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Salomé Leclerc au FEQ: de grâce et de rock bien pesant
Musique

Salomé Leclerc au FEQ: de grâce et de rock bien pesant

En ce sixième jour du Festival d’été de Québec, on a jeté notre dévolu sur le triple plateau orchestré aux portes de la cité intra-muros, un concert en trois temps avec Voyou, Salomé Leclerc et Philippe Brach. 

Ce qu’on avait hâte de le voir, ce Voyou! Après Les bruits de la ville, son premier long-jeu superbement fignolé, il nous tardait de faire plus ample connaissance avec le bonhomme. 

Lové entre le futur Diamant et le Palais Montcalm, le Lillois a gravi le piédestal tel un seul homme, avec son orchestre stocké sur ordinateur pour seuls comparses. Mais qu’à cela ne tienne! D’une candeur quasi désarmante, Thibaud Vanhooland s’est mis à danser comme d’autres tanguent, dodelinant de la tête comme un Charlie Brown, porté par une certaine nonchalance. 

Ce type-là a la dégaine d’un slacker qui se serait risqué à la pop et c’est un peu ce qu’il symbolise à nos oreilles, justement. Non, la voix n’est pas toujours parfaitement solide. C’est vrai. Sauf qu’on serait bien fous de s’en plaindre quand c’est précisément ce qui fait son charme. En plus, il manie une variété d’instruments avec adresse: l’échantillonneur, la trompette (son arme de prédilection), la guitare électrique, le clavier et la caisse claire. Une polyvalence qui sied bien à son univers bigarré.

L’auteur de Seul sur son tandem, un bijou qu’il nous avait gardé pour le dessert, s’est livré à un récital énergique et pavé de petites interventions préparées sur-mesure pour le public québécois. Rares sont les visiteurs aussi bien renseignés à l’égard de notre parlure, notre climat, notre topographie. Il a su créer un réel contact, tendre une main au public d’ici, offrir un spectacle tendre, bon enfant, mais jamais simpliste. À l’image de son répertoire encore tout jeune, mais follement fruité, finalement!

Les oiseaux s’inclinent

Salomé Leclerc a ouvert le bal avec Arlon, une relecture plus rock que l’originale, celle-là même qui ouvrait son second album primé au Québec comme en Belgique. Déjà, avec cette première chanson, la plage #1 de 27 fois l’aurore, la native du comté de Lotbinière donnait le ton pour ce qui allait suivre. 

Habitée de ses riffs comme de ses mots, l’auteure-compositrice-interprète hypnotise. Elle envoûte même les plus inattentifs, les badauds de passage et autres touristes perdus en traduction qui se baladent sur la toujours très animée rue Saint-Jean. Vaporeuse et claire, sa voix a de quoi transcender les langues. Les émotions, les siennes surtout, sont carrément universelles.

Et quelle grâce elle a! Divinement en voix, la musicienne s’est même prêtée à un ingénieux mash-up amalgamant Famous Blue Raincoat de Leonard Cohen et sa chanson intitulée Entre parenthèses. Un coup de génie en soit.

Lorsqu’elle n’assure pas la portion instrumentale en mode DIY, lorsqu’elle ne se prête pas à des enchaînements intimistes, Salomé Leclerc s’entoure de trois musiciens (dont Philippe Brault, quand même!) qui vaquent à réécrire les partitions avec elle. Des enrobages épiques, hautement audacieux, qui nous auront fait entendre Partir ensemble et Garde-moi collée, pour ne nommer que celles-là, sous un tout autre jour. Puisse qu’elle songe, un jour, peut-être, à immortaliser l’un de ses spectacles sous l’égide d’un album. En tout cas, nous, on l’achèterait. 

“Les chiens sont admis à mon show, en tout cas”

Diablement en forme, Philippe Brach a redoublé d’ardeur et de théâtralité en prenant la Place d’Youville d’assaut. Avec sa gestuelle frénétique qu’on imagine puisée de ses pérégrinations somme toute assez récentes au Pakistan, le plus positivement séquelle des Saguenéens s’est prêté à une performance de haute voltige, fusionnant blagues croustillantes et complaintes émouvantes comme s’il s’agissait de la chose la plus naturelle au monde. 

Flanqué d’instrumentistes investis de sa proposition, le chevelu personnage nous a fait osciller entre country, folk et rock, saupoudrant même son récital d’une reprise de (Sittin On) The Dock of The Bay du grand Otis Redding – une interprétation livrée de main de maître qui aura pour effet de surligner les influences rythm’n blues de Mes mains blanches. Un moment fort, très certainement, comme ex aequo avec D’amour, de booze, de pot pis de topes, mais pour des raisons presque diamétralement opposées. Fallait entendre cette bombe façon Santana, cet heureux délire rythmique qui a vite fait de nous plonger dans une ambiance psychédélique, dans le monde de ce si singulier chanteur. 

On est bien dans ta tête, Philippe Brach.

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