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Les meilleurs albums de 2019 selon la rédaction
Musique

Les meilleurs albums de 2019 selon la rédaction

Sainte-Foy, KNLO (Disques 7ième ciel)

On le savait déjà capable d’ingéniosité tant au rayon des rythmes que du flow, mais Akena Okoko alias KNLO s’avère au sommet de son art sur ce second album solo. Au-delà du verre d’oreille Amadit et du groove funky de TGV ou À souhait, le rappeur fidéen et membre en règle d’Alaclair Ensemble célèbre ses origines congolaises (Ça fait mal) en plus de signer quelques-uns de ses plus importants textes en carrière. Au sommet de la pile: À l’usine, une vibrante réflexion sur la condition ouvrière, une chanson qui ne manque pas de rappeler La vie d’factrie de Clémence.  (C. Genest)


Any Human Friend, Marika Hackman (Sub Pop Records)

Dans la lignée de Lucy Dacus et autres femmes fortes du rock alternatif contemporain, la jeune Britannique est arrivée sur les scènes il y a quelques années avec du matériel très planant et grunge. Any Human Friend marque un tournant pop assumé, entre autres sur l’extrait plutôt cru et cynique The One. Ça résulte donc en un disque plus énergique (écoutez aussi I’m Not Where You Are et Hand Solo) sur lequel on ne perd pas ses repères: la chanteuse ne lésine pas sur les émotions vives, on sent une belle franchise dans les textes et un calme irréprochable dans l’interprétation. (V. Thérien)


Athena, Sudan Archives (Stone Throw Records)

Si vous n’avez toujours pas entendu parler de Sudan Archives, ça s’en vient, croyez-moi. Dotée d’une voix au timbre chaleureux à souhait et d’un talent certain pour les arrangements RnB novateurs, la chanteuse et violoniste fait ici suite à deux excellents EPs avec aplomb. Les influences ghanéennes et soudanaises se font toujours entendre dans son jeu de cordes pizzicato, mais l’ensemble est cette fois-ci beaucoup plus recherché et raffiné. Bien que plusieurs producteurs aient épaulé Brittney Parks sur l’opus, ce qui en ressort est indubitablement l’identité musicale pure et épanouie de Sudan Archives. Par-dessus tout, c’est cette évolution marquée, qui donne sa place à Athena ici. On y entend une artiste en pleine possession de ses moyens qui croît dans une direction qui pourrait la mener très, très loin. (A. Bordeleau) 


Constance, David Giguère (Mo’Fat Productions inc.)

Près de six ans après Casablanca, David Giguère nous propose Constance, un album marqué par le doute artistique et existentiel. Incapable de venir à bout de son projet d’album après plusieurs années d’écriture et d’explorations en studio, l’auteur-compositeur-interprète a failli tout laisser tomber, avant de revenir à l’essentiel, c’est-à-dire des compositions guitare-voix épurées, auxquelles il a ajouté plusieurs couches électroniques bien dosées. Si les arrangements témoignent d’une certaine inventivité, au même titre que la dynamique réalisation qu’il signe avec Jonathan Dauphinais, ce sont surtout les paroles qui marquent les esprits ici. Plus lucide que jamais, le chanteur et comédien y aborde ses appréhensions de la trentaine à travers des textes sincères, relatant ses amours perdus, ses blessures intérieures et ces jeux de séduction qui le consument. (O. Boisvert-Magnen)


Les bruits de la ville, Voyou (Disques Entreprises)

Voyou, c’est le projet solo de l’auteur-compositeur-interprète Thibault Vanhooland, un Ch’ti de Lille délocalisé à Paris qui a d’abord appris la trompette et la basse avant de trouver sa voie. Inspiré par la musique brésilienne d’une autre époque, le multi-instrumentiste drape sa mélancolie de percussions inventives, de samba et de bossa nova. Consolantes et ensoleillées, ses chansons tranchent dans une mer de folk planant, de nu disco sucré et d’électro éthéré. Ce type-là n’a que faire des modes: il a trouvé sa propre recette. (C. Genest)


