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Après des années de danse innovante : Benoît Lachambre remporte le Grand prix de la danse de Montréal
Scène

Après des années de danse innovante : Benoît Lachambre remporte le Grand prix de la danse de Montréal

Le  second Grand prix de la danse de Montréal vient valider l’importance du travail du Québécois Benoit Lachambre. Assorti d’une enveloppe de 50 000 dollars, il nous donne l’occasion de souligner la spécificité de son apport à l’art du mouvement.

C’est parce qu’il a présenté Snakeskins au cours de la saison 2012-13 que Benoit Lachambre était en lice pour l’obtention du prix remporté l’an dernier par la Belge Anne-Teresa de Keersmaeker. Comme Délire défait, Forgeries, Love and Other Matters, Body-Scan ou Is you Me, cette succession impressionnante de subtiles métamorphoses témoigne de la recherche somatique qu’il mène plus spécifiquement depuis 1991: visant l’hyper éveil des sens, il travaille des états de corps à partir de la respiration, des mouvements énergétiques et fluidiques ou des perceptions cutanées, laissant sa danse subir les influences de l’imaginaire et de l’environnement. Pas toujours faciles à saisir, ses œuvres singulières font de la représentation un champ d’expérimentation où le geste résonne parfois jusque dans la chair du spectateur amené à renouveler son regard sur le corps.

«Mes souvenirs les plus anciens sont des souvenirs de danses et des transes qu’elles provoquaient en moi, raconte Lachambre pour retracer l’origine de son intérêt pour la somatique. Depuis ma petite enfance, mon imaginaire et mes rêves sont aussi marqués par un symbolisme proche des spiritualités autochtones avec des danses, des cercles d’esprits, des loups… et j’ai appris il y a quelques années que mes arrière-grands-parents maternels étaient métis. Alors je pense que le travail somatique répond à un besoin d’exprimer cette part inconnue de mes racines car il crée des liens entre le corps et l’univers onirique et symbolique en réveillant beaucoup de mémoires cellulaires et il permet de donner du sens à un certain nombre de choses sans passer par le rationnel. Aussi, je suis le dernier d’une famille de 11 enfants et plusieurs de mes frères et sœurs sont décédés, ce qui fait que j’ai toujours eu un pied dans ce monde et un autre dans celui des esprits. Tout ça peut paraître fou ou impossible; c’est la réalité qui se dévoile à moi.»

Cette dimension ésotérique de la démarche artistique de Benoit Lachambre s’étoffe d’une vision politique avec le désir de rétablir l’unité du corps et de l’esprit et de réhabiliter l’animalité dans la danse pour ancrer l’humain dans le vivant plutôt que dans une dynamique politico-économique. «J’ai toujours été en rébellion contre le colonialisme et l’impérialisme auquel j’ai identifié le ballet classique qui hiérarchise le corps, qu’il dénature en l’idéalisant, et les relations au sein du groupe. Or, si on veut survivre en tant qu’espèce, il est nécessaire de modifier notre regard sur l’environnement et sur notre corps; le travail somatique nous offre des clés pour cela: en aiguisant les perceptions et les sens, il permet de dégager certaines tensions dans le corps social et politique des individus et, d’une certaine façon, nous redonne du pouvoir.»

Comparant sa pratique à une forme de chamanisme, Lachambre fonctionne en collégialité avec les artistes tels que Meg Stuart, Louise Lecavalier, Su Feh-Lee, Hahn Rowe ou Clara Furey qu’il invite au sein de la compagnie Par B.L.eux qu’il a fondée en 1996. Et il se garde bien de jouer les gourous dans les ateliers très prisés qu’il donne principalement en Europe où la reconnaissance de son talent a été plus évidente et plus massive qu’au Canada.

«Je ressens toujours énormément de fierté et de satisfaction à partager ma façon de travailler et à voir les transformations et les réflexions que ça suscite chez les individus. Parce que quand on s’adresse à ce qu’il y a dans les replis du corps, on fait bouger un tas de choses et ça change notre façon de voir le monde et de penser. Pour moi, ce Prix m’indique qu’il y a place pour mon travail et que j’ai le droit de demander du soutien pour le poursuivre parce que s’il est reconnu, c’est qu’il répond à une nécessité plus globale que la mienne.»

Autre Québécois à l’honneur des Prix de la danse de Montréal cette année, Daniel Léveillé reçoit le Prix du CALQ – Meilleure oeuvre chorégraphique de la saison artistique 2012-2013 pour l’excellente pièce Solitudes Solo.

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