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Ce qui se passe à Tadoussac ne reste pas à Tadoussac
Musique

Ce qui se passe à Tadoussac ne reste pas à Tadoussac

Cette bourgade de 799 âmes trône sur le fjord au carrefour de Charlevoix, du Saguenay et de la Côte-Nord dont elle se veut en fait le poids d’ancrage. Habituellement modelé sous le poids des baleines, le village s’accordait le week-end dernier à d’autres chants. Retour sur la 36e édition du Festival de la chanson de Tadoussac.

Entre Marc Déry et Loco Locass, notre coeur aura balancé tout le long du trajet Québec-Tadoussac durant. Finalement, et à l’issue d’une joute de pile ou face supervisée par la firme CHYZ incorporée, nos comparses tout au long de notre séjour, c’est finalement sur les MCs aux couvre-chefs bleutés que notre choix s’est arrêté. Et des effluves d’Amour oral flottaient sur la nef de l’église avec les papes du rap à notre arrivée!

Si leur dernière offrande est née sur les derniers milles du Printemps érable, à l’orée de l’été 2012, le public attroupé devant la scène n’avait rien oublié des refrains du trio qui s’est prêté au jeu du retour qu’on n’attendait plus tellement. Rouillés, les garçons de Loco Locass? Un tantinet. Si Batlam (en proie à une subtile perte de mémoire rapidement épongée) et Biz nous ont semblé essoufflés par moment, ce bon Chafik a réellement fait office de chef d’orchestre, de pilier sur lequel ses collègues ont pu s’accoter tout au long du concert.

Outre Libéraux nous des libéraux, hymne ici servi en guise de “vaccin préventif”, force est d’admettre que leur proposition alliant hip hop et phrasé inspiré par le rigodon relève encore d’une grande pertinence. Combien de groupes québécois contemporains peuvent-ils, comme eux, se vanter d’avoir créer leur propre style?

Loco Locass à l’église de Tadoussac (Crédit: Jay Kearney)

Peu après, c’est dans la cour de l’École Saint-Joseph et sous chapiteau qu’on a continué la soirée, fait formellement connaissance avec le dénommé Soucy. Accompagné de cinq autres personnes sur scène, dont deux choristes aux propensions théâtrales, l’émule de Gab Paquet, mais en beaucoup plus psychédélique et lubrique, nous a livré une série de compositions hautement accrocheuses et inspirées de son idole Britney Spears – entre autres. 

Soucy au Festival de la chanson de Tadoussac (Crédit: Philippe Ruel)

Le lendemain à 19h, le Tout-Tadoussac avait rendez-vous avec un grand musicien, une icône culturelle à part entière. Zachary Ricard a enchaîné les chansons sans temps mort, saupoudrant son récital d’interventions pince-sans-rire dont lui seul connaît le secret, de poésie de son cru. Monsieur Richard, c’est le genre d’artiste complet à qui la musique, même articulée à la manière de contes, ne suffit pas. Les mots lui sortent par tous les pores!   

Le Louisianais s’est propulsé par-delà le Cap Enragé, prouvant à tout le monde qu’il n’était pas l’homme d’un seul album, lorsqu’il a livré Au Bal du Bataclan, un titre qui parle en lui-même, une chanson d’amour terriblement tendre parue en 2017. En phase avec notre temps, témoin des catastrophes qui nous secouent et malgré toutes ces années qui ont passé, l’interprète de L’arbre est dans ses feuilles n’a rien perdu de sa plume, de sa fougue, de son importance socioculturelle et artistique.

Mais le moment fort de ce tour de chant restera ce court segment accompagné d’Émile Cullin, un auteur-compositeur et harmoniciste de Paris qui s’adonne aussi à être le petit-fils du musicien de légende. Ce jeune homme un peu différent, mais à la prose chavirante, est venu chercher nos larmes au détour des notes. 

