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>HUM(AI)N au Centre Phi : se (re)connaître face aux technologies

>HUM(AI)N au Centre Phi : se (re)connaître face aux technologies

Converser avec un être numérique qui développe son intelligence artificielle, danser devant un écran en symbiose avec Louise Lecavalier, se faire créer un parfum à notre image… Avec sa nouvelle exposition d’envergure >HUM(AI)N, le Centre Phi nous convie à des expériences inoubliables.

Du titre de l’exposition, on comprend tout d’abord que l’événement souhaite explorer le lien indissociable entre l’humain et la technologie. Si inhérente à nos vies aujourd’hui, la technologie souffle un vent d’innovation sans précédent depuis l’arrivée de la réalité virtuelle et de l’intelligence artificielle. Un parcours de neuf oeuvres au deuxième étage du Centre Phi dans le Vieux-Montréal prouve l’étendue des développements dans le domaine et nous permet de réfléchir sur notre propre humanité à travers l’interactivité.

Se dévoiler

Le point culminant de l’exposition >HUM(AI)N est ce dialogue fascinant avec Ophélia, une jeune entité numérique qui développe son intelligence artificielle au gré des réponses qu’on lui pose. L’expérience est une création de David Usher et Reimagine AI En conversant avec Ophélia, on participe carrément au développement de ses connaissances. Et l’expérience est très surprenante, par exemple quand Ophélia berce dans l’humour. Et c’est plutôt fascinant que de se faire demander «Êtes-vous heureuse, Valérie?» par un être qui peut nous expliquer ses notions acquises sur le bonheur, mais qui ne peut l’appliquer à elle-même.

Un autre moment fort de cette exposition est Algorithmic Perfumery, une création des Pays-Bas. On en sort un peu plus fringant ou fringante puisqu’on a la chance de repartir avec un petit flocon de notre propre parfum. Après avoir rempli un long questionnaire pour déterminer notre personnalité et nos goûts personnels, une grande machine dotée d’intelligence artificielle s’affaire à créer un parfum à notre image, à base d’essences d’agrumes, de lavande, de musc, de pomme, de rose, etc.

Algorithmic Perfumery

Mouvements et comportements

D’autres expériences majeures de >HUM(AI)N évoquent l’un des thèmes phares de l’exposition: le mouvement. Vast Body est une oeuvre québécoise du créateur Vincent Morisset. Son studio de production AATOAA a proposé plusieurs expériences interactives dans la passé et il poursuit son parcours avec Vast Body. «Les avancées récentes liées à l’apprentissage par ordinateur permettent aujourd’hui de développer des systèmes qui comprennent (jusqu’à un certain point) les comportements des humains, commente Vincent Morisset. Vast Body est né de ce désir de créer une rencontre par la gestuelle.»

L’expérience se vit dans un petit espace clôt par des rideaux. Seul devant un écran, le spectateur est appelé à bouger le haut de son corps. Tout geste est permis et sera reproduit par des interprètes à l’écran. Comme un effet miroir, notre silhouette se marie à celle d’une autre personne. «C’est une expérience qui nous fait prendre conscience de notre corps, de notre personnalité… À vouloir voir comment nos actions sont revisitées, on s’oublie et se surprend à faire des mouvements inhabituels.»

Vincent Morisset nous explique les rouages techniques de Vast Body: «D’une part, on a invité Louise Lecavalier, Kathy Casey, Rachel Harris et Caroline Robert à cartographier le corps humain en mouvement, chacune à leur façon. Le défi était de couvrir le plus de postures différentes que les visiteurs pourraient faire. Nous avons filmé les danseuses puis analysé par ordinateur les millions de poses. Chaque fraction de seconde, Vast Body trouve l’image de la posture de la danseuse qui se rapproche le plus de celle du visiteur et reconstruit en temps réel le mouvement.»

On a l’occasion de voir la grande Louise Lecavalier recréer nos mouvements devant nous, quel privilège! Y aurait-il aussi l’idée de démocratiser la danse contemporaine dans Vast Body? «C’est fascinant de constater à quel point, dans cette installation interactive, les frontières du chorégraphe, de l’interprète et du spectateur sont floues, répond Vincent Morriset. Nous avons eu le privilège de collaborer avec des gens extraordinaires qui réfléchissent au potentiel du corps humain à longueur de journée. Les possibilités liées à l’intelligence artificielle nous ont permis de réfléchir et d’expérimenter sur de nouvelles façons d’approcher le mouvement et la danse (pas juste contemporaine). On peut danser le disco, le floss ou le waacking avec Louise… Notre confiance en soi et notre imagination sont les seules limites.»

Homme + machine = >HUM(AI)N

Pour cette expérience comme pour toutes les autres dans l’exposition, on pousse toujours plus loin la réflexion sur la relation entre l’homme et la machine.

Emergence, une expérience de réalité virtuelle de l’artiste britannique Matt Pyke et de la boîte Universal Everything, nous plonge dans une foule – une vague impression de tribu surgit – où les centaines de personnages autour de nous réagissent en temps réel à nos mouvements. Grande fresque sur notre relation à l’autre, Emergence a été créée en programmant des algorithmes reproduisant 5 000 comportements humains. On court… ils suivent, on approche trop vite, ils figent. La philosophie des relations humaines entre alors en jeu.

>HUM(AI)N se poursuit jusqu’au 15 septembre 2019 au Centre Phi