BloguesLe blogue de Pierre-Luc Brisson

PKP et la réalité péquiste

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Alors que Pierre-Karl Péladeau était forcé de s’excuser, à la fin de la semaine dernière, de ses récents propos sur l’immigration tenus dans le cadre d’un débat à l’Université Laval, de nombreux commentateurs souverainistes de centre-droit se sont portés à sa défense, sur leurs blogues ou dans leurs chroniques quotidiennes. L’ancien ministre Joseph Facal dénonçait dans sa chronique au titre surréaliste la « machine à culpabiliser médiatico-politique » qui a reproché à Péladeau d’avoir énoncé une évidence, accusant du même coup les détracteurs du député de Saint-Jérôme d’être des « négationnistes » – il cite même l’historien de la Shoah à l’origine du terme, Henry Rousso! – qui refusent de constater que l’immigration nuit, à terme, aux chances du Québec de devenir souverain. Mathieu Bock-Côté lui ne s’est pas embarrassé de nuances, lui qui a écrit que les détracteurs du principal actionnaire de Québecor « nient la réalité », en profitant au passage pour faire le procès de la rectitude politique de certains qui empêcherait tout débat sur les questions d’immigration. Et si on parlait de la réalité que les défenseurs de Péladeau passent sous silence?

Et si on parlait des francophones?

 

Il y a une nuance à faire entre constater, d’une part, que les Québécois anglophones et les nouveaux arrivants ont des habitudes de vote qui semblent exclure systématiquement l’option souverainiste et, d’autre part, affirmer « que nous n’avons pas 25 ans pour la réaliser [la souveraineté] » en raison de la « démographie et de l’immigration » qui feraient perdre un comté par année au PQ. Là où Péladeau glisse et dérape, c’est qu’il semble induire qu’il y ait, à l’heure actuelle, une espèce de mouvement, de tendance de fond, une marée migratoire qui, lentement mais sûrement, viendrait rendre impossible l’accession du Québec à son indépendance. C’est là une affirmation bien différente que de simplement constater, d’un point de vue sociologique, les habitudes de vote de telle ou telle communauté dans certains comtés.

Ce que Péladeau, Bock-Côté et Facal occultent – si tant est que nous devions parler de « réalité » – c’est le portrait alarmant pour les souverainistes des habitudes de vote de la jeune génération de francophones qui semblent délaisser pour de bon les rangs du Parti Québécois. Si l’aspirant chef voulait trouver une cause principale à l’échec de son projet politique aujourd’hui, il devrait la chercher du côté du non-renouvelement de la base électorale du camp souverainiste, et non pas du côté d’une quelconque dynamique de l’immigration qui serait plus importante aujourd’hui qu’elle ne l’était hier. Il suffit de regarder les derniers coups de sonde menés par Léger Marketing, qui a segmenté son bassin de répondants en fonction de leur âge, afin de constater cette dynamique :

Tableau tiré du sondage du 7 février 2015.
Tableau tiré du sondage du 7 février 2015.

 

Le constat qui se dégage de ces chiffres est clair : les moins de quarante ans délaissent le PQ au profit de Québec solidaire – pour les plus jeunes d’entre eux – et même du Parti libéral, alors que la base électorale péquiste, constituée de babyboomers demeurés fidèles à leurs idéaux de jeunesse, se fait quant à elle vieillissante. Alors de quelle réalité doit-on parler? Quelle réalité nie-t-on aujourd’hui? Trop heureux de se porter à la défense de Péladeau, les chroniqueurs du Journal de Montréal oublient, volontairement ou non, de nous expliquer pourquoi la jeunesse québécoise semble se désintéresser aujourd’hui du parti de René Lévesque. Et si on cherchait une explication du côté du projet identitaire porté par l’un, ou encore de la « lucidité » économique promue par l’autre, afin d’expliquer cette situation?

 

Un dur constat

 

Le constat jusqu’à maintenant est dur à accepter pour ceux qui voyaient en Péladeau le nouveau champion de l’indépendance, le nouveau chef gaullien, « l’homme d’exception » qui, comme l’écrivait il y a quelques mois Bock-Côté, allait bousculer l’histoire et mener le Québec à son indépendance. Force est de constater que le portrait fantasmé de Péladeau, imaginé par de nombreux souverainistes, ne s’est jamais avéré dans la réalité et que nous faisons plutôt face à un politicien somme toute médiocre, sans talent oratoire particulier et qui s’est plutôt illustré ces dernières semaines par ses bourdes que par la profondeur de sa réflexion politique. Il aura suffit de quelques secondes, d’un débat informel entre sympathisants pour qu’il mette toute sa formation politique dans l’embarras et l’oblige, alors même qu’il n’en est pas le chef, à faire machine arrière et à se porter à sa défense. Qu’en sera-t-il lorsqu’il devra affronter des adversaires fédéralistes qui seront, quant à eux, beaucoup moins conciliants? Se rappelle-t-on de l’avoir entendu gueuler « En français! » à un festival musical en région, avant de s’éclipser de la salle, laissant les spectateurs et les artistes complètement pantois? Se rappelle-t-on de cette récente conférence de presse surréaliste où son équipe, trop soucieuse de prévenir les gaffes futures de son candidat, a décidé d’adopter une stratégie du contrôle du message et des journalistes – accusés de « harcèlement » –  qui n’a rien à envier aux pratiques discutables de Stephen Harper?

Ceux qui accusent les critiques de Pierre-Karl Péladeau de faire preuve de négationnisme ou de déni de la réalité devraient, aujourd’hui, faire l’examen critique de leur champion. Dans le cas contraire, le retour à la réalité risque d’être brutal…