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Bellflower : éloge de la vulnérabilité
Musique

Bellflower : éloge de la vulnérabilité

La formation s’apprête à lancer son troisième album Upside Down en grand, avec un spectacle-événement à 14 musiciens le 3 octobre prochain au Centre Phi.

Nous sommes en compagnie de la chanteuse, guitariste et cofondatrice du projet, Émilie Pompa, dans un café de la Petite-Patrie, à Montréal. La fébrilité qui s’empare de ses mains et son sourire qui s’élargit lorsqu’elle parle des spectacles à venir nous font comprendre à quel point la scène lui a manqué lors de ces cinq saisons de création et de préparation pour le nouvel album.

L’octuor Bellflower s’est fait connaître à travers ses mélodies alliant habilement pop orchestrale, musique ambiante, rock, prog et folk, et c’est vraiment en concert que la formation se démarque. Sur scène, les compositions des deux albums précédents (The Season Spell, 2016, The Lotus Factor, 2013) revêtent une nouvelle intensité, portée par l’énergie du live et le plaisir manifeste qu’ont les musiciens à jouer ensemble. 

À la croisée des chemins

À la fin de la longue et fructueuse tournée qui a suivi The Season Spell, album qui traitait de la manière dont les saisons influencent l’énergie, Émilie Pompa avait hâte d’apporter du neuf à son discours. 

«J’avais vraiment envie de dire autre chose. Je trouve que c’est important de se renouveler en tant qu’artiste, donc c’était une retraite intéressante, enrichissante, nécessaire aussi. C’est sûr qu’avec la super belle tournée qu’on a eue avec The Season Spell, ça m’a vraiment motivée à travailler fort pour amener un show encore plus béton, différent aussi.»

photo Marie-Noëlle Bois

Si les deux premiers efforts du groupe étaient davantage tournés vers l’introspection au niveau des textes, Émilie Pompa a cette fois porté son regard vers ce que vivaient les gens de son entourage, et s’en est servi comme principal matériau de création. Des personnages et des histoires sont nés au gré des chansons, comme en témoigne Upside Down, la pièce titre, inspirée par un ami qui traversait un long brouillard.

«There’s no sweet without sour » [Il n’y a pas de haut sans bas], pourrait résumer le message de cette pièce, et plus globalement, de l’album, qui s’intéresse à la dualité entre destruction et renouvellement, entre immobilisme et renaissance. «C’est correct de prendre des risques, d’avoir peur, de se sentir vulnérable par moments, estime la chanteuse. Ce sont des sentiments qui sont parfois difficiles à accepter, à affronter, et Upside Down, c’est ce moment critique où tout peut changer, où c’est à toi décider quel chemin prendre.» 

Cette métaphore s’applique aussi à la démarche de la formation, qui, sans passer par la destruction, a décidé d’explorer de nouveaux chemins. «Ma philosophie de vie, autant personnelle qu’avec le band, c’est d’amener des chansons différentes, du matériel différent, pour que les musiciens aussi aient l’impression de se renouveler. Notre énergie de groupe est vraiment puissante, donc c’est important pour moi qu’ils se sentent bien là-dedans.»

Et bien qu’à huit musiciens, Bellflower possède déjà une instrumentation luxuriante, la formation avait envie de prendre une tangente plus orchestrale avec ce nouvel opus. Avec l’aide du contrebassiste et tromboniste Olivier Hébert, aux arrangements, la plupart des compositions incorporent un quatuor à cordes et trois cuivres supplémentaires. Ce sont ces mêmes musiciens qui se joindront au noyau original afin de décupler l’intensité des pièces lors du lancement montréalais, où la scène sera décidément bien remplie. 

Côté studio, côté chalet

C’est entre le studio Donde, quartier général de plusieurs des musiciens de la formation, et le chalet familial dans Lanaudière qu’ont été enregistrées les onze pièces qui composent l’album, de juillet 2018 à janvier 2019, soit au gré des disponibilités des musiciens et de l’avancement des compositions.

Faire partie d’un octuor dont les membres, pour la plupart, partagent leur temps entre différents projets qui jouissent d’une certaine renommée tient à la fois de la profession de foi que d’une planification serrée. 

William Côté, à la batterie et à la voix, officie aussi au sein de Misc et Les Louanges; Jérôme Beaulieu, au piano et aux synthétiseurs, partage ses talents avec Misc; le bassiste Jérémi Roy avec Sarah Toussaint-Léveillée et Chienvoler, entre autres. Quant au saxophoniste Félix Petit, on le retrouve dans FELP, Les Louanges et avec Hubert Lenoir, alors qu’on peut entendre la choriste et percussionniste Kathryn Samman dans Little Misty et Charbonneau ou les valeurs à’ bonne place; le trompettiste Nicolas Boulay avec Les Cowboys fringants, et le saxophoniste Alexandre Dodier dans une pléthore de projets, dont Shpik. De quoi donner des vertiges logistiques.

Après une résidence au Théâtre du Marais, à Val-Morin, puis une tournée de rodage des nouvelles pièces en Colombie-Britannique, à la fin juin, Bellflower se sent prêt à partager le fruit de son labeur. Si la formation a travaillé d’arrache-pied à capturer sur album l’énergie qu’elle transmet en concert, c’est tout de même sur scène qu’elle incarne la meilleure version d’elle-même. La soirée de lancement au Centre Phi risque en ce sens de marquer les esprits: «On a 14 musiciens sur scène. On va être prêts, on va être excités, ça va être rempli. Cette scène-là va être une bombe!»

Bellflower en concert

Le 3 octobre au Centre Phi (Montréal)
Le 5 octobre à La Petite Boite Noire (Sherbrooke)
Le 12 octobre au Théâtre Petit Champlain (Québec)
Le 19 octobre au Centre national des Arts (Ottawa)

L’album Upside Down est en vente à partir du 20 septembre

Texte par Maryse Boyce