Quel bilan tirer de ces 19e FrancoFolies? Disons qu'on s'attendait à une édition un peu tranquille. La programmation était assez ordinaire, rien de franchement renversant -sur papier du moins-. Beaucoup d'artistes locaux que plusieurs amateurs de musique avaient déjà vu plusieurs fois durant l'année et très peu d'étrangers.
Pour les musiciens d'ici, une chance que certains ont accepté d'offrir des shows « concept » qui donnaient ainsi la chance aux fans de voir leurs artistes préférés sous un autre angle et dans un contexte unique. Ce fut le cas pour Malajube et Karkwa, dont les séries de 3 shows différents ont très bien fonctionnées. La version symphonique de Loco Locass était une bonne idée aussi, comme les 10 ans de Taktika et le Dan Bigras revisité.
Pour les autres, c'est surtout à l'extérieur que ça se passait. On retiendra à ce propos la détonante performance des excentriques Goules qui ont encore une fois prouvé qu'ils sont un des groupes de rock les plus divertissants au Québec. En salle, c'est Urbain Desbois et Michel Faubert qui m'ont le plus séduit. De la classe, de l'intelligence, de l'humour ou de la tragédie, une musique subtile, élaborée et nuancée. C'est juste dommage qu'on n'ait été qu'une poignée pour en profiter.
Quant aux artistes étrangers, c'est à Abd Al Malik que revient le titre du show le plus captivant, une vraie révélation. Abd Al Malik redonne ses lettres de noblesse au rap français, et Dieu sait qu'il en avait bien besoin. Ce charismatique personnage a mis la foule de la Zone Trucmuche Dry et du Spectrum dans sa poche en quelques minutes seulement. On ne peut évidemment pas passer sous silence l'excellente prestation de Grand Corps Malade. Lui aussi n'a eu aucune difficulté pour charmer et conquérir le public du théâtre Maisonneuve. Évidemment, je suis bien loin d'avoir tout vu, mais sur la trentaine de concerts -plus sans doute- auxquels j'ai assisté, voilà ceux qui sortaient du lot.
Si la programmation de ces 19e Francos n'était pas la plus impressionnante qu'on ait vu, c'est que l'organisation réserve sans doute toutes ses cartes maîtresses pour le 20e anniversaire. Et peut-être aussi pour montrer que les Francos à la fin du mois de juillet, c'est moins intéressant qu'à la mi-juin. On prétend que plus d'artistes européens sont disponibles au début de l'été, avant les innombrables festivals chez eux, et qu'il est plus facile ainsi d'avoir la possibilité d'obtenir de gros noms pour la mi-juin. C'est peut-être vrai mais j'ai des doutes (l'organisation a-t-elle fait exprès de ne pas booker beaucoup de noms Français, Belge ou Suisse juste pour qu'on lui donne raison?). Il faut savoir que les artistes européens ont un agenda chargé durant la période estivale (qui débute justement vers la 3e semaine de juin) et que beaucoup préfèrent rester sur le continent européen où ils pourront jouer pas mal partout au lieu de se déplacer pour quelques jours à Montréal pour un cachet souvent inférieur ou similaire à ce qu'il pourrait toucher chez eux et rentrer complètement crevés.
Les Francos mènent leur barque comme ils l'entendent et tous les aléas et impondérables de la gestion d'un festival ne concernent pas vraiment le public et, souvent, les journalistes, comme moi, ne savent pas tout. Donc j'aime mieux n'émettre que des hypothèses. Cela dit, il faut avouer que les Francos ont pris des beaux risques avec certains artistes étrangers. Des fois ça n'a pas très bien fonctionné (Barbara Carlotti) et, d'autres fois, ça s'est passé beaucoup mieux qu'on l'aurait cru (Plastiscines).
Le but d'un festival comme les FrancoFolies est de plaire au maximum de gens possible. Pas une mince tâche. C'est pourquoi il faut réaliser que dans ces gens que les Francos cherchent à séduire, il y a aussi des maniaques comme vous et moi (vous je suis pas certain, mais moi c'est même un peu extrême). Donc pas évident de faire déplacer les foules pour Maximum Kouette, Florent Marchet ou Rocé. Des artistes qui, après un show extérieur gratuit la veille en guise de présentation, se retrouvaient tous au Spectrum en fin de soirée, devant une salle presque vide. Alors je me demande pourquoi à l'avenir les Francos ne bookeraient pas ces artistes moins connus dans une plus petite salle plus conviviale (en plus le Spectrum n'existera plus l'année prochaine) et garder une salle plus grosse pour les noms plus « vendeur » comme Abd Al Malik, le seul des artistes étranger programmé en fin de soirée au Spectrum qui ait réussit à remplir la salle.
Je pense que les shows de fin de soirée sont essentiels. Il faut absolument garder ce volet; un festival ne se termine pas à 23h! Reste que la formule du Shag fonctionne à merveille. On parle de DJ certes, mais la place est petite, conviviale et dès qu'il y a plus de 75 personnes à l'intérieur, elle est remplie et l'ambiance est géniale. Mettez le même nombre dans une salle comme le Spectrum qui peut en contenir 1200 et ça devient sinistre.
En conclusion, bon an mal an, on trouve toujours de quoi se satisfaire aux Francos.