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Antony Carle : Future pop
Musique

Antony Carle : Future pop

Après nous avoir fait danser au sein de Nouvel Âge, un duo nu disco en proie à des centaines de milliers d’écoutes sur SoundCloud, Antony Carle ralentit le tempo et déploie ses ailes.

Il écrit et compose, met le R&B à sa main et avec une fougue en tout point comparable à celle de Blood Orange ou Solange. À l’instar de ces grandes pointures, Antony Carle juxtapose son chant sirupeux et sensuel à des rythmes savamment décalés. Il incorpore aussi des segments d’archives qui servent sa cause, son propos. «Pour ce projet, je me suis vraiment intéressé à l’histoire queer, entre guillemets. J’ai écouté beaucoup de vidéos comme ceux du discours de Sylvia Rivera en 1973 et de la campagne Save Our Children de Anita Bryant qui était vraiment horrible à l’époque. Ça m’a poussé à me questionner sur notre réalité et les privilèges dont on dispose aujourd’hui. C’est à la suite de ça que j’ai commencé à écrire des textes en lien avec l’identité et la réussite personnelle.» Le dépassement de soi, en somme. Et c’est précisément à l’image de ce qu’il parvient à faire sur ce premier EP.

Quoique diablement personnelle, sa musique se veut aussi teintée par l’apport de Ouri. Une collaboratrice de premier plan qui, mine de rien, a su lire en lui. «Pour But You, Everybody Is, j’avais fait un démo chez moi et je trouvais que c’était pas assez empowering et qu’il y avait des lacunes au niveau de la production. Évidemment, parce que je ne suis pas un producteur! Mais Ouri a été capable de capturer l’essence de ce que j’avais fait pour propulser ça à un autre niveau. Pour Top Floor, elle est partie d’une version a capella que j’avais faite et elle a juste composé à partir de ma voix. […] J’étais vraiment hors de moi la première fois que j’ai entendu un de ses mix. C’est fou de travailler avec quelqu’un qui est capable d’honorer ta vision.»

N’allez pas croire, cependant, qu’Antony se laisse modeler sous le poids des idées des autres. Il n’est le faire-valoir de personne, pas même de David Pimentel (son comparse au sein de Nouvel Âge), de Victor Bongiovanni ou de Cri, qui ajoutent leur grain de sel à cette offrande. Ceux qui gravitent autour de lui et se frottent à son halo choisissent non pas de s’effacer, mais de se fondre au décor. La personnalité du Montréalais d’adoption irradie de toute part.

C’était écrit dans le ciel

Originaire de Trois-Rivières, d’où il a appris les rudiments de son instrument auprès d’une professeure de chant issue du monde lyrique, «une mezzo-soprano redoutable», Antony Carle a ensuite fait ses dents par l’entremise de Secondaire en spectacle. C’est dans ce cadre qu’il a développé son aisance scénique, cette présence et cette force qui le rendent réellement inoubliable. Il était né pour chanter. «J’ai grandi dans une famille vraiment musicale. Mes parents ne chantent pas, mais mon grand-père, mes tantes et mes cousines jouent tous d’un instrument ou de leur voix. J’ai été initié à ça quand j’étais très jeune, j’ai commencé à chanter avec les albums qu’on avait à la maison. […] Mon père écoutait beaucoup de classique et même du jazz. Au fond, tous les CD étaient rangés dans deux colonnes. Du côté gauche, c’était ma mère avec toutes les divas, genre Mariah Carey ou Whitney Houston… Du côté de mon père, c’était plus des trucs comme Björk et Sade… Ça a fait un beau mix.»

crédit : J F Sauvé

Insoumis et rêveur, l’auteur-compositeur-interprète s’est depuis longtemps distancé de la trame sonore de son enfance pour asseoir les bases de son propre univers. Si le présent article s’est entamé sous le signe des comparaisons, c’était surtout pour tendre une main vers ce monde difficile à définir et résolument multidisciplinaire. Enivrant, en tout point.

Dans l’œuvre encore jeune de Carle, les images fortes sont reines. Travaillées, omniprésentes. Sur la pochette de son EP, on peut le voir s’étirer, comme prisonnier d’une combinaison élastique et diaphane, d’un cocon. Dans le premier vidéoclip qu’il a fait paraître dans la foulée de sa signature avec Bonsound (celui pour But You, Everybody Is), il libère son visage d’une prothèse de silicone dégoulinante de colle. Une séquence évocatrice à souhait. «J’ai connu des expériences où je devais m’effacer un peu de l’équation pour pouvoir plaire aux gens avec qui je travaillais. Je comprenais pas pourquoi je faisais ça, dans le fond. […] Souvent, on ne se laisse pas assez de place pour être soi-même en présence des autres. Justement, au moment du tournage, je réalisais que j’étais moi-même coincé dans une dynamique comme celle-là. Finalement, on a pris les images behind the scenes parce qu’on trouvait qu’elles représentaient vraiment l’esprit de la chanson.»

Avant-gardiste, oui, mais aussi follement méta, la proposition d’Antony Carle donne à voir un artiste génial et réfléchi qu’on se promet de suivre pas-à-pas.

The Moment
(Bonsound)
Sortie le 17 mai

Lancement :
Le 23 mai à 20h
au Club social le Scaphandre (Montréal)
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