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Avec Carte mère, Catherine Major explore un nouveau genre
Musique

Avec Carte mère, Catherine Major explore un nouveau genre 

Pour ce nouvel album, Catherine Major a expérimenté avec les touches du clavier d’ordinateur. Avec Carte mère, la pianiste laisse la place aux machines!   

Catherine Major passe le confinement avec sa famille chez elle en Estrie. Entourée de ses quatre enfants et de son chum, elle observe l’état du monde avec un regard incertain. La musicienne qui fait glisser ses doigts sur les touches noires et blanches depuis l’âge de quatre ans se questionne sur son métier. Comment faire survivre la culture, alors qu’elle était déjà blessée, un genou par terre. 

«C’est le moment de se questionner. On a beau partir des mouvements – on embarque, on signe, on pétitionne, on fait des capsules – il reste que ça ne trouve pas écho très vite de façon générale. Il n’y a pas de solidarité au niveau du peuple, se désole-t-elle. Il y a plein de gens qui y croient, je le sais, de gens qui sont prêts à acheter, mais malheureusement, ce n’est pas la majorité. Ça prend un mouvement de masse si on veut qu’il se passe quelque chose…» 

Ces jours-ci, elle fête son 40e anniversaire en quarantaine et sort un nouvel album, cinq ans après La maison du monde. «Je viens d’avoir 40 ans et je vis ça comme je peux! Je suis passée par toutes sortes d’émotions. Des fois, je suis un peu angoissée par rapport à ma compréhension de tout ça. Je n’ai pas tant que ça l’impression de comprendre ce qu’il se passe et comment ça va se solder, se résoudre», dit-elle, en entrevue au début du mois de mai. 

Explorations musicales

Avec Carte mère, la pianiste défriche un nouveau territoire qu’elle avait envie d’explorer depuis quelque temps: «J’ai toujours été attirée par les machines. J’aime le groove que ça produit. Il m’est souvent arrivé de faire des tounes au piano et d’essayer d’expliquer à mon batteur ce que je voulais comme beat». Il y a quelques années, elle a assouvi cette envie en se procurant un ordinateur assez puissant pour y installer les logiciels de compositions de musique électronique. 

Les thèmes sont assez universels: la fraternité, l’amour, la religion… Ce sont des sujets qui touchent tout le monde, même si on les vit de façon différente.

Autodidacte, elle a appris comment créer avec les touches du clavier. «Le but était de composer d’une différente façon, en partant de grooves que j’entendais. Après, l’aspect mélodique est autant important, depuis toujours. Les chansons ont vraiment été dressées dans un ordre particulier, en mettant des mots par dessus.» Jeff Moran, son mari, a écrit tous les textes, sauf un. Avec la contrainte de devoir poser des mots sur des mélodies déjà fixées. «Les thèmes sont assez universels: la fraternité, l’amour, la religion… Ce sont des sujets qui touchent tout le monde, même si on les vit de façon différente», croit Catherine, pour qui l’album est également extrêmement personnel. 

Son processus créatif a autant été marqué par la vie que la mort. La chanson qui ouvre l’album, Bateau bleu, fait référence au moment où elle a appris qu’elle attendait un quatrième enfant. 

 Je suis blanche, mais pas étanche / Quand tu me dis que tu entres / Tu sais qu’on est beau / Mais ça chante dans mon ventre / Quand je reste sourde et ample / Comme la cale d’un bateau

«Mon chum a écrit le texte de la chanson alors qu’on venait tout juste d’apprendre la nouvelle. Ça parle à cet enfant qui est dans mon ventre, se remémore la pianiste. C’était un choc! On était très heureux. C’est comme si Carmen, qui a maintenant 9 mois, avait composé avec moi, qu’elle était présente tout le long. La pièce Bateau bleu est au centre de cet album.» 

Le décès de Lucie, une amie de très longue date emportée par un cancer fulgurant, habite également l’album avec la chanson très émouvante Tableau glacé. «Dans un moment d’émotion extrême, j’ai composé cette mélodie pour elle. J’ai écrit les mots dessus… Ça n’a pas été plus compliqué que ça, raconte-t-elle avec émotion. Je n’ai pas eu le courage de lui chanter, de lui montrer que je savais qu’elle allait partir. C’était très dur pour moi de lui montrer ce point de vue, mais elle aurait trouvé ça tellement beau.» 

Toujours mère

Les moments d’intensité marquent l’album Carte mère et se retrouvent amplifiés par les «grooves» – comme elle les appelle -, ces sons électros qui viennent habiller les mélodies. Et à l’opposé de la machine: un orchestre, qui vient ajouter une touche organique à l’ensemble. 

Le titre de travail a longtemps été Sanglot orchestral, mais la musicienne trouvait que c’était trop pompeux. C’est au détour d’une conversation avec son amoureux que Carte mère a émergé: «Mon chum me parlait de pochettes, et on parlait de machines. On se disait que ce serait cool un genre de motherboard… On avait trouvé quelque chose: carte mère! Ça m’a aidé à assumer la proposition plus électro.» 

Sans oublier le double sens, elle qui est devenue mère une quatrième fois pendant la production de cet opus. «La maternité a toujours été au centre de ma vie, je ne peux pas faire fi de ça», conclut-elle.

Carte mère paraît le 15 mai sur étiquette Audiogram. 

Pour marquer la sortie, un lancement virtuel aura lieu en compagnie de Catherine Major, en direct de chez elle. Elle jouera quelques pièces en version piano-voix et deux danseurs livreront une performance. Son amie Marina Orsini sera également de la partie. Tous les détails ici

 

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