Ne manquez rien avec l’infolettre.
Q-052
Musique

Q-052

Chaque semaine, en partenariat avec la très cool et pertinente plateforme numérique Nikamowin (une initiative de Musique Nomade), nous vous présentons le profil d’un ou d’une artiste autochtone à découvrir immédiatement. 

Issu d’une réserve gaspésienne, le rappeur engagé Q-052 utilise sa musique pour faire passer des messages forts, brisant le silence sur les injustices et problèmes sociaux qu’il a pu observer tout autour de lui en grandissant à Gesgapegiag. Il a fait paraître Rez Life en juillet dernier, un 12 titres coup de poing aux textes percutants qui lui a valu une nomination dans la catégorie Best new artist du prochain Indigenous Music Awards du Canada. Il nous parle ici de ses inspirations et de son combat contre les problèmes systémiques engendrés par la Loi sur les Indiens du Canada avec une grande éloquence.

» En concert le 22 février à la Vitrola à Montréalle 21 mars à Carleton-sur-Mer, le 22 mars à Mont-Louis et le 23 mars à Gaspé.

Nation: Mi’kmaq / Communauté: Gesgapegiag / Genre musical: Hip-Hop

Tes paroles sont lourdement chargées de connotation politique et de questions sociales. Qu’est-ce qui t’a poussé à exprimer ces problématiques dans ta musique? Est-ce essentiel à ta création de les exposer?

La réponse courte est que nos problèmes sur la réserve sont tabous. Par le passé, les médias ont toujours pris le temps de mettre en lumière les problématiques négatives dans nos communautés et ont tourné le dos à quoi que ce soit de positif. Pour cette raison, notre peuple a appris à contenir les problèmes dans la communauté, parce que nous avons peur de l’attention négative des médias. À mon avis, ce fait a créé un problème encore plus grand puisque lorsque notre peuple est confronté à des injustices dans la communauté, on ne sait pas où aller chercher de l’aide.

La violence latérale dans nos communautés est un grave problème. La Loi sur les Indiens a créé de véritables «mini-gouvernements stalinistes», sans aucune exagération. Est-ce qu’on devrait demander à nos oppresseurs (le Canada et ses provinces) de nous aider? Est-ce qu’on demande aux médias? Qui s’en soucie réellement? Je crois fermement qu’on peut seulement s’aider nous-mêmes. La première étape de toute résolution est d’identifier le problème. On doit parler de suicide et de comment le prévenir. On doit parler encore plus fort de nos femmes disparues et assassinées. On doit laisser savoir aux grosses industries qui détruisent nos terres que nous ne les laisserons pas faire. Par dessus tout, on DOIT tenir ces Conseils de Bande créé par la Loi sur les Indiens responsables pour tout ce qu’ils font derrière des portes closes.

La Loi sur les Indiens et tout ce qui vient avec a été développé par le gouvernement fédéral pour son propre profit. Avec mes paroles, je vise à briser le silence, lever les tabous et exposer la Loi sur les Indiens pour ce qu’elle est: une élimination systémique des Peuples Autochtones et de leurs modes de vie. Peut-être pouvons-nous régler tous ces problèmes en les identifiant et en en discutant en-dehors du système imposé par cette loi.

Peux-tu nous parler du territoire dans lequel tu as grandi et partager une chose spéciale ou une anecdote qui implique la communauté?

J’ai grandi à Gesgapegiag dans les année 80 alors, comme la plupart des enfants des 80’s, on n’avait ni média social, ni ordinateur, ni jeux vidéo. J’ai grandi en pêchant la truite dans un petit ruisseau sur Droken Road. Mes cousins et moi, on attrapait une bobine de fil à pêche et quelques hameçons, on soulevait des roches et des souches pour trouver des vers, puis on installait des lignes sur différents hot spots tout le long de la berge. Pendant qu’on attendait que le poisson morde, on se construisait des campements avec de vieux arbres morts, on cueillait des pommes puis on s’inventait des jeux de guerre en se les lançant dessus. Parfois on se lançait plutôt des baies, ça dépendait des saisons.

À la fin de la journée on ramassait les truites qu’on avait attrapées, on sautait sur nos bicyclettes construites de vieilles pièces de vélo et on se dirigeait chez ma grand-mère (tout le monde dans la communauté l’appelait «Mum») pour fièrement lui donner de quoi souper. Beaucoup de temps a passé depuis ces jours sans technologie, mais une chose est restée inchangée: on partage nos prises avec les gens qui ne peuvent pas aller pêcher eux-mêmes. En Mi’kmaq, le mot pour maison est «Mala». Même si je vis près de Sherbrooke aujourd’hui, je serai toujours un Mala Boy.

en vidéo: q-052 – victory sound