

Propos recueillis au TIFF : Entretien avec un vampire
Dans Only Lovers Left Alive, de Jim Jarmusch, Tom Hiddleston, que les amateurs de films de super-héros connaissent mieux sous le nom de Loki, vilain frère de Thor, incarne un vampire romantique et torturé.
Fort d’une atmosphère de fin du monde rappelant Les ailes du désir de Wim Wenders, d’une direction artistique où la somptuosité rencontre la décrépitude et d’une bande sonore planante signée Jozef van Wissem, nouveau venu plus que prometteur, Only Lovers Left Alive met en scène deux vampires amoureux l’un de l’autre depuis des siècles. Incarnés par le ténébreux Tom Hiddleston et l’énigmatique Tilda Swinton, Adam, habitant à Détroit, et Eve, vivant à Tanger, constatent amèrement la bêtise de l’être humain – en fait, pour eux, les hommes ne sont que de vulgaires zombies. Lors de la conférence de presse cannoise, l’actrice écossaise comparait ces deux créatures nocturnes s’abreuvant de sang frais dans les hôpitaux à des animaux.
« Il y a en effet un côté animal chez Adam et Eve, confiait Hiddleston en entrevue samedi après-midi au Festival International du Film de Toronto. Nous en avons d’ailleurs beaucoup parlé; pour nous, ce sont des créatures d’une beauté sauvage que Jim Jarmusch souhaitait raffinées, créatives, poétiques et sophistiquées. D’une certaine façon, tous deux incarnent la quintessence de l’artiste, mais même s’ils traversent les époques, ont vécu les grands moments de l’histoire, au fond, ce sont des animaux sauvages. C’était excitant à jouer. Je me sentais vraiment comme un loup rôdant seul dans les rues de Détroit la nuit lorsque que nous tournions avec une équipe réduite, c’est-à-dire, Jim, le directeur photo Yorick Le Saux et un ingénieur du son. »
Bien que Dead Man soit de loin son film préféré de Jim Jarmusch, en raison de sa poésie et de sa trame sonore, c’est en découvrant Ghost Dog – The Way of the Samurai à l’âge de 16 ans, époque où il a commencé à s’intéresser aux films sortant des sentiers battus, que Tom Hiddleston a eu le coup de foudre pour le cinéma de Jarmusch. Il n’est pas étonnant de le voir si à l’aise dans cet opus d’un romantisme gothique, truffé d’amusantes réflexions sur l’art et la science, à des lieues de l’insipide et médiocre franchise Twilight.
« Nous avons beaucoup travaillé nos personnages. Je me suis préparé durant six semaines avant de tourner. J’ai fait plusieurs recherches sur les nombreux sujets que pouvait connaître Adam à chaque époque de sa vie. J’ai lu sur la vie et l’oeuvre de Tesla, j’ai écouté Schubert et Bach, j’ai joué de la guitare, j’ai relu Hamlet, Byron et Shelley. Lorsqu’on s’investit autant dans un personnage, celui-ci commence étrangement à devenir une seconde peau. Je suis arrivé sur le plateau fort de la musique et de la poésie où je m’étais plongé; en mettant la perruque, en m’habillant de cuir, en me retrouvant dans les rues de Détroit, Adam est alors venu au monde. »