ensuite vue offrir une carte de visite en or des mains de Philémon Cimon. La chanson Ça va ça va lui ouvrira finalement les portes du label Grosse Boîte.

Tout l’monde est malheureux (tam ti delé dilam)

Son premier album s’intitule C’est la fin du monde à tous les jours et Lou-Adriane serait ravie de vous l’entendre lire avec un soupçon d’ironie. «C’est pour relativiser un peu, c’est quasiment de l’autodérision. […] T’sais, c’est la fin du monde à tous les jours, pour tout le monde.»

Cette offrande s’inscrit comme en écho aux malchances et aux drames qui accablent presque tous les êtres. Certaines pièces sont signées de sa plume, d’autres non. Peu importe! Lou-Adriane sait s’entourer et elle se plaît à le faire. «Moi, collaborer avec du monde, c’est ma manière préférée de travailler. Pour les textes, la musique, les arrangements… J’aime travailler en équipe, mais j’apprécie avoir le dernier mot pareil! En allant chercher de l’aide, je trouve que l’échange humain est vraiment riche et je trouve ça un peu absurde, mettons, qu’on sous-valorise ça par rapport au fait de tout faire soi-même. La musique, y a aucune notion de mérite là-dedans!»

Les amours immatures, par exemple, est né d’une coécriture avec Rebecca Leclerc. La vocaliste et auteure s’est aventurée avec elle sur un chemin à peine déblayé, jetant une lumière crue sur une idylle entre une très jeune femme et un homme mûr. Pour une rare fois, c’est la fille qui raconte. «Au début, je me suis vraiment débattue avec cette toune-là parce que j’avais du mal à la faire mienne. […] Là, je n’ai plus de misère à la chanter, je ne ressens plus de gêne. Il y a comme de quoi d’amusant, aussi, parce que je suis consciente que ce que je dis n’est pas nécessairement habituel. Ça me donne une force, ce défi-là.»

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photo : John Londono

Lou-Adriane se révèle aussi être une étonnante compositrice, tout spécialement avec Respiration, la plage 3, une pièce qui s’avère franchement non conventionnelle sur le plan de la forme. La musicienne oppose un refrain lent, et qui ne revient qu’une fois, à des couplets entraînants. Elle inverse littéralement les codes de la pop. «C’est la première toune qui m’est venue et la première que j’ai mise en forme. […] J’ai toujours aimé ça, les antirefrains. Un peu inconsciemment, j’ai sûrement voulu reproduire des structures de tounes que j’aimais.»

Double vie

Lou-Adriane n’en est qu’à son premier album, c’est vrai, mais elle a déjà goûté aux vertiges d’en haut en ajoutant sa voix au retentissant succès d’Hubert Lenoir. Une expérience grisante que bien peu d’artistes auront la chance de vivre. «J’avais fait de la scène avant, mais absolument pas dans ce contexte-là. Vite, j’ai ressenti cette espèce d’ivresse là, cette envie d’incarner la liberté. […] Je me considère comme extrêmement chanceuse de pouvoir faire mon projet et celui d’Hubert en même temps. Moi, j’ai vraiment de la misère avec le fait de ne devoir être qu’une chose.»

C’est la fin du monde à tous les jours
(Grosse Boîte)
Sortie le 8 février

Le 3 avril au Grand Théâtre de Québec
Le 4 avril à la Sala Rossa