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Les grandes pétrolières : déclin des profits, hausse de la production

Le cours du pétrole a commencé à s’effondrer à la fin de l’été 2014. Un an plus tard, où en sont les grandes entreprises pétrolières? Il apparaît que si les profits ont fondu, les cinq majors sont encore rentables, au prix de sacrifices somme toute modestes. Ces chiffres apportent un sérieux bémol aux affirmations de certains écologistes, pour qui l’industrie pétrolière serait déjà au seuil de la mort.

Les résultats au troisième trimestre 2015
Le troisième trimestre de 2014, qui couvre la période du 1er juillet au 30 septembre 2014, est intéressant parce qu’il s’agit des derniers résultats financiers des entreprises pétrolières avant l’effondrement des cours. La comparaison avec le troisième trimestre de 2015 permet de constater combien le rendement a écopé depuis un an.

Exxon. Le bénéfice d’exploitation au troisième trimestre est passé de 8,0 milliards de dollars en 2014 à 4,2 milliards en 2015, soit une baisse de 47 %. La production d’hydrocarbures d’Exxon a augmenté de 2,3 % depuis un an.

BP. Le bénéfice d’exploitation au troisième trimestre est passé de 3,0 milliards de dollars en 2014 à 1,8 milliard en 2015, soit une baisse de 40 %. La production d’hydrocarbures de BP a augmenté de 4,4 % depuis un an.

Chevron. Le bénéfice d’exploitation au troisième trimestre est passé de 5,6 milliards de dollars en 2014 à 2,0 milliards en 2015, soit une baisse de 64 %. La production d’hydrocarbures de Chevron a augmenté de 8 % depuis un an.

Total. Le bénéfice d’exploitation au troisième trimestre est passé de 3,6 milliards de dollars en 2014 à 2,8 milliards en 2015, soit une baisse de 23 %. La production d’hydrocarbures de Total a augmenté de 10 % depuis un an.

Shell. Les résultats d’exploitation au troisième trimestre sont passés d’un bénéfice de 5,3 milliards de dollars en 2014 à une perte de 6,2 milliards en 2015, soit une baisse de 216 %. En dépit de ces chiffres désastreux au troisième trimestre, Shell enregistre un maigre bénéfice de 2,0 milliards pour les neuf premiers mois de 2015. La production d’hydrocarbures de Shell a augmenté de 1 % depuis un an.

pompage pétrole

Observations
Ce qui frappe tout d’abord, c’est que toutes les grandes pétrolières restent rentables, à l’exception possible de Shell. Un examen plus serré des comptes laisse voir que les pétrolières ont cherché à réduire leurs dépenses en coupant dans l’exploration. Ces coupures dépassent souvent 20 % des budgets, ce qui explique sans doute le retrait de Shell de ses coûteuses aventures en Arctique cet été.

Ce qui frappe ensuite, c’est que toutes les grandes pétrolières ont augmenté leur production de pétrole, en dépit de la diminution de leurs investissements en recherche. C’est d’autant plus étonnant que la production des grandes pétrolières connaît un déclin inexorable et important (https://voir.ca/philippe-gauthier/2013/08/22/linexorable-declin-des-grandes-petrolieres/) depuis 2005.

Ce n’est pas une situation viable à très long terme, dans la mesure où l’exploration, ces dernières années, ne fournit que le tiers des quantités nécessaires au renouvellement des réserves. Autrement dit, pour trois barils que l’on tire de terre, on n’en trouve qu’un seul. Il n’y a qu’une seule explication possible : l’industrie harnache ses maigres réserves et pompe aussi vite qu’elle le peut pour maintenir ses bénéfices, provoquant un excès d’offre sur le marché.

BAHRAIN oil prod

Une surproduction désastreuse
En somme, le monde nage dans les surplus de pétrole et c’est cette surproduction qui fait baisser les prix. Certains analystes veulent y voir le signe que toute possibilité de pic pétrolier est écartée. Mais c’est une analyse à courte vue, parce qu’en exploitant brutalement ses réserves tout en négligeant l’exploration, l’industrie se prépare des lendemains douloureux.

Certains militants écologistes croient que ce sont les énergies renouvelables qui diminuent la demande de pétrole et qui font pression sur les prix de l’or noir. Mais c’est prendre ses désirs pour la réalité, car la production de pétrole des grandes pétrolières reste à la hausse et toute cette énergie trouve preneur. Les renouvelables s’ajoutent à ce nouveau pétrole, elles ne s’y substituent pas.

Il est possible que les énergies renouvelables exercent une certaine pression sur le prix du pétrole, l’empêchant de remonter à un prix compatible avec la reprise d’une exploration soutenue. Mais dans la mesure où les pétrolières réagissent en produisant à pleines vannes, l’effet environnemental n’est pas celui que l’on souhaiterait. De plus, le faible cours du pétrole réduit la rentabilité des projets d’énergie renouvelable, retardant d’autant leur déploiement.

D’ici là, l’Agence internationale de l’énergie s’attend à ce que la demande mondiale de pétrole augmente à un rythme modéré jusqu’en 2020. Cette demande accrue, couplée à l’épuisement croissant des stocks connus de pétrole, devrait permettre au pétrole de retrouver un cours d’environ 80 $ d’ici 2020. Il existe aussi un scénario où le cours du pétrole resterait de l’ordre de 55 à 60 $ d’ici 2020, mais ce serait le signe d’une économie mondiale en profonde récession.

D’ici là, gardons à l’esprit que les grandes pétrolières sont fragilisées, mais pas encore à genoux, et que la victoire des énergies renouvelables n’est pas gagnée d’avance.

Sources :
Rapport trimestriel d’Exxon
Rapport trimestriel de BP
Rapport trimestriel de Chevron
Rapport trimestriel de Total
Rapport trimestriel de Shell
World Energy Outlook 2015 Factsheet

Remerciements à Paul Racicot pour l’aide apportée à la recherche.