Norman Fucking Rockwell!, Lana Del Rey (Universal Music)

À la sortie de l’album plus tôt cette année, je disais que les gens qui n’aiment pas Lana Del Rey allaient peut-être s’ouvrir à sa musique grâce à ce disque riche, probablement son meilleur en carrière. Fidèle à son habitude, elle est ici séductrice, mais son interprétation est dans la nonchalance. Le registre est classique, les arrangements sont tout en délicatesse. On la sent très émancipée sur cet album et elle se permet des petites coquetteries: un peu de country sur le titre Mariners Apartment Complex et du trip-hop sur son entraînante reprise de Doin Time du groupe punk-reggae Sublime. Une grande réussite. (V. Thérien)


America, Vol. 2, Alaclair Ensemble (Disques 7ième Ciel)

«Maman a pas élevé une tête de pus», scande fièrement KNLO sur Canidés. Force est d’admettre qu’il n’a pas tort, et on pourrait même étendre ce compliment aux figures maternelles de toute la formation. Avec America, Vol. 2, les minces d’Alaclair reviennent à un son plus minimaliste, un peu moins produit, et c’est dans ce contexte qu’on peut profiter encore plus de la plume incisive de ces vétérans du rap québ. Le groupe voyage de style en style avec toute l’habileté de gymnastes du verse qu’on leur connaît. Bien qu’il s’agisse d’un mixtape, composé et enregistré à gauche et à droite en pleine tournée, cet humble chroniqueur musical ose dire l’indicible: j’ai trouvé ça nettement plus intéressant que Les frères cueilleurs ou Le sens des paroles. (A. Bordeleau)


Citadelle, LaF (Disques 7ième Ciel)

Sur ce deuxième opus (et premier sous 7ième Ciel), le sextuor LaF témoigne de sa capacité à créer de bonnes chansons à la structure irréprochable, fruit d’un effort concerté ayant permis aux trois rappeurs (Bkay, Mantisse, Jah Maaz) de fusionner leurs styles fort distincts de façon naturelle. Avec leurs flows mélodieux et leurs textes aussi rêveurs que terre-à-terre, bien souvent empreints d’un lexique assez poussé sur les éléments naturels, la formation saisit avec une approche musicale étonnante, qui a souvent plus à voir avec la pop ou le folk (tout particulièrement Louis-Jean Cormier dans le cas de Mantisse) qu’avec la tradition rap. En charge de la réalisation, Bnjmn.Lloyd (l’un des trois producteurs de la formation aux côtés de BLVDR et Oclaz) fait preuve d’un savoir-faire épatant, mariant dans un cadre plus organique que synthétique des ambiances soul, trap et ambient.  (O. Boisvert-Magnen)


Outer Peace, Toro y Moi (Carpark Records)

Le prolifique Toro y Moi repousse les limite de sa propre créativité sur ce sixième album studio, une proposition raffinée qui le fait passer au niveau supérieur. Libéré de toutes contraintes, le producteur américain joue de sa voix avec adresse, usant de falsetto organique (prenante Fading) et de manipulations synthétiques pour trafiquer son timbre, sa façon de chanter. Moins mollo et typiquement chillwave que ses prédécesseurs, l’opus s’avère sérieusement rythmé, comme sur-mesure pour un party maison où James Murphy officierait derrière les platines. (C. Genest)


Crushing, Julia Jacklin (Polyvinyl Records Co)

Julia Jacklin est l’une des grandes révélations musicales de l’année. Sur son deuxième disque, l’Australienne réussit à livrer de grands textes qui révèlent toutes les zones grises des sentiments amoureux. Si l’on se fie aux deux grands hits de ce disque – Body et Don’t Know How To Keep Loving You -, c’est la délicatesse et le rythme lent qui séduit. Mais sur Pressure To Party, un titre plus énergique, son univers se colle davantage à une Angel Olsen, par exemple. L’album est un joyau universel et intemporel. (V. Thérien)


Snaxx, Mndsgn (Stones Throw Records)

