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Les Louves à l'ESPACE GO: quand changent les règles du jeu

Les Louves à l’ESPACE GO: quand changent les règles du jeu

Zoom sur le terrain de soccer d’une école secondaire comme les autres. À l’avant-centre ou à l’arrière latéral, les joueuses qu’on y rencontre sont bavardes et lucides, de plus en plus conscientes que le rêve américain leur échappe. Elles sont les personnages de la pièce Les Louves, de l’Américaine Sarah DeLappe, mise en scène à l’ESPACE GO par Solène Paré.

Depuis sa création en 2016 Off-Broadway, The Wolves a été jouée par près d’une centaine de compagnies aux États-Unis, au Canada, au Royaume-Uni et en Nouvelle-Zélande. Chaque fois, c’est une claque. N’empêche, la production de l’ESPACE GO, dans une traduction de Fanny Britt, est encore plus événementielle. C’est la toute première mise en scène en français de ce texte «brillant» (finaliste du prix Pulitzer 2017) dans lequel «le terrain de soccer est la métaphore parfaite du rêve américain», comme le précise la metteuse en scène en résidence à GO pour trois ans.

«Le soccer est un sport accessible qui permet parfois à des jeunes issus de milieux défavorisés de s’élever et de grimper l’ascenseur social, illustre Solène Paré. C’est particulièrement le cas aux États-Unis, où les étudiants sportifs sont recrutés par des équipes prestigieuses et ont accès à des bourses et aux meilleures écoles. Mais dans Les Louves, les filles se rendent compte qu’il y a des failles dans cette vision idyllique et égalitaire du sport. Par petites touches et par micro détails, elles réalisent que la mobilité sociale demeure une utopie et que leur sport, par exemple, continue d’exacerber les inégalités hommes-femmes. Le texte construit cette prise de conscience par une architecture complexe de dialogues acérés.»

Absolutistes et déterminées, les adolescentes imaginées par Sarah DeLappe voient peu à peu leur territoire s’agrandir et leurs doutes les consumer. Comment continuer à croire à un grand rêve de sport et de gloire quand les médias et les réseaux sociaux crachent des infos troublantes sur le monde proche et lointain? Le génocide rwandais, les troubles de l’alimentation, l’horreur des Khmers rouges au Cambodge, l’hypersexualisation: autant de sujets sur lesquels elles trébuchent. «Elles sont projetées dans un monde plus grand et plus complexe, où apparaît le doute. C’est un choc.»

 Une question de distribution

Pour mettre en scène une telle pièce, Solène Paré a d’abord imaginé un dispositif scénographique apte à représenter, peu à peu, un certain éclatement du rêve américain. On n’en dira pas plus sur la forme audacieuse que cela prendra sur la scène de GO. Elle a aussi travaillé finement les figures de groupe, «car cette pièce, même si elle met en scène des dynamiques de confrontation entre filles, illustre aussi une certaine idée de la solidarité et de l’unisson, dans une forme de réhabilitation de la notion de collectif».

Mais c’est peut-être avant tout pour le plaisir de voir évoluer de jeunes actrices exceptionnelles, dont certaines en sont à leur première apparition sur une scène professionnelle, qu’il faudra courir au théâtre du boulevard Saint-Laurent à partir du 10 septembre. «C’est une pièce dont on pourrait dire que l’écriture est physique, ajoute Solène. Les dialogues sont en soi sportifs. On a travaillé de façon à mettre cela en relief. Les filles ont notamment fait un entraînement de soccer de deux semaines, qui a soudé leur esprit de groupe. Je crois que ça donnera une tonalité de jeu particulière et assez unique!»

Les Louves

Une coproduction ESPACE GO + Fantôme, compagnie de création + Théâtre français du Centre national des Arts du Canada

À l’ESPACE GO du 10 septembre au 6 octobre 2019