Déjà 5 jours que le festival du Jamais Lu bat son plein. Si je me fie aux salles que j’ai fréquentées jusqu’à maintenant, la foule est au rendez-vous.
Dimanche, Wajdi Mouawad présentait les trois jeunes auteurs issus de minorités francophones avec qui il a entretenu un dialogue cette dernière année. Après la mise en lecture de quelques extraits de leur texte, Emma Haché, originaire de l’Acadie, Luc Moquin, de l’Ontario et Gilles Poulin-Denis, de Saskatchewan, ont échangé sur la place du territoire dans leur écriture. Leurs réponses, plus ou moins concluantes ou encore embryonnaires, laissaient toutefois entrevoir une piste de réflexion fertile. «Acadie, plus je te vois de loin, plus je te trouve belle», disait Emma Haché, citant, si je me rappelle bien, une vieille chanson oubliée… Mais la parole la plus éclairante est encore celle de Wajdi Mouawad, analysant les textes de ses protégés : «Dans les 3 textes, il est question de personnages égarés dans un espace désolé, qui cherchent un espace d’adoption. Le Québec, comme les communautés francophones du Canada sans doute, est un pays qui n’aide pas à se connaître soi-même. La méconnaissance de soi est partout.» À méditer.
Dans la salle de répétition du TNM, transformée pour l’occasion en sympathique salle de réception, le metteur en scène Claude Poissant a animé lundi un cabaret-quiz fort sympathique, inspiré de la défunte émission Coup de Foudre. D’un côté du mur, 3 auteurs établis, de réputation internationale (Larry Tremblay, Michel-Marc Bouchard et Carole Fréchette); de l’autre, des auteurs en émergence, ou de la «génération montante» (Philippe Ducros, Geneviève Billette et Anne-Marie Olivier). Confortablement installés, ils demeurent muets comme des carpes, pendant qu’en avant-scène, des acteurs chargés de rejouer leurs réponses à une série de questions préalablement posées s’en donnent à cœur joie. Il y a eu un match parfait (Larry Tremblay et Geneviève Billette), mais c’était surtout l’occasion d’écouter des paroles d’auteurs en toute convivialité, un verre à la main et l’esprit léger. Soirée très jet-set, dans une salle remplie à craquer d’auteurs et de comédiens, à l’exception près d’un journaliste (votre humble serviteur) et d’un président de chambre de commerce qui a le sens de l’humour. Dommage qu’il n’y ait pas eu plus de place pour un public extérieur, parce que les occasions de ce genre ne se présentent pas très souvent. À refaire.
Si j’en crois mon collègue Christian St-Pierre, la lecture publique du tout premier texte de Martin Faucher a aussi fait couler de l’encre. Voici le commentaire qu’il m’a transmis à ce sujet : «Martin Faucher ose prendre la parole en son propre nom, ce que bien peu de gens osent faire de nos jours. Dans son texte, qui ressemble plus à un plaidoyer poétique qu'à une pièce de théâtre, le créateur dit sa déception face à notre époque, notre société, nos valeurs, notre mode de vie… Le portrait est irréfutable, mais il est aussi plein de tristesse, de lassitude, de désespérance… Heureusement, il y a des apparitions qui brisent le côté très (trop) introspectif et monologique de tout cela. L'apparition du père de l'auteur apporte un peu de recul, celle de Claude Gauvreau et de ses comparses du Refus Global, un vent de folie, un souffle de révolte.»
Il y a encore quatre jours de lectures à se mettre sous la dent, avec notamment le dévoilement des nouveaux textes de Fanny Britt, Marie-Christine Lê-Huu, Marc-Antoine Cyr et l'algérien Mustapha Benfodil.
Et vous, comment se déroule votre Jamais Lu ?