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Marie-Gold se donne le droit d'être gentille et en colère
Musique

Marie-Gold se donne le droit d’être gentille et en colère

Les références dorées sont nombreuses dans l’univers artistique de Marie-Gold. Mais comme un métal précieux qu’on polit pour le faire briller, la rappeuse est prête à révéler le fruit de son travail d’orfèvrerie avec un premier album, Règle d’or

Si elle avait tout fait sur son premier EP Gold: Une mélodie en solo, cette fois elle s’est entourée d’une pléiade de beatmakers (Désir Lister, mammouth, Daysiz, Mowley, DJ Kool, 2300.wav, Déjà Vu) et de musiciens (Francis Leduc-Bélanger, Sarah-Judith Hinse-Paré, Karolanne Carbonneau, Olivier Bernatchez, Mathieu McConnell, Clément Langlois-Légaré, David Osei, Étienne Dupré) pour lui fournir la base de ses chansons. «J’aime vraiment recevoir des beats et faire des arrangements dessus, de pouvoir jouer dedans. Je pense que c’est là que j’ai trouvé ma zone de confort, et encore mieux, d’être dans le studio avec le producer et qu’on essaie des affaires ensemble», nous dit-elle au téléphone par un jour venteux. 

Au-delà des collaborations fructueuses, la rappeuse a réussi à endisquer tous ses textes préférés composés dans la dernière année et demie. Des aspects qui la rendent très fière: «Je suis contente qu’ils aient pu être là. Je pense que c’est de m’être entourée de collaborateurs, de musiciens et d’avoir des beats et des musiques riches, variées et surprenantes. C’est aussi d’avoir travaillé ma plume, ma voix, ma personnalité, mais aussi d’avoir travaillé fucking les beats aussi.»

Tout ça s’entend: on retrouve des ambiances sonores éclectiques, des rythmes efficaces et le flow typique de Marie-Gold.  

La création de l’album s’est déroulée en studio, la plupart du temps. «J’ai enregistré des voix dans des studios, dans ma chambre… J’ai fait la dernière voix dans mon garde-robe à 2 heures du matin la veille des masters. C’était l’énergie de la fin: il faut que cette ligne là soit sur l’album!, s’exclame la rappeuse qu’on a d’abord connue au sein du groupe Bad Nylon. C’était pas un processus traditionnel d’album, c’était vraiment de l’exploration et ça m’a permis de mieux savoir ce que je voulais pour la suite.»

Difficile pour elle de choisir une track favorite: «Ça change à chaque jour. La seule règle, je trouve que musicalement et sur plein d’aspects, elle est vraiment géniale. Pousse ta luck, il y a quelque chose que de façon personnelle, j’ai réussi à cerner dans le texte. Et je trouve que le beat a permis de faire ressortir quelque chose d’authentique et d’original. Pousse ta luck, elle m’est vraiment chère.»

Une des pièces qui se démarquent, c’est bien Goéland. Solide toune de party que Marie-Gold a créée après une semaine de débauche. La rappeuse voulait absolument un featuring. Rapidement, Kirouac s’est imposé car les deux devaient aller en studio ensemble. «On dirait que je voyais un featuring épique: un triangle représentatif de la musique émergente à Montréal, avec des personnalités différentes, des musiques différentes. J’ai écrit à Lydia sur Messenger et finalement on a été en studio. Son énergie est tellement appropriée pour la track!» s’exclame-t-elle, visiblement fière du résultat. 

Sur Mémoire, la beatmaker-parolière ne cache pas son féminisme et le fait qu’elle s’assume, même si certains le lui ont déjà reproché.

Tout est parti d’un article dans La Presse où Steve Jolin, le fondateur de 7e ciel, y allait de cette phrase sans équivoque: «Je ne vais pas baisser mes standards de sélection juste pour avoir une femme sur mon label.»  Marie-Gold avait alors répliqué dans un rap sur son compte Instagram. «J’exprimais de la colère. Je ne suis pas en train de dénoncer la plus grosse injustice sociale et essayer de partir un mouvement de rébellion contre quiconque, précise-t-elle. J’étais juste en train d’exprimer une émotion, et ça faisait tellement réagir… Le rap, c’est une forme d’émotion.» 

J’exprimais de la colère. Je ne suis pas en train de dénoncer la plus grosse injustice sociale et essayer de partir un mouvement de rébellion contre quiconque. J’étais juste en train d’exprimer une émotion, et ça faisait tellement réagir… Le rap, c’est une forme d’émotion.

 

Un passage ressort particulièrement du lot:

Les gentilles filles ont aussi le droit d’être en colère
Mais t’oublies de te contenir il faut le reconnaître
Les gens exagèrent, pardonne-leur
Et moi j’ai pas genrifié l’rap, parole d’honneur

« Mémoire, je l’ai écrit après avoir publié un diss track sur Steve Jolin. J’avais besoin de m’exprimer par rapport à ça et pas d’attaquer Steve. Ça avait tellement choqué!», se souvient-elle. 

Elle l’a appris sur le tas disons, que d’avoir des émotions ne changeait pas sa valeur en tant que personne. «J’espérais que ça permette à des filles de se reconnaître là-dedans, que ça permette à des filles qui sont super smatt, super intelligentes, de se donner le droit d’être en colère. Juste exprimer ses émotions, criss!» 

Et le fait d’être une femme qui fait du rap ne devrait pas changer la perception sur son art, au contraire. Parmi les commentaires qui la lassent: «C’est quand on assume que le fait d’être une fille c’est difficile. Nos expériences sont toutes tellement différentes. En ce moment aux États-Unis, il y a plein d’exemples de femmes artistes qui percent. Je pense que c’est de tout de suite être mise dans cette case. Que le fait que je sois une femme rend plus difficile mon parcours, alors qu’en tant qu’individu, je struggle avec des trucs personnels extérieurs au fait que je sois une femme, même si ça teinte mon expérience». 

Règle d’or de Marie-Gold paraîtra le 27 mars sur la Coop Les Faux-Monnayeurs.

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