Le pari est lancé. En choisissant de s'associer à Bertrand Cantat qui jouera dans son prochain spectacle Le Cycle des femmes, le metteur en scène Wajdi Mouawad arrivera-t-il à réhabiliter le controversé Français? Permettra-t-il au public de revoir «l'artiste» et non le batteur de femmes?
Chose certaine, les intentions de Mouawad sont limpides. En plantant Cantat dans un spectacle basé sur trois pièces de Sophocle, trois histoires dans lesquelles la femme conteste la violence des hommes (Antigone, Électre, Les Trachiniennes), il lance un message clair et donne une chance au chanteur de Noir Désir accusé d'homicide involontaire pour le meurtre de sa copine Marie Trintignant en 2003.
Même si Bertrand Cantat a déjà travaillé avec le metteur en scène sur la pièce Ciels présentée l'an dernier au FTA, on arrache déjà sa chemise sur les réseaux sociaux. Soit on applaudit l'audace du geste, soit on incite à huer la production présentée d'abord à Athènes en juin, à Avignon en juillet, puis au TNM en mai l'an prochain.
Difficile de rester insensible devant les gestes portés par Bertrand Cantat. Même Noir Désir, miné par les conflits internes, n'a pas survécu après la libération de son chanteur.
Avec tant d'appréhension, la pièce de Mouawad, ainsi que la performance de Cantat (composition et chant), a besoin d'être magistrale.
En attendant le verdict, à quand Guy Cloutier dans une pièce contre l'abus sexuel?
Au fond, Cantat c’est le figurant. Un artiste qui a tué une femme et qui refuse de croire, au bout de sa peine, qu’il peut faire autre chose que chanter, dans la vie. Lui, on comprend qu’il ne se pardonne pas de se croire seulement un chanteur.
Le problème, c’est Mouawad et le TNM. Prendre Cantat pour nous faire un procès spectaculaire sur la violence des hommes envers les femmes, c’est bizarre. MADAME Pintal ne pouvait pas dire non. Je crains une sorte de crise de nerfs théâtrale, sur la scène et parmi les spectateurs. Une sorte de vaudeville macabre, ou l’hystérie l’emportera sur le silence tragique.
Au théâtre, seul le silence entre les mots peut en définir toute la portée.
Ce n’est pas le genre du frénétique, du volubile Mouawad.
Et les applaudissements, à la fin, ne feront pas rescusciter Marie Trintignant. Bien au contraire, et établir ainsi comme vérité suprême le théâtre, qui SE DOIT de pardonner, PARCE QUE c’est un artiste qui est au banc d’accusé, cela ressemble fort à l’infaillibilité de la religion catholique, et sa fameuse résurrection. La résurrection, ici, n’est pas pour les morts ,c’est pour les vivants, à condition qu’il soit chanteurs.Ou artistes.
On arrête pas le progrès…
Devant cette nouvelle, je ne peux m’empêcher d’être mal à l’aise. Je ne pense pas que, dans un cas comme celui-ci, on puisse séparer l’homme de l’artiste. Ce qu’il a fait a été trop important et trop médiatisé pour qu’on puisse en faire abstraction. Qu’aurait-on dit d’une pièce écrite par Moïse Thériault ou d’une chanson composée par Charles Manson? Je pense qu’il y a des infractions qui donnent un autre sens à l’oeuvre d’un artiste. Je pense que les crimes violents contre la personne font partie des comportements qui effacent la distance entre l’artisteet son oeuvre, son sens et sa représentation.
Cantat a purgé sa peine. C’est correct. Je pense qu’il devrait refaire sa vie loin du public, plus discrètement.
On le sait, Bertand Cantat ne viendra pas jouer au TNM. Banni au Canada, au Québec et rejeté en France, il traînera le boulet de son crime jusqu’à sa mort, au delà de son temps de prison effectivement accompli, au-delà d’une éventuelle réhabilitation. La violence inhumaine et barbare qu’il a infligée à Marie Trintignant, elle est imprégnée en lui à jamais. Il est incapable de s’en défaire et toutes les tentatives extérieures de l’extirper hors de lui et de la neutraliser, c’est peine perdue…Il n’a vraiment jamais pris conscience de ses actes, au plus profond de lui et, pour le reste de sa vie, il aura besoin d’une aide psychologique, de tous les instants… Impensable de le voir revivre une relation normale avec une autre femme, dans l’état où il se trouve encore. Est-il encore un artiste ou un homme qui s’accroche désespérément à ce statut, comme bouée de sauvetage? Mais, son cri de désespoir, on ne veut plus l’entendre…..