Musique

Retour sur Woodstock en Beauce

RETOUR SUR WOODSTOCK EN BEAUCE

On ne se le cachera pas, pour la grande majorité des gens présents dans les champs de Saint-Éphrem (70 000 l'an dernier), Woodstock en Beauce égale Woodstock en brosse. Mais aussi surprenant que ça puisse le paraître, les débordements sont extrêmement rares. C'est que durant cinq jours, les festivaliers vivent dans une micro-société ultra-libertaire où tous peuvent marcher bière et joint dans la main, acheter une poutine à 5h du mat ou circuler à 12 dans la boîte d'un pick-up. Rock on!

JOUR 1

Arrivé jeudi après-midi dans ce Wonderland de la débauche blanche québécoise (seul noir aperçu durant la fin de semaine: Ronee (ex-Race) qui accompagne Grimskunk sur scène), j'ai manqué le retour du Nombre. Quelqu'un peut-il d'ailleurs m'expliquer pourquoi le premier concert du Nombre après neuf mois d'absence fut programmé le jeudi à 11h du matin alors que les trois quarts des spectateurs n'étaient toujours pas arrivés en Beauce? Une erreur des programmateurs, qui se sont tout de même rachetés en nous offrant Fred Fortin en fin de soirée. Six mois après le concert du "bleuet" au Spectrum, la pesanteur de Planter le décor atteint son paroxysme sur scène. Accompagné de Dan Thouin (clavier), d'Alain Berger (batterie), d'Olivier Langevin et de Jocelyn Tellier aux guitares, Fred est à la tête d'un groupe au son très personnel, à la fois lourd et fragile, qui vous donne la chair de poule à l'écoute de Mélane, Scotch ou Georges (cette fameuse reprise francophone d'Inner Light des Beatles).

JOUR 2

Si Fred nous envoya au tapis la tête pleine d'étoiles, Arseniq 33 nous réveilla à 11h vendredi avec un concert agressif et extrêmement précis compte tenu des circonstances: on fait la fête à Woodstock, et les artistes n'échappent pas à la règle. Après une nuit bien arrosée et un mince quatre heures de sommeil, les membres d'Arseniq ont enfilé leurs costumes en "spandex-qui-ne-respire-pas" pour monter sur la scène du chaud chapiteau; là où le soleil frappe, contrairement au vent. Déshydratée, l'estomac en compote et les yeux encore rouges, la formation mis son lendemain de veille de côté pour 60 minutes explosives.

Si le soleil a souri aux campeurs durant presque tout le week-end, il leur a fait faux bond vendredi pendant la prestation de L'Académie du massacre. Vous auriez dû voir le portrait: Mononc'Serge et Anonymus qui acclamaient Satan, qui le leur rendait bien en larguant des éclairs sur Saint-Éphrem… Un véritable déluge s'ensuivit, transformant les champs de Woodstock en marécages et les tentes les plus cheap en pataugeuses. Alors que plusieurs contrats permettent aux artistes de déclarer forfait à la vue d'un seul éclair lors de concerts extérieurs, Bad Religion décida de jouer malgré l'orage. Une décision étonnante qui fit le bonheur d'une foule tout aussi étonnante, considérant la température.

JOUR 3

Avec les litres d'eau tombés vendredi, impossible, le lendemain, de circuler en voiture dans les champs sans s'enliser dans la bouette. Seuls les véhicules 4X4 pouvaient s'en tirer et remorquer les autos qui étaient prises. Fiers au max de leur avantage, les proprios de jeep s'en donnaient à cœur joie. On a d'ailleurs vu deux jocks en bedaine, munis de chapeaux de cow-boy et de Molson Dry conduire comme des fous sur les chemins vaseux, histoire de "beurrer le monde", comme m'a dit l'un d'entre eux… Vive la virilité!

Du côté des concerts, la journée débutait avec une nouvelle plutôt agréable pour les amateurs de musique locale. À la suite du désistement de Three Days Grace, le spectacle que devait donner Groovy Aardvark sous le chapiteau à 16h fut déplacé à 23h sur la grande scène. Les Trois Accords ont suivi Groovy à 1h alors que les Drummondvillois se trouvaient en Ontario quelques heures avant pour participer au Live 8 canadien. Les Trois Accords ont terminé Woodstock par un bain de foule quand le groupe décida de quitter la zone VIP pour célébrer avec les gens dans les terrains de camping. À 5h dimanche matin, les musiciens manquaient toujours à l'appel.

Je m'en voudrais de terminer cette chronique sans décerner une mention "trash" à Julien Mineau. Arrivé le jeudi pour jouer vers midi, le chanteur de Malajube devait quitter la Beauce le soir même, mais décida de rester pour les quatre jours. Le hic, c'est qu'il devait déménager le vendredi 1er juillet et qu'il ne possédait ni tente ni bagage; qu'une paire de jeans, un t-shirt et une tuque. Salutation aux nouveaux locataires qui sont entrés dans son ancien logement samedi pour y découvrir une chambre encore meublée.

CONSEILS CONCERT

– Parlant de Malajube, le groupe se produira le 9 juillet au Théâtre Plaza (6505, rue Saint-Hubert) avec Yesterday's Ring, Fifth Hour Hero et Fantômes fantoches formé d'Alden Penner (ex-Unicors), de Philippe Tremblay (ex-Fifth Hour Hero et Frenetics) et de Serge Nakauchi Pelletier (Pawa up First). Dare to Care s'associe au fanzine Rien à déclarer qui lancera son édition estivale le soir même. Les profits du concert seront versés à L'Action boréale et au Club des Petits Déjeuners.