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Geoffroy : Un Canadien errant
Musique

Geoffroy : Un Canadien errant

À l’aube du premier pan de sa tournée mondiale qui le mènera de Brooklyn à Victoria, Geoffroy nous donne rendez-vous dans Villeray pour discuter de l’album à naître, un bouquet de chansons dédié à sa défunte maman. 

L’exercice relèverait de l’anomalie pour à peu près n’importe qui. Ainsi attablé dans un café bondé, à la vue de celles et ceux qui le reconnaissent peut-être de ses vidéoclips ou de son passage à La Voix, Geoffroy en vient à se livrer sur des sujets si intimes que personne n’aborde au premier contact en temps normal. Pourtant, le parolier est là, avec nous, à causer deuil et chagrin. Il en va après tout de la nature de son album. C’est bizarre. «Tout le monde me l’a dit, on m’a prévenu de ça. Moi, j’ai pas pensé à ça en l’écrivant et en le faisant. Je vais voir comment ça se passe pour les entrevues. […] Aussi, je voulais faire en sorte que les gens qui ne prêtent pas attention au contexte peuvent passer leur vie et aimer la musique sans jamais vraiment réaliser ce qu’il y a derrière. Le cover est beau, élégant. C’est mystérieux.»

Pochette de l’album 1952   (courtoisie Bonsound)

Prisé des mélomanes et fort de ses 25 millions d’écoute sur Spotify, le chanteur de Notre-Dame-de-Grâce s’est un peu fait devin avec Coastline, comme s’il avait su flairer les goûts du plus grand nombre. Mais ressent-il, à cet effet, une quelconque crainte à l’idée de perdre le momentum? «Je suis conscient qu’il y a cette pression généralement, mais je n’ai pas vraiment focus dessus. En fait, j’ai juste fait de la musique et ça a donné ce que ça a donné. Je ne me suis pas dit “ah! je vais reprendre des formules ou des sons”. Pas du tout. […] C’est sûr qu’on a utilisé les mêmes synth, qu’il a des sons qui se répètent, que je travaille avec les mêmes gars… Eux aussi, ils en étaient conscients. On a  donc essayé d’entrer davantage dans les détails, de faire en sorte que ça ne sonne pas comme Coastline et de créer des chansons plus travaillées.»

L’instrumentation, effectivement, est pas mal différente sur 1952. Aux-côtés des coréalisateurs Gabriel Gagnon, Clément Leduc et Max Gendron, le vocaliste se drape dans des arrangements inspirés par la techno minimale de Nicolas Jaar, un écrin aussi organique que possible. On entend des steel drums sur la très rythmée How You Feeling Now?, on s’enivre d’une improbable rencontre entre reggae et jazz à l’écoute de By The Water. Ensemble, les quatre musiciens s’offrent même un flirt avec le gospel sur Closer et Fooling Myself. «J’ai cherché une chorale de Montréal, j’ai trouvé la Jireh Gospel Choir et ils ont accepté même si je n’étais pas croyant. Ils sont venus en studio pour enregistrer et ça a été un moment magique. Je voulais, et depuis longtemps, finir l’album avec un sentiment d’espoir.»

 

Trouver sa voie

Geoffroy n’a pas toujours donné dans l’électro pop feutrée qui fait aujourd’hui sa renommée. Attablé face au piano depuis sa plus tendre enfance, il s’est réorienté loin du classique une fois son adolescence entamée. «J’ai acheté une guit’ électrique grâce à Blink-182, je pense. J’ai juste joué du Blink pendant peut-être deux ans! J’ai appris toutes leurs chansons. Toute la grosse wave punk rock, je suis tombé dedans à pieds joints. J’ai eu un band punk rock de 13 à 17 ans à NDG, à Westmount. […] Éventuellement, en vieillissant, je suis allé vers le screamo. Mais à un moment donné, je me suis tanné et j’ai switch au Jack Johnson, à la guit’ acoustique. De là, j’ai lâché le band, j’ai commencé à jouer tout seul et à chanter.»

Attends, là. Est-ce donc à dire que tu ne savais pas que tu avais une voix avant ça? «Non. Je ne pensais pas que j’étais capable de chanter. C’était Phil Creamer, qui maintenant joue dans mon band, qui était le chanteur de notre groupe punk rock.. C’est drôle, on est restés amis, on est amis depuis la maternelle.  […] Le punk rock, c’est vraiment haut. Vu que je n’étais pas capable de chanter dans ce registre-là, je pensais que je n’étais pas capable de chanter, point.»

 

Au-delà des coulisses 

Détenteur d’un baccalauréat en gestion à McGill et d’une maîtrise en «music business» au réputé Berklee College de Boston, Monsieur Sauvé se destinait initialement à l’envers du décor. Justement, il oeuvrera à titre de A&R (dépisteur de nouveaux talents) peu après l’obtention de son ultime diplôme. Un emploi qui lui permettra, de son propre aveu, de développer son oreille. «J’ai travaillé comme A&R jusqu’à il y a à peu près deux ans. La compagnie, c’était une librairie de musique qui vend aux industries de la pub, du film et de la télé. Moi, je m’occupais d’aller chercher des producers qui composaient la musique qu’on vendait aux clients. Je voyageais, j’allais dans des écoles, je pitchais. C’était comme des offres d’emploi. J’écoutais tous les producers qui nous soumettaient leur musique. C’était sick, c’était la job que j’avais toujours voulue. […] Je ne ferme pas la porte à travailler dans l’industrie de la musique plus tard, dans ma vie.»

Explorateur devant l’éternel, son métier lui permet aujourd’hui d’arpenter le globe avec ses propres chansons en soute. Si Geoffroy lorgne l’Europe, un territoire déjà défriché, il compte également se propulser vers le Mexique, une contrée pas si lointaine qui en pince déjà pour son répertoire. «[Dans le vidéoclip de Sleeping on My Own tourné à Oaxaca], je rencontre un chaman qui me donne du thé au mush. Suite à ça, la moitié des commentaires sur Youtube étaient en espagnol ou c’était des phrases comme ‘’come to Mexico”. Pareil sur Instagram, pareil même dans mes DMs. Il y a vraiment un genre d’enthousiasme là-bas pour ce que je fais. Sur Spotify, tu peux voir d’où proviennent tes auditeurs et le Mexique est dans le top 3 depuis le début.»

Geoffroy    (crédit : Jeremy Dionne)

«Je voulais, et depuis longtemps, finir l’album avec un sentiment d’espoir.»

– Geoffroy

 

Pour la suite, le Montréalais admet vouloir continuer dans la même veine. À moyen terme, il voudrait s’offrir une incursion en Afrique pour aller à la rencontre de ses collègues qui oeuvrent  là-bas. Déjà, sur 21 Days, la guitare revêt presque des airs de cora et nous évoque des sonorités maliennes. «C’est influencé des musiques de touareg, genre de Bobino et tout. J’adore ça. Moi je suis un immense fan d’afrobeat, de musiques africaines et de vieilles musiques haïtiennes. J’aimerais aller plus loin là-dedans. Justement, pour le prochain album, je voudrais travailler avec des pros de ça. Ce serait cool, j’aimerais raconter l’histoire, tout filmer, documenter le tout. On verra. C’est un rêve. Je sais pas, on va voir si ça se peut.»

1952
(Bonsound)
d
isponible le 1er novembre

Les 14 et 15 octobre
au Ausgang Plaza (Montréal)

Le 18 novembre
à Québec (lieu à annoncer)

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