Sans surprise, ce nouveau disque de Mndsgn est un chef-d’oeuvre de beatmaking à la sauce angeline. Celui qui nous a habitué à des sorties d’une qualité exceptionnelle persiste et signe avec un panorama musical confortable mais malgré tout inventif. Les échantillonnages sont choisis avec parcimonie et les synthétiseurs qui y sont superposés sont traités d’un mixage irrévérencieux qui donne à l’ensemble une unité de premier ordre. Le maître du downtempo déconstruit également plusieurs samples en les faisant jouer à la moitié de leur vitesse, donnant une saveur presque aquatique aux timbres vieillots. Tout en douceur, Snaxx s’écoute aussi bien avec une oreille attentive que distraitement, en toile de fond. (A. Bordeleau)


American Football (LP3), American Football (Polyvinyl Records)

Groupe pionnier de la première vague emo de la fin des années 1990, American Football nous revenait il y a trois ans avec un deuxième album inespéré. Près de 15 ans après avoir annoncé sa séparation, la formation de l’Illinois avait alors constaté l’ampleur du culte l’entourant. Pour la suite des choses, le quatuor avait le mandat de garder la cadence et, surtout, de ne pas ternir son mythe. Lancé en mars dernier, ce troisième album homonyme (rebaptisé LP3) réussit haut la main l’exigeante mission à travers son mélange bien homogène de indie rock, de post-rock et de emo. Mené par les guitares mélancoliques de Steve Holmes et Mike Kinsella, toujours aussi captivant avec sa voix nonchalante aux instants sensibles et vulnérables, American Football présente ici neuf longues pièces qui s’imbriquent comme une seule puissante chanson-fleuve d’une douce intensité. (O. Boisvert-Magnen)


Assume Form, James Blake (Polydor) 

James Blake est incapable de pondre une mauvaise chanson! Il n’est pas, non plus, du genre à refaire le même disque, du genre à se répéter. Sans se dénaturer, reléguer ses sonorités si distinctives au rancart, l’as de l’électro gorgée de soul s’aventure en terrain hip hop (Mile High, Where’s the Catch) en plus de tendre une perche à la reine du néo-flamenco, l’envoûtante Rosalía. Avec Assume Form, le Britannique termine la décennie comme il l’a entamée: au-devant des autres, à l’avant-garde. (C. Genest)


Roman-savon, Mathieu Bérubé (Indépendant)

C’est un disque riche et sensuel qui est passé sous le radar, mais qui vaut certainement l’écoute. Sorti en plein été, Roman-savon, réalisé par le ténébreux Antoine Corriveau, est une oeuvre qui présente des relations interpersonnelles délibérément exagérées. Les très beaux arrangements (cordes, instruments à vent) se marient à merveille aux envolées vocales qui ont de la grande classe. À écouter si vous voulez découvrir une nouvelle voix de la chanson québécoise. (V. Thérien)


Infest The Rat’s Nest, King Gizzard & The Lizzard Wizzard (Fightless Records)

Composé, joué (garroché?) et mixé dans la plus pure tradition thrash métal, ce second disque de 2019 pour les prolifiques australiens de King Gizzard y va aux toasts, comme on dit. Avec un message environnementaliste (Open your eyes and see / There is no Planet B) en plein dans l’air du temps, les 7 musiciens regardent tout de même par-dessus leur épaule pour nous livrer un album qui aurait eu tout autant sa place dans des bars enfumés par la clope et le Spray-Net en 1983. Guitares grinçantes au possible, solos stratosphériques, explosions de cymbales, cris à la fois aigus et gutturaux, tout y est. La pédale est au plancher du début à la fin, le compteur de BPM ne dérougissant jamais très longtemps. Un vrai bijou pour les trippeux de guitares. (A. Bordeleau)


When We All Fall Asleep, Where Do We Go?, Billie Eilish (Interscope)

En 2019, personne (à part peut-être Lizzo) n’a bouleversé les codes de l’industrie comme Billie Eilish. Indéniablement en voix, mais portée par une sincère envie d’innover, la prodigieuse musicienne de 17 ans n’a que faire des frontières de styles, elle mélange tout: pop, EDM, trap, jazz… Avec sa dégaine goth, son goût du risque, ses compositions cinématographiques à souhait et ses interprétations à fleur de peau, la Californienne risque fort bien de marquer sa génération de façon durable. On l’aura à l’oeil. (C. Genest)


