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Théâtre en mal de diffusion

Avez-vous
lu l'article sur la diffusion culturelle en région, à la une du cahier culturel
du Devoir ce weekend ? En gros, on y dévoile une situation qui touche à peu
près tous les diffuseurs régionaux, dépendants des retombées économiques des
spectacles humoristiques pour survivre et assurer la diffusion d'autres formes
d'art. Or, les humoristes québécois, conscients de la place de choix qu'ils
occupent dans le réseau de diffusion hors-Montréal, en profitent pour augmenter
les cachets et risquent à long terme de mettre en péril la diffusion de
certains spectacles de danse, théâtre et autres arts interdisciplinaires, dont
les coûts de production et de diffusion sont pourtant ridiculement bas en
comparaison.

Je vous en
parle parce qu'ultimement, cet article s'insère dans une réflexion plus large à
avoir sur la diffusion culturelle au Québec; une discussion qui se développe
doucement sur Parathéâtre depuis quelques semaines, entre autres par les
commentaires des Benoît Labbé, David Lavoie et Donat Béland, qui ont tous trois,
à leur manière, souligné le fait qu'il y a une énorme disparité entre l'argent
et l'énergie consacrée à la création et la diffusion chez nous. Ce qui fait que
la plupart de nos spectacles, hormis ceux des humoristes, ont une très courte
durée de vie et ne rejoignent pas le public maximal. Ça en dit long sur nous et
notre sacro-saint amour du divertissement abrutissant, mais il ne faudrait pas
croire qu'il n'existe pas en région un véritable public d'art. Il est certainement
plus nombreux qu'on le croit.

L'article
du Devoir se termine par ce commentaire de Colette Brouillé, directrice
générale de RIDEAU : «On s'est donné des devoirs, mais pas de moyens pour
rejoindre le public. En France, les gouvernements ont tout investi dans la
création et rien pour diffuser cette création. Ici aussi, il y a un sérieux
rattrapage à faire du côté de la diffusion

Je me lance
dans ce sujet avec grande retenue, parce que je trouve que trop souvent, on
transfère aux artistes la responsabilité de créer des œuvres qui auront le
potentiel de toucher un large public, ce qui mène inévitablement à du
nivellement par le bas et à l'absence de risque artistique. Ce n'est pas
souhaitable. Mais pour que nos œuvres, même les plus risquées, soient mieux
diffusées et puissent tourner, au moins à l'intérieur du Québec, il faut
rapidement augmenter le soutien à la diffusion. Doit-on en donner le mandat au
Ministère de la Culture? Doit-on chercher de l'argent dans les poches des
grandes entreprises? Doit-on plutôt investir dans la médiation culturelle pour
traîner au théâtre un public qui n'y serait pas allé naturellement, en lui
fournissant un accompagnement intellectuel et artistique à long terme? Et même
en privilégiant ce type d'approche, il faudrait investir des sommes
considérables pour mettre en place des mécanismes de médiation adéquats. J'ai
bien peur que cet argent ne se trouve pas ailleurs qu'au Conseil des Arts. Et
si la diffusion est primordiale, il serait insensé que l'on pige dans les
sommes déjà accordées à la création, qui sont déjà tout à fait insuffisantes. Ou
donc dénicher les fonds nécessaires?

Je pose des questions, voyez-vous, car je n'ai pas de bonne réponse à offrir. Qu'en
pensez-vous ?