Ne manquez rien avec l’infolettre quotidienne.
Paco de Lucía Project : Paco l'immortel

Paco de Lucía Project : Paco l’immortel

Il y a cinq ans que le maître ès flamenco Paco de Lucía nous a quittés. Javier Limón a regroupé ses derniers accompagnateurs pour garder vivante la flamme. Le spectacle Flamenco Fantasies – The Paco de Lucía Project sera présenté à la Place des Arts le 18 octobre.

Réalisateur d’albums et chanteur, Javier Limón lançait sa propre maison de disques à la fin de sa vingtaine, au début des années 2000, afin de s’assurer la liberté la plus totale sur ses propres productions. Paco de Lucía a participé à titre d’invité spécial à son premier album, Limón (2005), qui était aussi le premier enregistrement à sortir de la Casa Limón. «On se connaissait déjà depuis quelque temps à ce moment-là, explique-t-il, parce qu’il m’avait demandé de produire son album Cositas Buenas, qui est sorti en 2004, et dont la production s’est étalée sur quatre ans.»

Leur association allait s’avérer fructueuse, Paco de Lucía recevant en 2004 le Latin Grammy Award du meilleur album flamenco de l’année et, ce même soir, Javier Limón recevait celui du producteur de l’année pour son travail avec Diego El Cigala et Bebo Valdès sur le disque Lágrimas negras. «C’est pour ça que Paco m’a demandé de collaborer avec lui. Il savait que je travaillais avec Cigala et que j’étais impliqué avec Enrique Morente, qui avait une approche très originale du flamenco. Paco pensait que je pourrais l’aider à renouveler sa propre vision du genre et il a commencé à travailler avec des musiciens plus jeunes. À partir de là, on a collaboré fréquemment ensemble, et puis on a développé des liens familiaux, parce que son frère Pepe a épousé ma cousine!»

Javier Limón et Paco de Lucía, photo Gabriela Conseco

Javier Limón, qui est également le directeur artistique de l’Institut de musique méditerranéenne du Berklee College of Music de Boston, tient à garder en vie l’esprit de Paco de Lucía. Déjà responsable d’une compilation hommage à de Lucía en 2015 (avec Chick Corea, Chucho Valdés, etc., et qui a aussi remporté un Latin Grammy Award), Limón a invité les musiciens qui accompagnaient le guitariste sur son disque Live in Spain 2010 (un autre Latin Grammy Award!) à reprendre le collier pour une première tournée en 2017. C’est la sortie du disque qui témoigne de cette série de concerts que salue la tournée qui démarre ces jours-ci. «Je pense que Paco était beaucoup plus que le meilleur guitariste au monde, c’était aussi un compositeur de génie, et je crois que sa musique vaut amplement la peine d’être jouée, même sans lui! Ce groupe est un assemblage de solistes qui ont tous leur propre carrière, et ils ont plus d’espace pour démontrer leur talent dans le contexte actuel. Le concert se décline en trois thèmes : il y a du vieux répertoire que les gars ont joué avec Paco, de nouvelles pièces et environ un tiers du programme est improvisé, parce que ce sont tout de même des musiciens de jazz, alors il leur faut cet espace.»

Les musiciens Alain Pérez (basse), Israel Suárez «Piraña» (percussions), Antonio Serrano (harmonica) et le danseur Antonio Fernández «Farru» étaient tous de l’aventure avec Paco de Lucía en 2010, mais le chanteur David de Jacoba s’est joint par la suite au Paco de Lucía Project, tout comme le guitariste Antonio Sánchez, qui a la lourde tâche de reprendre le poste de son oncle Paco. «Oui, je pense qu’il ressent un tout petit peu de pression», explique Limón avec un sourire dans la voix, «mais je crois surtout qu’il ressent une grande fierté».

Cette deuxième tournée américaine du Paco de Lucía Project nous donnera-t-elle un autre disque en concert? «Non, ce n’est pas prévu. Ce que j’aimerais faire, après, c’est un disque en studio avec d’autres artistes, peut-être Chucho Valdés, ou une chanteuse comme Mariza, ou la jeune Vénézuélienne Nella… Bref, j’ai quelques plans.»

Paco de Lucía a apporté de grandes innovations au flamenco et Javier Limón est lui aussi quelqu’un qui pourrait surprendre les amateurs du genre, auquel ses intérêts pour la musique électronique ou le hip-hop pourraient donner de nouvelles couleurs. «D’ailleurs, ce soir, avec Piraña, j’accompagne Mala Rodríguez, l’une des meilleures rappeuses espagnoles, alors oui, je pense qu’il y a une voie de ce côté-là. Il n’y a pas d’innovation sans tradition, et vice versa». Par ailleurs, le producteur n’accompagne pas le Paco de Lucía Project durant cette tournée. «J’irai voir quelques concerts, sans doute, mais ils sont assez grands pour s’amuser sans moi!»

Flamenco Fantasies – The Paco de Lucía Project au Théâtre Maisonneuve le 18 octobre 2019

Disque disponible chez Casa Limón Records, casalimonmusic.com

Texte par Réjean Beaucage