Zachary Richard à l’église de Tadoussac (Crédit: Philippe Ruel)

Trois heures plus tard, Ariane Moffatt allait prendre possession de ces mêmes lieux, de cette salle en proie à une petite erreur de configuration, meublée de haut en large par des chaises encombrantes, détonnant avec la teneur franchement dansante de ce concert. Bonne joueuse, l’auteure-compositrice-interprète s’est servi de Debout comme d’un prétexte pour libérer celles et ceux qui se retenaient, jusqu’ici et par peur de déranger leurs voisins arrière, de se délier les gambettes. 

Parfaitement en voix, la polyvalente sirène s’est offert des réarrangements disco, voire électro pop à ascendance techno façon Robyn, pour ses chansons les plus connues. Un écrin vitaminé qui sied très bien à sa voix gorgée de soul et, très accessoirement, à ses espadrilles à plateformes dignes d’une Spice Girls. Une véritable oeuvre d’art en soi!

Ariane Moffat à l’église de Tadoussac (Crédit: Jay Kearney)

Alors que les moustiques voraces en étaient à s’offrir un buffet de mélomanes, c’est toute une foule d’estivants qui s’agglutinait devant la sortie de cave de l’église désacralisée attenante à la rue principale. La tête d’affiche, ce soir, au sous-sol? Nul autre que l’enfant terrible de la nouvelle scène québécoise. Autant dire qu’on jouait du coude pour réussir à se frayer une place…

S’il était initialement programmé sur le coup de minuit, Hubert Lenoir se sera pointé près de quarante minutes plus tard, accompagné de sa joyeuse troupe de virtuoses du 418 et brièvement incommodé par un souci d’éclairage. Alexandre Martel, son frère Cédric, Vincent Gagnon, Lou-Adriane Cassidy et les autres ont livré un concert échevelé, mais jamais chaotique, bien qu’on les avait sentis plus alertes et en forme dans le passé. L’heure y était forcément pour quelque chose. 

Hubert Lenoir au sous-sol de l’église de Tadoussac (Crédit: Philippe Ruel)

Notre ultime soirée sur le Côte-Nord s’est conclue à l’Auberge de jeunesse, non loin du traversier, avec ce fanfaron de Jérôme 50. Dire que l’eau a coulé sous les ponts depuis ses performances à la brunante dans les rues du Vieux-Québec relèverait de l’euphémisme! Fort de cet emploi alimentaire ingrat, mais qui lui permet aujourd’hui d’animer les foules comme peu d’autres, le nouveau poulain de Dare to Care fait cohabiter 50 Cent(une reprise de P.I.M.P. pas piquée des vers), de même que quelques-unes des strophes les plus célèbres de Nelligan comme s’il s’agissait de la chose la plus naturelle au monde. Éclectique à souhait, mais foncièrement authentique, le gars de Labeaumeville a titillé la fibre nostalgique d’à peu près tout le monde avec ses chansons de camps de jour détournées. 

Mention spéciale à Philippe Gagné, un collègue sur les trottoirs de l’arrondissement historique, qui est venu bonifier les chansons de sa flûte traversière et de son trombone. Y’a-t-il, d’ailleurs, un instrument que ce type ne sait pas jouer?

Jérôme 50 à l’Auberge de jeunesse de Tadoussac (Crédit: Jay Kearney)

C’est Philippe Brach, en ce qui nous concerne, qui a sonné le glas de notre dernière nuit à l’ombre des brumes du Saint-Laurent. S’il s’est fait joyeusement rincer, pour reprendre son verbe de prédilection, après avoir souhaité une “Bonne fête du Canada” à l’assistance, l’électron libre s’est livré à un spectacle sans faille, impeccablement orchestré.

Il aura même réussi à incorporer Tu voulais des enfants, une chanson du niveau de Brel ou d’Aznavour, à notre humble avis, à ce set hautement énergique et ponctué de pas de danse vaguement orientaux, absolument captivants et décalés. 

À la lumière d’un show comme celui-là, nul doute que le Saguenéen continuera de nous impressionner par sa musicalité et sa créativité dans les années à venir, qu’il s’est frayé un chemin jusqu’au firmament de la musique québécoise pour y rester.

Philippe Brach au sous-sol de l’église de Tadoussac (Crédit: Jay Kearney)

// À lire aussi: l’abécédaire de Philippe Brach à Tadoussac 

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