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L'inclassable Yoko Ono expose l'espoir à la Fondation Phi

L’inclassable Yoko Ono expose l’espoir à la Fondation Phi

Jusqu’au 15 septembre 2019, la Fondation Phi pour l’art contemporain met en lumière la vision poétique de Yoko Ono, dont l’oeuvre tout entière renvoie à notre propre capacité à créer.

Depuis le début de sa carrière dans les années 1960, Yoko Ono n’a jamais cessé de créer selon ses propres règles, repoussant les limites de ce qu’on appelle l’art et redéfinissant l’objet d’art. LIBERTÉ CONQUÉRANTE/GROWING FREEDOM, l’exposition qui lui est consacrée cet été dévoile une artiste visionnaire, multidisciplinaire et profondément humaniste.

Cette exposition majeure est présentée en deux parties. La première, Les instructions de Yoko Ono, met en avant les oeuvres participatives de l’artiste. En laissant des instructions aux visiteurs par le biais d’un texte accroché au mur, l’artiste les encourage à modifier une oeuvre et la faire grandir. Grâce à des pots de peinture disposés à côté d’une toile, Add Colour Painting invite ainsi les visiteurs à y apposer une touche de couleur, créant une nouvelle oeuvre à chaque passage. Pour Mend Piece, la contribution des visiteurs consiste à réparer des morceaux de céramique à l’aide d’une ficelle et de colle. Yoko Ono va même jusqu’à dématérialiser l’oeuvre, tout en gardant son instruction comme point de départ: le texte de Beat Piece indique seulement «Écoutez un coeur battre». 

Vue d’installation, Yoko Ono: LIBERTÉ CONQUÉRANTE/GROWING FREEDOM,
2019, Fondation Phi. Les instructions de Yoko Ono. Yoko Ono, Œuvre de réparation,
1966/2019. Image © Fondation Phi pour l’art contemporain, photo: Richard-Max
Tremblay.

Derrière cette approche ludique se reflète en fait la vision poétique de l’artiste: l’objet d’art n’est plus cet espace sacralisé et immobile, qu’on admire seulement du regard, il vit désormais sa propre histoire, se transforme au rythme de l’inspiration des spectateurs-participants. Par la force de l’imaginaire, l’oeuvre se mue en une communication physique ou mentale entre les artistes que nous sommes tous, et dont le caractère éphémère exclut dans son essence même le concept d’art vendable. 

Présentée au 465 de la rue Saint-Jean, la deuxième partie de l’exposition L’art de John et de Yoko présente les projets collaboratifs de l‘artiste et de son défunt mari. Sculptures, musique, livres, performances, films, campagnes d’affichage… leur union a été pour le moins prolifique. Au-delà de leur amour légendaire, c’est la notion de liberté qui guide leurs créations. Ce volet consacre une large partie au fameux «bed-in» pour la paix dont on a fêté le 50e anniversaire en mai dernier, et qui marqua à jamais l’histoire de Montréal. 

Vue d’installation, Yoko Ono: LIBERTÉ CONQUÉRANTE/GROWING FREEDOM,
2019, Fondation Phi. L’art de John et de Yoko. Bed-in à Montréal. Image © Fondation
Phi pour l’art contemporain, photo: Richard-Max Tremblay.

Événement médiatique et performance artistique unique, le «bed-in» représente parfaitement la démarche des deux artistes activistes: la recherche d’une connexion à l’humain, entre humains. Ce n’est pas pour rien que John Lennon et Yoko Ono avaient invité toute une foule à assister au «bed-in»: la collaboration est au coeur de leur art. L’exposition réunit d’ailleurs de nombreux témoignages de personnes ayant assisté au «bed-in», du personnel de l’hôtel, aux amis proches des artistes, en passant par les journalistes québécois conviés, permettant de mettre en lumière un autre point de vue sur cet événement et de donner un récit très personnel de ces quelques jours de mai 1969. 

Cinquante ans plus tard, le message de paix initié par le duo continue de résonner à travers le monde, notamment grâce à la chanson Give Peace A Chance, enregistrée pendant le «bed-in» de Montréal. C’est d’ailleurs à cela que renvoie le titre de l’exposition: la liberté, tant celle dont les artistes ont fait preuve, que celle qu’ils prônent, continue d’évoluer, de toucher les imaginaires, d’inspirer.  

LIBERTÉ CONQUÉRANTE/GROWING FREEDOM est une exposition forte en émotions. La richesse des pièces présentées mais aussi des documents audios permet de dévoiler la vision de l’artiste dans toute sa complexité. Au final, elle trace un portrait touchant de Yoko Ono, dont l’art nous pousse vers l’optimisme, l’espoir, la liberté, qu’elle soit artistique ou sociale. 

Jusqu’au 15 septembre à la Fondation Phi pour l’art contemporain