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Bien à vous, le duo qui convainc Evelyne Brochu de se jeter dans le vide
Cinéma

Bien à vous, le duo qui convainc Evelyne Brochu de se jeter dans le vide

Les filles de Bien sont passées dans les bureaux du Voir pour jaser de l’évolution de leur studio, de leurs méthodes de travail tout en douceur et de leur nouveau clip avec Evelyne Brochu.

On a d’abord connu Jeanne Joly et Patricia Lanoie comme graphistes, avec leur ligne de papeterie vraiment coquette. Leur sens esthétique aiguisé, cette palette pastelle et douce, se répand aujourd’hui sur toute une collection de vidéoclips. Un portfolio encore neuf garni des minois de Pierre Lapointe, Safia Nolin, Félix Dyotte et, bien sûr, Evelyne Brochu. 

Dans un domaine (celui de la vidéo) saturé de dudes, Patricia Lanoie et Jeanne Joly font l’effet d’une brise fraîche dans un appart sans clim au mois de juillet. Elles s’y sont taillé une place tranquillement, de fil en aiguille. «Ça va faire trois ans au mois de mai qu’on a parti le studio. Moi, je faisais la direction artistique chez Dare to Care, affirme Jeanne. Je supervisais tout ce qui était visuel pour tout le catalogue: les pochettes, les clips, les photos promo, tout ça. C’est moi qui mettait les musiciens en contact avec des artistes visuels. À la base, j’ai fait mon DEC et mon bac en graphisme donc ça fittait. C’est comme ça que j’ai rencontré Pat parce qu’elle, elle était l’assistante personnelle de Coeur de Pirate.»

Après avoir ajouté son grain de sel à des parutions en voie de devenir cultes comme Maladie d’amour de Jimmy Hunt, Jeanne a pris une grosse décision: celle de se lancer à son compte et aux-côtés de sa nouvelle BFF. Bien à vous est né de cette quête d’indépendance-là.

Depuis, elles ont attiré l’ire de la sympathique Sophie Durocher et même eu droit à leur petit clin d’oeil dans le Bye Bye pour leur collaboration avec Safia Nolin, le vidéoclip de Lesbian Breakup Song paru l’été dernier. Les marchandes d’images se sont imposées dans l’imaginaire collectif québécois, mais les temps sont encore durs. Les success story artistiques ne sont toujours tels qu’on les croit. Patricia, sans aucun filtre, avoue: «Avant d’arriver [au bureau du Voir pour notre entrevue], on avait justement une discussion du genre ‘’ah, qu’est-ce qu’on va faire avec l’argent cette année?”. Tout le monde pense qu’on roule sur l’or parce qu’on travaille avec les plus grands artistes du Québec, mais c’est loin d’être le cas. […] On s’est endettées en 2019 pour travailler.»

 

Faire du beau pour la pub

Pour s’assurer un revenu décent, tout en continuant de magnifier nos artistes, le duo s’est donné comme résolution de se frotter à la pub. Des contrats «peut-être moins créatifs, mais plus lucratifs» qui les mèneront néanmoins à embellir notre télé et nos fils Instagram de leur touche distinctive, de ce je-ne-sais-quoi qui apaise. 

Au-delà des délicats bouquets que Jeanne et Patricia composent, de leurs collages animés d’une grande poésie, la douceur s’avère à la base même de tout ce qu’elles touchent. «Dans l’équipe avec qui on travaille, le plus important pour nous, la qualité qu’on recherche, c’est vraiment la bienveillance et le calme sur les plateaux, résume Jeanne. C’est pas des milieux où ça s’est souvent vu. C’est en réaction [à ce qu’on a vécu dans nos vies antérieures] qu’on travaille comme ça maintenant. Il y a des tournages où on n’a pas eu de fun! Je pense qu’on arrive avec une vision créative qui nous est propre, mais aussi avec une attitude zen. L’affaire la plus importante pour nous, c’est que ceux avec qui on travaille soient bien, à l’écoute et professionnels. Pas dans l’impatience ou dans le jugement. Personne ne se prend trop au sérieux.»

«Tout le monde est assez humble, d’ajouter Patricia. On ne sauve pas des vies, on fait de l’art.»

 

Montréal sous toutes ses coutures

L’inspiration, pour les deux grandes amies et collègues, peut germer n’importe où, du moindre objet, d’un immeuble croisé au détour d’une rue. Elles s’émerveillent de petits riens, du décor qui les entoure et que les autres ne remarquent souvent même plus. Jeanne, comme Patricia d’ailleurs, fait perpétuellement du repérage. «Souvent, on a comme des flashs pas rapport. On se promène, on voit un édifice et on se dit ‘’ce serait le fun de filmer là un moment donné!’’ On voit une fleur et on se dit: ‘’ce serait le fun d’utiliser ce type de fleur-là’’. Ça part souvent de micro détails, […] d’architecture ou de la faune, la flore.»

Dans le vidéoclip pour Maintenant ou jamais, celui qui nous a révélé Evelyne Brochu sous des traits de chanteuse, elles se transportent à la fenêtre du Marriott Château Champlain, 1050 rue de la Gauchetière et en plein centre-ville, un endroit qui depuis longtemps les inspirait. 

«Dès que tu mets une caméra sur elle, Evelyne devient magique.»

Neuf mois plus tard, l’actrice et interprète revient à cet hôtel et en sort, s’élançant à la façon d’une funambule et sous un ciel bleuté au son de sa chanson intitulée Difficile. Inspiré par Man on Wire, le documentaire retraçant l’exploit du Philippe Petit entre les deux tours du World Trade Center en 1974, le court film propulse Bien à vous vers d’autres sommets, des zones que Patricia et Jeanne n’avaient jamais explorées jusqu’ici: les effets spéciaux. « Lorsqu’on tourne, d’habitude, on le voit dans le moniteur. Cette fois, il a fallu attendre des mois avant de voir le résultat final. […] On est prêtes à le sortir, là. On se sent comme des femmes enceintes qui auraient trois semaines de retard.»

// À voir aussi: Le monarque des Indes de Pierre Lapointe, un autre clip réalisé par Bien à vous

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