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Le pouls de Québec #3 : Narcisse
Musique

Le pouls de Québec #3 : Narcisse

Chaque mois, on pose notre loupe sur un projet tout neuf, enthousiasmant et issu de la vibrante scène musicale de Québec.

Nom du projet : Narcisse
Leader du collectif : Marjorie Pedneault
Quartier : Saint-Sauveur
Style : Électro, synth pop, nu disco, new wave

Membres : Marjorie Pedneault, Utopia (artiste de performance et drag queen), Jules Henry, alias play.soft (réalisateur et guitariste), Félix De Koninck (vidéaste) et Gabriel Paquet, alias Point G (peintre et choriste)

Maison de disque : Indépendant

Narcisse   (crédit : Léonie Cameron)

Tu es vraiment unique sur la scène locale avec ton mélange de spoken word, de poésie prononcée dans un français international, tu parles même de «bobards» sur Acte manqué, les synthés sont à l’avant-plan et la guitare est un peu disco funk. Dirais-tu que tu es davantage inspiré.e par la musique qui se fait en France que par celle qui se fait au Québec?

Oui, absolument. En fait, ce qui est arrivé, c’est que j’avais un autre projet avant, un projet folk. Ça s’appelait Nature moderne et je chantais en anglais. Je suis allé.e trois fois en France l’année passée, dont une fois pour une résidence de création croisée que j’ai eue grâce à l’Ampli de Québec à Bordeaux.

De là, j’ai rencontré des artistes français et je me suis mis.e à écouter plus de musique française aussi. C’est comme ça que j’ai découvert Flavien Berger et Vendredi sur mer. Moi, j’avais un gros conflit avec la langue française. J’étais comme: «J’ai pas envie de chanter en français, je trouve ça dégueulasse, bla-bla-bla.» Je faisais du folk et quand j’écoutais du folk québécois, la prononciation et l’accent me dérangeaient beaucoup. C’est quelque chose qui m’attirait pas dans la musique, mais à Bordeaux, j’ai réalisé que je pouvais chanter en français avec un accent international et ça a comme réglé tous mes problèmes. Je me suis mis.e à écouter plus d’Ariane Moffatt, Cœur de Pirate, Pierre Lapointe. Des gens qui chantent avec un accent très international, finalement.

 

Dans tes compos, le rythme occupe une place super importante. C’est up tempo, mais pas trop, comme parfait pour se déhancher. Je me demande… Est-ce que tu crées en fonction des spectacles, de ce qui va fonctionner sur la piste de danse?

Maintenant oui. En réalisant le EP? Pas nécessairement. Je savais pas où ça s’en irait en live.

Cela dit, le rythme, ça a toujours été vraiment important pour moi parce que je suis multi-instrumentiste. Je joue vraiment de plein d’instruments. Pour moi, les percussions c’est pas quelque chose que je vais négliger. Dans une chanson, je trouve ça intéressant que le rythme se réinvente, que ce ne soit pas toujours la même chose. Des fois, j’accorde même plus d’attention à ça qu’à la mélodie. J’ai un petit TOC au niveau du rythme, je pense.

 

La sexualité est omniprésente dans ton travail, c’est vraiment un thème récurrent. Est-ce qu’il t’a fallu transgresser un genre de pudeur pour aller là?

Absolument. Je me regarde il y a un an et je me regarde maintenant et je suis comme: «What the fuck», t’sais. Pour moi, Narcisse, c’est comme une excuse pour dépasser mes limites, sortir de ma zone de confort.

Je sais pas si t’as vu le vidéoclip de Narcisse… La journée où on a filmé la scène érotique à la fin, j’étais terrifié.e. Après l’avoir fait, je trouvais que j’avais tellement grandi en tant que personne.

Pour notre dernier spectacle à La Plante à Montréal, je me suis mis des X sur les mamelons et me suis fait peindre dessus. […] J’ai longtemps été pris.e dans ma sexualité, dans la pudeur et tout ça. On dirait que Narcisse est la meilleure excuse pour briser les barrières que je m’étais mises depuis un bout. J’explore aussi ça dans les paroles et c’était la première fois que j’écrivais des trucs comme ça. Je veux dire, c’est érotico-sensuel.

À en juger par le concert que tu as filmé à L’Escogriffe, j’ai vraiment l’impression que tes spectacles sont comme des safe space pour les gens issus de la diversité de genre et de la communauté LGBTQ+. Vois-tu la musique et l’art comme une façon de communiquer et même d’éduquer le public?

Oui, totalement. J’ai plusieurs messages avec Narcisse, mais celui-là, c’est un des principaux. Je me considère comme une personne non-binaire et en show, je prends vraiment le temps d’expliquer ce qu’est la non-binarité. D’abord, je demande s’il y a des gens non-binaires dans la salle et, généralement, y a pas beaucoup d’applaudissements. Après, je leur demande «est-ce que vous savez c’est quoi?» et j’ai vraiment beaucoup de «non». Finalement, j’enchaîne avec une reprise de My Body is a Cage d’Arcade Fire. Je mets une robe et c’est très théâtral. […] J’ai pas vraiment de public cible parce que je me dis que ça doit parler à tout le monde le plus possible.

 

Ton tout premier EP est sorti en avril dernier. Qu’est-ce que les prochains mois te réservent?

Je suis en train de préparer une série documentaire qui va sortir sur Instagram. Ça va retracer les lancements, le EP et tout ça. Le plan, ce serait de dévoiler ça en même temps que le long-jeu que je vais sortir l’année prochaine, en mai si tout se passe bien. […] C’est sûr que mon prochain album va porter sur l’identité de genre. Ça, c’est clair. Dès le départ, pour moi c’était juste normal que j’endosse ce rôle-là. Si, un jour, les gens commencent à parler de moi, ça va me faire plaisir d’être porte-parole. Si on n’en parle pas, personne va être au courant.

En spectacle :

Samedi 10 août à 20h au parc des Faubourgs
(Dans le cadre de la soirée Place à la relève de Fierté MTL)

Jeudi 29 août à 20h au Bateau de Nuit 
(Dans le cadre de la soirée PluriElles de la Fête Arc-en-ciel de Québec)
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