Bertrand Belin : De corps et d'esprit
Musique

Bertrand Belin : De corps et d’esprit

Le chanteur français débarque au Québec pour trois spectacles avec un nouveau disque sous les bras.

Renouer avec Bertrand Belin, c’est célébrer cette exception française, ce chanteur inclassable qui séduit autant par sa prose elliptique que par sa voix unique et ses mélodies qui se jouent des modes et des styles. C’est d’autant plus vrai sur Persona, un sixième album beaucoup plus engagé que les précédents, dont le regard lucide sur le monde prolétaire, les inégalités sociales, la solitude urbaine, les silencieuses luttes quotidiennes, bref, le déclassement social, tombe à point en cette période agitée marquée par les gilets jaunes.

«C’est un constat du climat de société dans lequel est plongée la France, raconte au bout du fil l’auteur-compositeur-interprète. Il y a beaucoup de tensions qui se posent sur le partage des richesses, sur la qualité de vie, sur le manque de considération auprès des plus défavorisés. Il y a manifestement une colère contenue, qui commence à s’exprimer d’une manière très frontale.»

Impossible alors de demeurer neutre, de ne pas porter son chapeau de citoyen. «Ça s’impose à moi, avoue le musicien quadragénaire. Je vis à Paris, je suis confronté tous les jours à cette atmosphère de rudesse sociale. Je ne vois pas de quoi d’autre je pourrais parler.»

«Ce disque est une parole qui est prise au milieu d’un malstrom réflectif, au moment où il est temps que la parole ne cède pas à la violence. Il y a eu un très beau jardinage de colère qui a été organisé par les gouvernements successifs.» Cette charge électrique ne s’exprime pas nécessairement sur le plan musical. Les rythmes en demi-teinte du nouvel opus ne sont pas plus pop ou rock que d’habitude, explorant plutôt ce filon du folk alternatif qui s’avère cette fois nappé de synthétiseurs.

«J’essaie de m’éloigner le plus possible des formes que j’ai déjà explorées avec la difficulté d’être habité par sa propre pulsation intérieure et son territoire esthétique assez propre, explique celui qui a un faible pour Bill Callahan, Nick Cave et Jean-Louis Murat. Parce que le fond relationnel, l’amour, la mort, la guerre, l’amitié, l’adversité: je n’ai toujours parlé que de ça dans mes chansons. Je creuse toujours au même endroit, mais avec des outils différents.»

Souvent comparé à Alain Bashung («sans doute à cause du caractère immédiat de mes textes»), Bertrand Belin possède un amour particulier envers les mots, n’hésitant pas à les enrober dans l’ambiguïté pour faire triompher sa poésie. «Mes albums ne sont pas aussi énigmatiques que les gens le croient, lance sur un ton amusé celui qui est également romancier. Quand en France on écoute une chanson en langue arabe ou une chanson de Leonard Cohen ou de Bob Dylan, tout le monde ne comprend pas toujours les paroles. Mais quand c’est dans sa langue maternelle, on a tendance à vouloir comprendre les mots… Pour moi, ce n’est pas très important, ce n’est pas l’essentiel.»

Cela n’empêchera certainement pas d’écouter en boucle ces 13 nouvelles compositions afin d’être fin prêt pour les spectacles québécois, dont celui qui se tiendra pendant les Francos de Montréal dans l’intimité de la Cinquième Salle. Un lieu tout indiqué pour être «à la fois fidèle à l’album, mais en utilisant et en explorant l’énergie de la scène, révèle le chanteur et guitariste. On va comme d’habitude laisser le présent s’exprimer…»

Vendredi le 21 juin
À la Cinquième Salle de la Place des Arts
(Dans le cadre des Francos de Montréal)
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En lecture le 25 juin
À la Librairie du Square – Outremont

Jeudi le 27 juin
À L’Anti Bar & Spectacles à Québec
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Samedi le 29 juin
Au Festival international de la chanson de Tadoussac
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