Deviancy, Backxwash (Grimalkin)

À peine huit mois après Black Sailor Moon, une prometteuse entrée en matière, la rappeuse et productrice montréalaise Backxwash nous présentait Deviancy, un deuxième projet à l’esthétique encore plus virulente. Totalement en contrôle de sa proposition rap acrimonieuse, qui n’est pas sans rappeler certains des meilleurs moments de Death Grips, la rappeuse et productrice montréalaise d’origine zambienne brasse la cabane du hip-hop québécois avec sa verve redoutable, souvent agressive, et ses thématiques sociales actuelles, qui condamnent le patriarcat et l’omniprésence de la religion au profit d’une identité transsexuelle aux idéaux révolutionnaires. Encore très méconnue, Backxwash fait partie de ces artistes malheureusement confinés à l’underground montréalais, mais qui avec un peu de persévérance, finiront fort probablement par obtenir un certain succès ailleurs dans le monde. En attendant, elle amène un vent de fraîcheur à notre scène rap. (O. Boisvert-Magnen)


Nikamu Mamuitun – Chansons rassembleuses, artistes variés (Instinct Musique)

Si la plupart des albums de type compilation sont souvent décousus par son manque d’homogénéité, ce disque-ci est tout le contraire: sa grande réussite – comme le titre l’indique – est dans l’unisson. Le disque, enregistré suite à des rencontres de création entre des artistes autochtones (Matiu, Karen Pinette-Fontaine, Ivan Boivin, Scott-Pien Picard) et des artistes allochtones (Marcie, Chloé Lacasse, Cédrik St-Onge, Joëlle Saint-Pierre), laisse la place à chaque artiste de briller. Le registre est tout en chanson, avec des élans folk, rock ou country. C’est accrocheur, c’est parfaitement vivant. Et on nous dit que le spectacle qui accompagne ce disque est fort émouvant. (V. Thérien)


Mi-tronc, mi-jambe, Victime (Michel Records)

Véritable nouvelle coqueluche du post/dance-punk québécois, le trio Victime a fait suite cette année à son premier disque avec un vif EP d’à peine 20 minutes. Mais s’il est court, Mi-tronc, mi-jambe ne manque pas pour autant de substance! Persévérant dans la trame abstraite aux rythmes asymétriques et aux timbres trafiqués amorcée sur La femme taupe, la formation livre un 6 titres dense, rempli de textures brutes et de stridence contrôlée (à peine). Si les 15 premières minutes coupent le souffle par la vélocité et l’intensité des morceaux, une Interlude bien méritée vient rassurer le tympan avant une attaque finale qui défonce tout sur Conférence de presse. Une oeuvre rudement bien ficelée, où on sent une attention au détail et au pacing qui fait honneur au groupe. (A. Bordeleau)


Bandana, Freddie Gibbs & Madlib (Keep Cool/RCA Records)

Tout ce que touche (ou presque) Madlib se transforme en or. En plus de 25 ans de carrière, le producteur et multi-instrumentiste californien a repoussé ses limites créatives sur des dizaines et des dizaines d’albums, de beat tapes et de singles. Mais, dernièrement, celui à qui on doit le classique du hip-hop alternatif Madvillainy a réussi à calmer ses ardeurs expérimentales, et à livrer un projet plus concis et accessible aux côtés de Freddie Gibbs, redoutable rappeur natif de l’Indiana qui aborde en toute connaissance de cause des thématiques aussi joviales que le trafic de stupéfiants, la culture des armes à feu et les bains de sang qui en découlent. Sur Bandana, deuxième morceau d’une trilogie entamée en 2014 avec le tout aussi excellent Piñata, les deux acolytes retrouvent leur complicité naturelle et accouchent d’un des albums rap américain les plus bruts et percutants des dernières années. (O. Boisvert-Magnen)

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